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Avatar

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Julien Tauvel

Avatar Issue

Author
Sophie Abriat

Exergue 1 : « Le futur ? Que chacun puisse avoir dans sa poche ses amis en avatar et qu’il puisse les utiliser comme il veut. Voire même créer des répliques de stars ou d’égéries. Promener Kim Kardashian partout avec soi… Une forme de Tamagotchi moderne : un monde clos à portée de main, dans son téléphone. » 

Exergue 2 : « Quel lien vais-je avoir avec mes avatars ? Vais-je avoir de l’affection pour eux ? Vais-je m’en méfier (et finir par les enfermer dans le grenier comme dans cet épisode de Black Mirror) ? »

Exergue 3 : « Les nouvelles technologies sont un nouvel état tiers et nous sommes à un moment où on peut les faire basculer vers une surveillance généralisée ou vers des libérateurs de potentiels humains. »

Exergue 4 : « Nous vivons dans un système qui dépossède les corps, les identités pour les uniformiser ; les réseaux sociaux en sont le parangon, le corps y est un produit comme un autre. L’avatar peut permettre de se recréer une identité. »

« Doit-on se cantonner à des visions du futur alarmistes, pessimistes ? Ne peut-on pas plutôt aider les gens à construire des imaginaires positifs, inventer d’autres mondes possibles, des futurs désirables ? La dystopie, la collapsologie c’est la facilité ! Tout comme l’utopie d’ailleurs », lance Julien Tauvel, à la tête du bureau de prospective Imprudence qu’il a fondé avec Gérald Obringer il y a trois ans. Leur mission ? Lutter contre la panne des imaginaires futuristes et technologiques. Leur postulat ? Dans un monde accéléré où les prédictions sont devenues obsolètes, le futur ne peut plus se déduire, il faut donc l’imaginer. Ni boule de cristal ni cartomancie, trop risqué. Leur arme ? Le récit, dans le jargon du milieu « de la prospective par le design fiction ». « Si on veut interroger ce qu’on est en train de faire il n’y a rien de plus puissant que ce médium-là », affirme l’intéressé. Discipline anglaise créée par Bruce Sterling et « popularisée » par Dunne & Raby, le design fiction fait pourtant encore peu d’émules en France. Hormis le désormais bien connu Nicolas Nova. Au sein du bureau Imprudence : des créatifs technologiques, des auteurs, des illustrateurs, des designers et des développeurs qui planchent sur notre avenir, le tout avec un œil toujours braqué sur les expérimentations d’avant-garde et le travail des designers spéculatifs. Imprudence opère aussi bien dans la beauté, la mode, la parfumerie que l’agroalimentaire et les transports. Ils ne manquent ni de travail ni de questions… Les algorithmes sont-ils condamnés à décider à notre place ? Allons-nous tous être notés ? Allons-nous pouvoir dialoguer avec les morts ? Les robots vont-ils avoir des émotions ? Et mon avatar, en aura-t-il ? 

Considérez-vous nos doubles numériques – construits à partir d’une compilation des traces laissées derrière soi sur les réseaux sociaux – comme une forme d’avatar ?

Il y a deux niveaux de lecture au sujet des traces que nous laissons. Le premier concerne tous les éléments que nous postons volontairement sur les réseaux sociaux afin de construire notre personnalité – ce que l’on appelle notre jumeau ou double numérique. Mais, on oublie souvent le revers de la médaille : ce que nous postons involontairement, de façon inconsciente. Si on analysait toutes les traces laissées par les personnes qui postent sur Instagram et qu’on les personnifiait en avatar, est-ce que cela leur ressemblerait vraiment ? Cela donnerait-il une version consensuelle, flatteuse d’eux ? On peut se poser la question. On exprime en ligne une facette voulue, construite mais aussi une facette beaucoup plus sombre…

Comme ces personnes qui postent des photos de leurs proches morts pour leur rendre hommage… En parleraient-ils dans la vraie vie ?

La plateforme nous pousse aux raccourcis par la réduction de son vocabulaire. Les réseaux sociaux laissent peu de place à l’épaisseur, aux grains dans la construction de nos doubles. Chaque réseau exprime une facette radicale de soi-même. Pour ainsi dire, sur Instagram je veux être une beauté parfaite ; sur Facebook, j’exprime mon ras-le-bol… Un like, un cœur, ce n’est pas la même chose qu’une conservation. Ce double numérique est au fond une version extrême et appauvrie de moi, à la fois volontaire et inconsciente. 

Des investissements sont consacrés au développement d’environnements et d’avatars virtuels (pour aller plus loin que Zepeto, par exemple.) Comment imaginez-vous le futur mainstream de l’avatar virtuel ? Allons-nous tous avoir un double virtuel que l’on pourra promener d’un bout à l’autre de la planète ? 

Le jeu vidéo et la mode (enfin, les grands retailers !) se sont emparés les premiers de la modélisation d’avatars. Dans le jeu vidéo, on construit un avatar pour être différent de soi. Sur les plateformes d’e-commerce on fait ce que l’on appelle du « body scanning », une reproduction de soi. C’est ce que proposent les applications comme Nettelo ou Zozosuit (une combinaison japonaise criblée de capteurs qui permettent la collecte de mesures corporelles sur environs 400 points, là où un tailleur traditionnel n’en prend qu’une trentaine afin de commander des pièces au plus près de sa morphologie). Cela reste relativement simple… Mais l’an dernier, Epic Games [NDLR : un studio américain de développement de jeux vidéo situé en Caroline du Nord ; sa maison mère est le géant chinois de l’internet Tencent] a été un cran plus loin en présentant le futur de son moteur Unreal Engine sous les traits de l’avatar SIREN — une démonstration de force. Le studio a mis en place un système capable de créer en temps réel une image virtuelle d’un être humain, avec des techniques de motion capture reproduisant avec réalisme les mouvements du corps et les expressions faciales. Dans cinq ans, nous pourrons certainement tous avoir un avatar au sens d’une représentation 3D virtuelle, fidèle au moi réel. L’avatar c’est un corps et ce qui l’anime. Mais qui va l’animer ? Moi-même ou une intelligence artificielle ? Il se passe des choses fascinantes, intrigantes voire inquiétantes à ce sujet. Par exemple, l’an dernier, la société chinoise ObEN a créé un partenariat avec le groupe de C-pop basé à Shanghai SNH48 pour imaginer des avatars portables. Ils ont reproduit les membres du groupe en avatar et modélisé les intelligences artificielles selon les réactions attendues de chacun d’entre eux. Le futur ? Que chacun puisse avoir dans sa poche son groupe d’amis en avatar, que chacun puisse utiliser les avatars des autres, de ses amis, voire de ses stars préférées… Promener Kim Kardashian partout avec soi… Une forme de Tamagotchi moderne : un monde clos à portée de main, dans son téléphone. 

Un avatar aurait donc forcément un corps…

Non, on peut imaginer des avatars sans corps. C’est le principe de l’application IOS Replika… Une réplique de soi qui apprend de soi. Le but est de pouvoir ensuite lui demander : qu’est-ce que je dirais si j’étais plus introverti ou si j’étais plus passionné ? Simuler de nouvelles réactions de nous-même… La simulation de soi et de son comportement est une notion clé du futur de l’avatar.

On ne contrôlera donc pas forcément les émotions de nos avatars ?

Je pense à cette expérience de Nintendo – mort-née mais avant-gardiste. Une application mobile baptisée Miitomo qui permettait de créer un avatar. La nuit, quand l’utilisateur ne jouait pas, l’avatar allait interagir avec les autres… Il pouvait aller insulter un autre avatar, par exemple ! Dans cinq à dix ans, des intelligences artificielles vont nous comprendre à peu près, pas dans la singularité mais dans les grandes lignes. Des personnages modélisés selon nos désirs pourront donc être contrôlés en partie par une machine. Mais, où vont-ils évoluer? Dans un monde virtuel, sur les réseaux sociaux, ou seulement pour moi dans mon téléphone? Quel lien vais-je avoir avec mes avatars ? Vais-je avoir de l’affection pour eux? Vais-je m’en méfier (et finir par les enfermer dans le grenier comme dans cet épisode de Black Mirror) ? Lorsque nous allons pouvoir commencer à interagir réellement avec nos avatars, qu’ils vont commencer à nous répondre, cela va créer des dissonances cognitives importantes et ce sera très intéressant à observer… 

La diffusion des avatars déclenche des réactions polarisées : d’un côté, les techno-enthousiastes (qui saluent avec optimisme la possibilité de mener plusieurs vies dans des mondes parallèles), d’autre part, les techno-apocalyptiques (qui craignent la perte d’identité, la liquéfaction et l’aliénation). Que répondez-vous aux craintes des seconds ?

Je les comprends bien sûr… Face aux technologies, il y a deux réflexes majeurs : un optimisme exacerbé (« la technologie va nous sauver ») et un réflexe conservateur (« elle est en train de nous faire perdre »). Gilbert Simondon disait que la technologie c’est l’outil de base, la nature. Elle est créée par l’homme, elle l’entoure et elle détermine son rapport au sol, à l’autre. On ne peut pas dire que le mélange réel/​virtuel dans lequel nous vivons n’est pas naturellement humain, il faut donc l’accepter. Il ne faut pas non plus considérer que les technologies sont froides car derrière il y a des humains. Notre réalité est désormais multi-plans : réelle, virtuelle… et il y a sûrement d’autres « plans » que nous n’avons pas encore débloqués et qu’on ne connaît toujours pas… A partir de là, il faut s’interroger : qu’est-ce qu’on fait de la technologie ? Peut-on en faire un outil de diversité, de représentativité ou d’uniformisation ? Tout est possible… Nous avons plus que jamais besoin d’artistes pour déterminer un nouvel horizon. Dans votre question, il y a le mot « aliénation », c’est intéressant. Un alien est quelqu’un de totalement différent de moi-même, radicalement autre. L’avatar, c’est moi. Il permet de m’interroger : pourquoi je le veux comme ça, pourquoi je le crée comme ça ? Cela ne conduit pas à une perte d’identité mais plutôt à une interrogation de cette dernière. C’est bien de se poser ces questions-là aujourd’hui, dans un monde qui a tendance à « forcer » les identités. 

En Chine, on note déjà les citoyens, on utilise le système de reconnaissance faciale à l’université et les uniformes géolocalisés à l’école… Pensez-vous que l’on va suivre ce chemin en Europe ?

C’est un peu le principe du panoptique : « j’ai rien à me reprocher et je regarde l’autre ». En France, nous sommes en train d’installer un système semblable de caméras de surveillance … On trouve aussi des « parents hélicoptères » qui suivent leurs enfants avec un téléphone portable et un GPS car ils ont peur qu’ils leur arrivent quelque chose… Il y a un équilibre à trouver entre la gestion du risque et notre confort. La recherche du confort conduit à une privation de liberté et la liberté se passe du confort… Sans friction, sans contact, notre société devient machinale, robotique. C’est aussi le rôle des artistes, des designers, des urbanistes de refuser cela, de remettre de la granularité, de la friction dans nos interactions quotidiennes. L’optimisation forcenée exclut une forme de chaos qui est utile à la société. Bruce Sterling fait tous les ans son état du monde ; en 2018, il disait : on assiste à la fin du progrès, la foule se retrouve sans horizon tangible, elle doit reconstruire un nouvel horizon. Forcément cela fait un peu peur… Les nouvelles technologies sont un nouvel état tiers et nous sommes à un moment où on peut les faire basculer vers une surveillance généralisée ou vers des libérateurs de potentiels humains. L’intelligence artificielle a des biais contre lesquels il faut lutter. 

Ces questions-là pourtant majeures semble quasi-absentes du débat public… 

C’est vrai… Comme nous sommes en panne d’imaginaire, on a du mal à créer de nouveaux récits et on tombe dans des univers dystopiques. C’est la facilité. On a beaucoup de mal à se projeter, on réagit de façon court-termiste. La Silicon Valley a une vision du monde, la Chine aussi avec son plan 2049, un horizon avec un imaginaire. En Europe, la postmodernité a déconstruit tous les récits et il est temps de reconstruire des récits collaboratifs, participatifs. Il faut s’emparer de la question maintenant ! 

Les avatars pourraient-ils justement être porteurs d’imaginaires neufs ?

L’avatar peut, en effet, permettre l’incursion de nouveaux récits positifs mais ils véhiculent très peu d’imaginaire à ce jour. Quand on regarde leur « biographie », il n’y a pas grand chose… Fin 2018, a été lancée la première influenceuse virtuelle française, baptisée Gaia. Il ne faut pas qu’elle tombe dans le cliché de l’influenceuse française, il faut qu’elle montre la voie… 

En effet, des influenceurs virtuels sont apparus ces derniers mois comme Lil Miquela, Blawko, Noonoouri mais ils évoluent avec peu d’aspérités. La contreculture de l’influenceur virtuel venant challenger les représentations idéalisées du moi ne serait-elle pas encore née ? 

Noonoouri reste assez lisse car elle repose sur des archétypes Kawaii japonais. Elle est surtout égérie en Chine, notamment du Luxury Pavillon d’Alibaba (de faux magasins en 3D). Lil Miquela représente la fembot et Shudu Gram, le mannequin de couleur. Mais, le fondateur de cette dernière, le photographe Cameron-James Wilson, a créé plus récemment un avatar beaucoup plus alien, complètement fou : @galaxia.gram et un mannequin plus-size noir @brenn.gram. On arrive à quelque chose d’un peu moins lisse. Mais tout cela suit l’évolution de la mode… Et la mode n’est jamais la première à s’approprier les technologies. Dans son ensemble elle s’est emparée de l’avatar de manière très mainstream mais des sociétés comme CARLINGS ou THE FABRICANT créent des vêtements virtuels et s’interrogent vraiment : qu’est-ce que nous permet de faire le virtuel, comme nouvelle expression ? Ils sont en train de challenger la créativité des maisons de mode qui ont du mal à s’emparer de ces questions. Pourtant, la mode devra tôt ou tard prendre part au débat surtout quand les espaces se virtualisent, comme Facebook Spaces… 

Faut-il donc voir des distorsions du réel plus avant-gardistes et plus critiques chez des artistes numériques comme Yilmaz Sen, Jon Rafman ou des performers dont le médium est Instagram (@sarahnicolefrançois, @melovemealot) ?

Oui tout à fait. Izzie Button a commencé à vendre des vergetures et des rides pour nos avatars de Second Life, LaTurbo Avedon utilise l’avatar comme critique des critères toxiques de masculinité et John Yuyi à sa manière explore ce brouillage virtuel/​réel. Ce sont les artistes ou encore les marques de niche qui interrogent ces concepts. Les avatars sont aujourd’hui des représentations égotiques et pas des représentations du moi : c’est pour cela que c’est à l’art de s’emparer du médium, les artistes radicaux peuvent en montrer les facettes et les limites. Cette nouvelle génération d’artistes vient interroger l’uniformisation des réseaux sociaux car ce sont le seul à en comprendre les ressorts de A à Z. Nous vivons dans un système qui dépossède les corps, les identités pour les uniformiser ; les réseaux sociaux en sont le parangon, le corps y est un produit comme un autre. L’avatar peut devenir intéressant à partir du moment où l’on passe du point de vue de consommateur au point de vue de « maker », plutôt que de customiser un avatar, est-ce que je peux en créer un ? Plutôt qu’on me vende un corps particulier, est-ce que je peux en inventer un ? L’avatar peut devenir une manière de se réapproprier un corps, une manière de se récréer une identité. 

Entre intelligence artificielle, biotechnologies, réalité augmentée, nouveaux matériaux et neurosciences, que peut-on imaginer de plus surprenant dans les années à venir dans le monde du luxe et de la mode ?

Dans un monde complètement exponentiel, accéléré, impossible de faire des prédictions… Chez Imprudence, on aime bien regarder le travail des designers spéculatifs ou critiques ; des gens qui inventent des concepts, des objets, des produits qui n’existeront probablement jamais mais qui sont là pour interroger notre futur par le biais de notre présent. Ce qui me semble le plus intéressant c’est d’imaginer les nouvelles fonctions du vêtement. Par exemple, la designer spéculative Angela Mathis a créé le projet « Leaving garments » qui présente un vêtement fait de cellules végétales qui s’adapte au corps, qui bouge et qui soigne : le triptyque mode-beauté-santé se mélange. Dans le futur, le vêtement va avoir un nombre de fonctions incalculable… Adam Harvey a imaginé un maquillage qui permet de ne pas être détecté par les caméras de surveillance ainsi que des burqas en fils d’argent qui permettent de ne pas être détectés par les drones… Behnaz Farahi a créé un vêtement seconde peau animale, pourvu d’un sixième sens qui bouge quand l’utilisateur est regardé. Maria Castellanos a imaginé un vêtement qui crée de l’oxygène… Ali Schachtschneider va un cran plus loin : elle imagine des bactéries que l’on met sur soi, qui grossissent et qui au bout de deux mois recouvrent le corps et on peut les manger ! Dans toute cette démarche, c’est l’interrogation autour du corps, du rapport à moi et à l’autre, à notre environnement qui intéressante. Le vêtement n’est pas que futile ; en s’emparant des technologies j’aimerais que la mode devienne plus radicale, qu’elle puisse interroger plus de choses.

Exergue 1 : The future? That everyone can have in their pocket their group of friends in avatar form, that everyone can use the avatars of other people, of their friends, even of their favourite stars… To have Kim Kardashian with you all the time… A kind of modern Tamagotchi: an entire world within reach, in your phone. 

Exergue 2 : « What link will I have with my avatars ? Will I feel affection for them? Will I distrust them (and end up locking them in an attic like in that episode of Black Mirror)?

Exergue 3 : « New technologies are a new third estate! And we’ve reached a crossroads: we can move either towards generalized surveillance or towards the liberation of human potential. »

Exergue 4 : « We live in a system which expropriates bodies and identities to standardize them: social networks are the paragon of that, they treat the body as a product like any other. The avatar can become a way of recreating an identity. » 

Must we always limit ourselves to alarmist, pessimistic visions of the future? Could we not instead help people to construct positive imaginings, to invent other possible worlds, desirable futures? Collapsology, dystopias – that’s all too easy! As is utopia by the way,’ says Julien Tauvel, head of future studies institute Imprudence which he founded with Gérald Obringer three years ago. Their mission? To fight against the poverty of futurist and technological imaginings. Their premise? In an ever-accelerating world where predictions have become obsolete, the future can no longer be deduced, it can only be imagined. No crystal balls, no tarot readings – too risky. Their weapon of choice? Narratives, in their parlance, of forecasting through design fiction!’ If you want to question what is currently unfolding, there is no medium more powerful’, he says. An Anglo-Saxon discipline created by Bruce Sterling and popularized’ by Dunne and Raby, design fiction has, as of yet, few followers in France. Except, of course, the well-known Nicolas Nova. At Imprudence HQ, you’ll find : IT creatives, authors, illustrators, designers and software developers who are busy working on our future, always with an eye on avant-garde experimentation and the work of speculative designers. Imprudence operates as much in the worlds of beauty, fashion and perfume as agri-business and transport. They’ve got plenty of work and plenty of questions… Are algorithms going to make our decisions for us? Are we all going to be graded for our behaviour? Are we going to be able to talk to the dead? Are robots going to develop emotions? And will our avatars?

Do you consider our digital doubles – constructed on the basis of the traces we leave on social networks – as a form of avatar? 

We leave two different kinds of trace. The first concerns all the elements that we post voluntarily on social networks to construct our personality – what we call our digital twin or digital double. But we often forget the other side of the coin: what we post involuntarily, unconsciously. If we were to analyse all the traces left by the people who post on Instagram and we made avatars of them, would it really resemble them? It would be a flattering, consensual version of them. The question is worth asking. Online we voluntarily expose one side of ourselves, a construct, but we also leave our shadow… 

Like people who post photos of their dearly departed as a tribute… Would they talk about them in real life? 

The platform is pushing us towards shortcuts because of its reduced vocabulary. Social networks lead us to construct rather thin doubles. Each network expresses one basic facet of ourselves. In other words, on Instagram I want to be flawlessly beautiful, on Facebook I want to moan… A like, a heart, is not the same thing as a conversation. This digital double is really an extreme, impoverished version of myself, both voluntary and unconcious.

There is a lot of investment in the development of virtual environments and avatars (moving beyond something like Zepeto). How do you imagine the mainstream future of the virtual avatar? Are we all going to have a virtual double we can send to the other side of world?

Video games and fashion (at least the major retailers) were the first to model avatars. In a video game, you construct an avatar to be different from yourself. On e-commerce platforms there is a process known as body scanning’, which is a reproduction of yourself. That’s what apps like Nettelo or Zozosuit offer (a Japanese jumpsuit covered with sensors which capture your physical measurements in about 400 places – bearing in mind a traditional tailor only takes 30 or so — to create a piece as close as possible to one’s morphology). That’s all quite straightforward…
But last year Epic Games (Ed.: a North Carolina-based video game developer and subsidiary of the Chinese internet giant Tencent) took it up a notch by presenting the future of its game engine Unreal Engine in the guise of the avatar SIREN – a show of strength. The developer has set up a system capable of creating in real time a virtual image of a human being, with motion capture technology realistically reproducing the movements of the body and facial expressions. In five years time, we could certainly each have an avatar, in the sense of a virtual 3D representation that is faithful to our original self. The avatar is a body and whatever animates it. But what is going to animate it? Myself or artificial intelligence? There are fascinating, intriguing, even worrying things happening in this area. For example, last year the Chinese company ObEN established a partnership with the Shanghai-based C-pop group SNH48 to imagine portable avatars. They produced an avatar of each member of the group and modelled artifical intelligence programmed according to their habitual responses. The future? That everyone can have in their pocket their group of friends in avatar form, that everyone can use the avatars of other people, of their friends, even of their favourite stars… To have Kim Kardashian with you all the time… A kind of modern Tamagotchi: an entire world within reach, in your phone. 

So your avatar would need to have a body?…

No, you can have an avatar without a body. That’s the principle of the application IOS Replika… a replica of you that learns from you. The aim is to be able to then ask it: what would I say if I were more introverted or more passionate? To simulate other reactions we might have. The simulation of the self and its behaviour is a key idea in the future of the avatar.

Then we won’t necessarily be able to control the emotions of our avatars?

That brings to mind that Nintendo experiment, which never got off the ground but was very cutting-edge. A mobile app called Mitomo which allowed you to create an avatar. At night, when the user wasn’t playing, the avatar was interacting with others… It could go and insult another avatar, for example! In five to ten years, artificial intelligence will understand us, not in our individuality but the broad outlines. Characters modelled according to our desires will be partially controlled by a machine. But where will they develop? In a virtual world, on social networks, or just for me, on my phone. What link will I have with them ? Will I feel affection for them? Will I distrust them (and end up locking them in an attic like in that episode of Black Mirror)? When we start to be able to really interact with our avatars, when they start to respond to us, that’s going to create major cognitive dissonance, and that will be very interesting to observe… 

The spread of avatars has provoked polarized reactions. On the one hand, we have the techno-enthusiasts (who greet the possibility of living several lives in parallel worlds with optimism). On the other, there are the techno-apocalyptics (who fear loss of identity, despondency and alienation). How do you respond to those fears?

I understand them of course… Faced with technology, there are two main responses: excessive optimism (‘technology will save us’) or conservativism(‘it is going to destroy us!’). Gilbert Simondon used to say that technology is a basic tool, it’s nature. It is created by men, it surrounds us and it determines our relationship to the soil, to the other. We cannot say that the real/​virtual mix in which we live is not naturally human, therefore we have to accept it. Nor can we say that technology is cold, since behind it there are humans. Our reality is now multi-level: real, virtual… there are doubtless other levels’ which we have not yet accessed and which we still don’t know about. Given all that we have to ask ourselves: what do we do with technology? Can we make it a tool of diversity, of representivity, or of standardization? Anything is possible… Now more than ever we need artists to determine a new horizon. In your question, there is the word alienation’; that’s interesting. An alien is someone different from myself, radically other. The avatar is me. It allows me to ask myself: why do I want it this way, why have I created it in this way? That doesn’t lead to a loss of identity but rather to a questioning of it. It’s good to ask ourselves at this moment in time, in a world which tends to force’ identities on us.

In China, citizens are already graded, facial recognition software is used at universities, and school uniforms have GPS in them… Do you think that Europe is going to follow China down that road?

It’s a bit like the principle of the panopticon: I’ve got nothing to hide and I surveille the other. In France, we are in the process of installing a similar system of CCTV cameras… Then there are also the helicoper parents’ who track their children through their mobile and GPS because they’re scared something will happen to them. There is a balance to be found between managing risk and comfort… Looking for comfort leads to a loss of liberty and liberty can do without comfort. Without friction, without contact, our society becomes automated, robotic. It is the role of artists, of designers, of urbanists to refuse that, to restore granularity and friction to our daily interactions. Forced optimization excludes a kind of chaos that is useful for society. Every year Bruce Sterling produces his state of the world report, and in 2018 he said: we’re witnessing the end of progress, people no longer see a tangible horizon, a new one has to be reconstructed. Of course, that’s a bit scary… New technologies are a new third estate! And we’ve reached a crossroads: we can move either towards generalized surveillance or towards the liberation of human potential. Artificial intelligence has in-built biases against which we have to struggle. 

But these major questions are almost entirely absent from public debate… 

It’s true… Because we lack imagination, we have difficulty creating new stories and we easily fall back on dystopian universes. That’s the easy option. We find it very difficult to project ourselves; our reactions are short-termist. Silicon Valley has a vision of the world, China does too with its 2049 plan, a horizon and a dream. In Europe, postmodernity has deconstructed all narratives and it is time to reconstruct collaborative, participatory narratives. We have to start working on it now!

Could avatars be the bearers of a new imagination?

Avatars can, it is true, allow new, positive narratives to open up, but to date they have very little imagination. If you read their biography’, there is very little there… At the end of 2018 the first French virtual influencer, Gaia, was launched. It’s important she not just fall back on the cliches around french influencers, but that she paves the way…

Indeed, recently a number of virtual influencers have appeared, such as Lil Miquela, Blawko, Noonoouri, but they are developing in a very conformist way. Are we yet to see the emergence of the countercultural virtual influencer, challenging idealized representations of the self?

Noonoouri remains quite bland, because she is based on Japanese Kawaii archetypes. She holds most sway in China, notably in Alibaba’s Luxury Pavillion (fake 3D shops). Lil Miquela represents the fembot and Shudu Gram is the model of colour. But the founder of the latter, the photographer Cameron-James Wilson, recently created a much more alien avatar, completely crazy: @galaxia.gram and a plus-size black model @brenn.gram. We’re moving towards something a little less bland. But all of this is moving in step with the evolution of fashion… And fashion is never the first to exploit these technologies. Overall, its use of the avatar is very mainstream but brands such as CARLINGS or THE FABRICANT create digital clothes and are really pushing the envelope: how can we use the virtual as a new expressive form? They are challenging to the creativity of fashion houses who find it hard to tackle these questions. Nonetheless, sooner or later fashion will have to join the debate especially when spaces become virtual, like Facebook Spaces…

Do you think we are likely to see more and more avant-gardist and critical distortions of the real like in the work of Yilmaz Sen, Jon Rafman or performers whose medium is Instagram (@sarahnicolefrançois, @melovemealot)?

Absolutely. Izzie Button has started selling stretch marks and wrinkles for Second Life avatars, LaTurbo Avedon uses the avatar to critique toxic masculinity and John Yuyi is exploring the blurring of the boundary between the virtual and the real in his own way. It is still only niche artists and brands that are playing with these ideas. Avatars today are representations of the ego and not representations of the self: that’s why art will have to take hold of the medium; radical artists can demonstrate its different facets and its limits. The new generation of artists will contest the standardization of social networks because they know them like the back of their hand. We live in a system which expropriates bodies and identities to standardize them: social networks are the paragon of that, they treat the body as a product like any other. The avatar becomes interesting the moment you switch from the point of view of the consumer to the point of the view maker’: rather than customizing the avatar, can I create one? Rather than having someone sell me a particular body, can I invent one myself? The avatar can become a way of reappropriating the body, a way of recreating an identity. 

Between artitficial intelligence, biotechnology, augmented reality, new materials and neuroscience, what are the most exciting developments we can expect to see in the coming years in fashion and luxury? 

In a world that is developing exponentially, at an accelerated pace, it is impossible to make predictions… Here at Imprudence, we like to follow the work of speculative or critical designers; people who are inventing concepts, objects and products that will probably never exist, but which are here to imagine the future through the lens of the present. It seems to me that the most interesting thing is imagining the new functions of clothes. For example, the speculative designer Angela Mathis has created the project Leaving garments!’ which presents clothes made from vegetable cellulose which adapt to the body, which move and which have the capacity to act as beauty treatments: the fashion-beauty-wellness tryptich converge. In the future, clothes will have an incalculable number of functions… Adam Harvey has imagined a form of make-up which prevents you being detected by security cameras as well as silver-threaded burkas which cannot be detected by drones… Behnaz Farahi has created second skin clothing, endowed with a sixth sense which reacts when the wearer is being watched. Maria Castellanos has imagined clothing which creates oxygen.…Ali Schachtschneider has upped the ante: she imagines bacteria which you put on yourself, which grow and after two months they cover your body and you can eat them! What all these innovations have in common is that they raise questions about the body, about the relationship between the self and the other, and the self and the environment which are interesting. Clothing is not merely trivial: I would like to see fashion harness technology to become more radical, so that it can ask a wider set of questions.

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