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Skin

Exhibition

I want

Cécile Guerrier

Skin Issue

À la fois solide et fragile, étanche et perméable, rempart entre le monde intérieur et extérieur, la peau a longtemps été considérée comme un vulgaire cuir, un costume charnel destiné à protéger nos organes vitaux, éprouver des sensations épidermiques ou éveiller un péché de chair. Humaine, trop humaine, cette peau est sécrétive, contagieuse, siège d’humeurs et d’affections
cutanées, nid à bactéries et peuplée d’une faune de soixante espèces d’êtres vivants microscopiques (levures,
champignons, arthropodes…). Honteuse ou sacrée, depuis la nuit des temps on l’exhibe (politiquement) ou
on la cache (religieusement). On la soigne, on l’embellit, on la caresse, on l’examine sous toutes les coutures, on la dissèque pour comprendre ses mécanismes sousjacents. Cette peau que l’on ressent, que l’on subit, que l’on a longtemps considérée comme un simple organe du toucher, s’avère en réalité une enveloppe beaucoup plus intelligente et sophistiquée qu’elle ne le paraît. Capable de se protéger des agressions, de s’autoréparer, de s’adapter à son environnement, de se cultiver (et même de se répliquer en impression 3D)… De quoi faire rêver n’importe quel super-héros. On la découvre aujourd’hui dotée de neurones et d’une sensibilité à fleur de… cerveau.

« CE QUIL Y A DE PLUS PROFOND CHEZ L’HOMME, C’EST LA PEAU. PAUL VALÉRY. »

Ce tissu sensitif d’une surface totale de deux mètres carrés est ramifié de fibres nerveuses connectées à cinq millions de cellules sensorielles par centimètre carré. C’est l’organe le plus innervé du corps et le « premier centre de communication », selon le psychanalyste Didier Anzieu(1) qui, dès 1974, a élaboré le concept du « Moi-Peau », une interprétation analytique partant du principe que la survie du nouveau-né dépend des sensations qu’il ressent à la surface de son épiderme. Organe déterminant pour le développement du comportement humain, « la peau permet de ressentir, mais aussi d’exprimer ce que nous éprouvons et d’échanger nos pensées ». La science démontrera par la suite que peau et cerveau ont une origine commune : ils proviennent du même tissu embryonnaire (à 15 jours, l’embryon possède trois couches de cellules dont la supérieure, l’épiblaste, va constituer le système nerveux et la peau). Jumelles, cellules nerveuses (neurones) et cellules cutanées garderont le même langage et un dialogue permanent fait d’impulsions électriques et de messages chimiques fabriqués par les neurones : les neuromédiateurs (endorphine, adrénaline, sérotonine…) qui informent d’autres cellules lors d’une émotion ressentie (stress, plaisir, colère, peur…). « On recense une vingtaine de neuromédiateurs communs à la peau et au cerveau. Ils permettent au système nerveux d’être informé en permanence, mais également de contrôler l’ensemble des fonctions cutanées – sudation, régulation de la température interne, dilatation des vaisseaux… », explique le Pr Laurent Misery, chef du Service de dermatologie au CHU de Brest et responsable du laboratoire de neurobiologie cutanée(2). Le chercheur a démontré que les cellules de la peau ont des récepteurs (des serrures) pour les neuromédiateurs (les clés) afin de moduler leurs propriétés. Plus surprenant encore, les cellules cutanées peuvent agir sur des neurones. La peau est donc capable d’envoyer des messages au cerveau et, réciproquement, peut lui répondre. Extension cérébrale, elle exprime ce que l’on vit extérieurement et intérieurement. « On comprend donc bien comment le psychisme agit sur la peau (…) Il apparaît assez probable que le système nerveux traduise stress, émotions et pensées en langage biochimique avec les lettres que sont les neuromédiateurs. Ils peuvent agir sur la peau : les induire ou les guérir », explique le Dr Danièle Pomey- Rey, dermatotologue, psychanalyste et pionnière de la dermato-psychiatrie(3) pour qui la majorité des affections cutanées (psoriasis, eczéma, acné…) sont d’origine psychosomatique et doivent être traitées en profondeur via des traitements locaux, des antidépresseurs (pour rééquilibrer la sérotonine et ainsi favoriser l’harmonie peau-cerveau) et un travail psychanalytique. « On appelle au secours par la peau quand on n’a pas les mots pour le dire », résume la spécialiste, qui a traité de nombreuses dermatoses déclenchées après un stress ou un choc émotionnel avec cette approche thérapeutique globale.

« LA PEAU EST LA BOÎTE NOIRE DE L’ORGANISME »

La médecine traditionnelle chinoise considère que les affections dermatologiques ont pour origine un problème interne et que le psychisme influe sur les organes, eux-mêmes liés à une émotion (coeur = joie, vessie = peur, foie/​vésicule biliaire = colère, etc.). De ce fait, les sentiments excessifs altèrent le corps et peuvent être aussi influents qu’un virus », ajoute Catherine Marin, thérapeute épidermologiste et praticienne en médecine chinoise, qui voit la peau comme une « boîte noire de l’organisme ». « Si on a un bon mental, les cinq organes majeurs fonctionnent bien et cela se voit sur la peau. L’observation de l’épiderme peut procurer des renseignements au même titre que l’examen du pouls : une teinte verdâtre sous les yeux indique un foie à drainer, un teint gris ou noir autour des yeux indique une vésicule biliaire perturbée, une rougeur, un dérèglement immunitaire… », décrypte cette épidermologiste qui intervient sur la peau, notamment par un rééquilibrage alimentaire (en médecine chinoise, c’est l’estomac qui contrôle les chairs et la qualité de la peau) et l’acupuncture qui « re-circuite » les méridiens énergétiques pour rétablir la connexion peau/​organes/​système nerveux. En 2017, on raccorde le corps et l’esprit par la voie du mieux-être, soit un esprit serein dans un corps sain. On soigne autant l’intérieur que l’extérieur, car la beauté est synonyme de santé et la peau, son miroir. De même que l’on considère désormais l’intestin comme un « second cerveau », la compréhension scientifique de la peau et l’inflation des problématiques liées au stress amènent vers des thérapies bien-être globales quand l’épiderme est en burn-out (acupuncture, méditation, sophrologie, réflexologie, massage Kobido, rééquilibrage nutritionnel, gluten-free…) afin de traiter la cause plutôt que les conséquences, prévenir plutôt que guérir – et au passage tenter de gagner quelques « années cellulaires ».

« LA PEAU EST UN CERVEAU »

Un être hypersensible aura un épiderme hypersensible. Un cerveau stressé qui rumine crée des modifications physiologiques dans la peau : ralentissement cellulaire, accumulation de radicaux libres, mécanique d’inflammation, irritations, rougeurs… « Il existe un lien naturel entre stress et peau : la peau est une partie du cerveau qui le met en interaction avec le monde extérieur. La peau est un cerveau, c’est son aboutissement nerveux », résume Régis Martin, docteur en pharmacie, formulateur cosmétique et fondateur de la marque Lull. Le Dr Martin a découvert ses effets nocifs il y a seize ans, lors de son externat en hôpital : « Je me souviens d’une jeune patiente avec une dégradation rapide de la peau à cause d’un burn-out. Teint gris, peau atone, ridules accentuées : l’épiderme montrait des signes de vieillissement accéléré. » Passionné – « les trois premiers jours d’utilisation, la stimulation aromathérapique permet une libération” des effets du stress, car elle agit de façon spontanée » –, il teste et assemble pendant quinze ans plusieurs huiles essentielles pour trouver la meilleure combinaison anti-stress, puis les associe avec des actifs pour composer une cosmétique holistique, cognitivement apaisante : « on sollicite les sens avec des parfums spécifiques, des textures extrêmement sensorielles, des packagings soft touch”… », autant de stimuli qui contribuent à titiller les neurones cutanés, envoyer des signaux agréables au cerveau pour l’aider à se décrisper et à dérider l’épiderme. Un peu comme si les rides étaient comblées à la pensée positive. Comme le cerveau, la peau reçoit, transmet, émet, et peut fabriquer, par exemple, des endorphines, ces hormones « bien-être », sorte de morphine naturelle qui met la tête en orbite et lifte la peau (n’avez-vous jamais remarqué à quel point le visage resplendit après un moment agréable et semble rajeuni après une réflexo ?). « Ces substances agissent dans les fibres nerveuses et sur les récepteurs des cellules cutanées. Or, ce sont ces récepteurs qui assurent aussi le bon renouvellement des cellules. Le visage étant la partie la plus innervée du corps, elles ont une répercussion directe sur le derme puis l’épiderme. Il se crée alors une puissante vasodilatation, les cellules « neuves » prolifèrent », a décrypté le Dr Carlo Pincelli, professeur de dermatologie à l’université de Modène, en Italie. En clair, l’activation de ces neuromédiateurs semblerait être un excellent anti-rides naturel. Un credo exploré au tout début du XXIe siècle avec la « neurocosmétique » qui s’est évertuée à euphoriser les crème de beauté avec des textures hautement sensorielles, des molécules (végétales) du bonheur (Kenzoki de Kenzo), des peptides boosteurs de bêta-endorphines (Hydra Zen de Lancôme) ou des actifs Botox-like qui relaxent les neurotransmetteurs responsables de la contraction musculaire, donc de la ride (soins Nirvanesque de Nuxe). Faire plaisir à la peau et émoustiller les sens est le but premier de tout cosmétique, l’important reste le geste qui l’accompagne : masser la peau augmente l’estime de soi, réduit l’anxiété, renforce le système immunitaire et améliore l’oxygénation du cerveau. Toucher or not to be ? That is the question. L’on retiendra que parler à sa peau, c’est parler à sa tête. Et inversement.

At once solid and fragile, waterproof and permeable, a border between the internal and the external world. For a long time skin has been considered a mere
hide a bodily suit designed to protect our vital organs, to register epidermic sensations and arouse sins of the flesh. Human, all too human, this secretive, contagious skin, the seat of cutaneous humour and ailments, a hive of bacteria, inhabited by more than 60 species of microscopic creatures, (yeast, fungi, arthropods). Shameful or sacred, since time immemorial it has been exhibited politically or hidden religiously. We care for it, embellish it, caress it, we examine it from every angle and dissect it to understand its underlying mechanisms. This skin that we experience, that we endure, which we have long considered a simple organ of touch, is, in reality, a much more intelligent and sophisticated envelope than it appears. Able to protect itself against attack, to repair itself, to adapt to its environment, to grow (and even to be replicated in 3D printing). It’s enough to make any superhero jealous. Today we are beginning to discover that it is replete with neurons and endowed with a cerebral sensitivity that is far more than skin deep.

« THE DEEPEST THING IN MAN IS THE SKIN. PAUL VALÉRY. »

This sensitive tissue with a total surface area of 2m2 is a ramified system of nerve fibres connected to 5 million cm2 of sensory cells. It is the most innervated organ in the body and the primary communication centre” according to the psychoanalyst Didier Anzieu(1) who, in 1974, first developed the idea of the Skin-Ego”, an analytic interpretation building upon the principle that the survival of a newborn depends upon the sensations registered on the surface of the epidermis. As an organ that plays a determining role in the development of human behaviour, skin enables us to feel but also to express our experiences and to communicate our thoughts.” Science has subsequently confirmed that skin and brain share a common
origin: they come from the same embryonic tissue (at 2 weeks old, the embryo has three cellular levels of which the outermost, the epiblast, will develop into the nervous system and the skin). Twins, nerve cells (neurons) and skin cells will retain a shared language and keep up a permanent dialogue made up of electrical impulses and chemical messages sent by the neurons: neurotransmitters (endorphins, adrenaline, serotonin) which inform other cells when an emotion is experienced (stress, pleasure, anger, fear). We have identified a score of neurotransmitters shared by the skin and the brain. They enable the nervous system to be continuously informed but also to control the totality of skin functions – sudation, regulation of internal temperature, dilation of blood vessels,” explains Professor Laurent Misery, Head of the Dermatology Department and chief investigator of the laboratory of cutaneous neurobiology at the University Hospital of Brest(2). He has established that skin cells have receptors (locks) for the neurotransmitters (keys) in order to modulate their properties More surprising still, cutaneous cells can act on neurons. The skin is thus capable of sending messages to the brain and, reciprocally, can respond. An extension of the cerebellum, the skin expresses what we experience externally and internally. It is clear therefore that psychic processes act on the skin (…) It is equally likely that the nervous system translates stress, emotions and thoughts into a biochemical language in which the neurotransmitters act as letters. They can act on the skin: inducing and curing,” explains Dr Danièle Pomey-Rey, dermatologist, psychoanalyst and pioneer of dermato-psychiatry(3) for whom the majority of skin conditions (psoriasis, eczema, acne) are psychosomatic in origin, and can only be addressed at a deep level through a combination of local treatments, antidepressants (to rebalance serotonin and thus promote skin-brain harmony) and psychoanalysis. We cry out for help through the skin when words fail us,” says Dr Pomey- Rey, who has treated numerous dermatoses triggered by stress or an emotional shock with this holistic therapeutic approach…

« SKIN IS THE BLACK BOX OF THE BODY. »

Traditional Chinese medicine holds that dermatological conditions originate from an internal problem and that psychic activity effects organs, themselves linked to specific emotions (heart = joy, bladder = fear, liver/​gallbladder = anger etc). As a result, unregulated emotions alter the body and can have as great an impact as a virus,” adds Catherine Marin, epidemiological therapist and practitioner in Chinese Medicine(4) who sees the skin as the black box of the body. If you are in a good mental state, the five major organs function well and that is visible on the skin. Observation of the epidermis provides information in the same way as taking somebody’s pulse does: a greenish tinge under the eyes indicates biliary drainage is needed; a grey or black shading around the eyes indicate a disturbed gallbladder, a redness, a malfunction in the immune system,” explains this epidemiologist who treats the skin principally through rebalancing the diet (in Chinese medicine it is the stomach which controls the flesh and the quality of the skin) and acupuncture, which reboots the energy meridians to re-establish the skin/​organ/​nervous system connection.
In 2017, body and spirit are being realigned through wellness, namely the achievement of a serene mind and a healthy body. The interior is as cared for as the exterior since beauty is synonymous with health and skin is its mirror. In the same way that the intestine is now considered a second brain,’ the scientific understanding of the skin and the increase in problems linked to stress is leading to wider acceptance of holistic wellness therapies when the epidermis is burnt out’ (acupuncture, meditation, sophrology, reflexology, Ko Bi Do massage, nutritional rebalancing, gluten-free diets) in order to treat not just the consequences but the cause, to prevent rather than cure — and, in doing so, to try to gain a few cellular years.

« THE SKIN ISBRAIN »

A hypersensitive mind will have a matching epidermis; a stressed-out, ruminating brain creates physiological modifications in the skin: cellular slowing, the accumulation of free radicals, inflammation, irritation, rashes… There is a natural link between stress and the skin: the skin is one part of the brain that interfaces with the external world. The skin is a brain, it is its manifestation in nerve form,” concludes Régis Martin, Doctor of Pharmacy, and cosmetics developer and the founder of the brand Lull. Dr Martin discovered the harmful effects of stress 16 years ago when he was an intern at the hospital. I remember a young patient whose skin was badly damaged because of burn-out. She had a greyish complexion, her skin looked lifeless, and was already clearly line. The epidermis showed signs of accelerated ageing.” A fan of aromatherapy, enthused by its results in improving general wellbeing, he notes that during the first three days of use, aromatherapeutic stimulation necessarily involves a liberation” from the effects of stress owing to its spontaneous action”. For 15 years he has been gathering and testing a number of essential oils to find the best anti-stress formula, then combining them with active ingredients to create a holistic cosmetic product which is calming for the mind. We entice the senses with specific scents, richly sensuous textures and soft touch’ packaging” — all intended to excite the cutaneous neurons, send pleasant messages to the brain to help it unwind, and to reduce the appearance of wrinkles. It’s almost as if wrinkles were smoothed out by positive thinking. Like the brain, the skin receives, transmits, emits and can create, for example, endorphins, wellbeing hormones, a sort of natural morphine which sends your mind into orbit and lifts the skin (have you ever noticed how much your face glows when you’re having fun, and seems rejuvenated after a reflexology session?) These substances act in the nerve fibres and on the skin cell receptors. Now, these are the same receptors that also ensure the effective renewal of cells; they have a direct impact on the dermis and then the epidermis, since the face is the most innervated part of the body. This creates a powerful vasodilation and as a result, new’ cells proliferate,” explains Dr Carlo Pincelli, Professor of Dermatology at the University of Modena in Italy. In layman’s terms, the activation of the neurotransmitters seems to serve as an excellent natural anti-wrinkle treatment. This belief has given rise, at the start of the 21st century, to neuro-cosmetics’ which boasts of its ability to harness happiness to beauty creams through using highly sensuous textures, (plant-based) happiness molecules (Kenzoki), peptides which boost beta-endorphins (Lancôme Hydra-Zen) or Botox-like active ingredients which relax the neurotransmitters responsible for muscular contraction, and, therefore, responsible for wrinkles (Nirvanesque by Nuxe). Pampering the skin and exciting the senses is the primary goal of all cosmetics, but the key to efficacy is the accompanying gestures: massaging the skin increases self-esteem, reduces anxiety, boosts the immune system and improves the oxygenation of the brain(5). To touch, or not to be? That is the question. What we must remember is that speaking to one’s skin, is speaking to one’s mind. And vice versa.

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