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Guru

Exhibition

I want

Manon Renault

Guru Issue

Author
Manon Renault

Cet être nommé Gourou, ou plutôt cette ombre, souvenir indélébile dont la présence-absence se traduit dans les actions conscientes et inconscientes : à quel point se rend-il nécessaire ? Lui qui ne ressemble à rien, qui semble enfoui dans la mémoire, le voici pourtant trop vu et trop revu : il a pris une forme si précise qu’on se promet de s’en défaire. Qui sont les gourous des jeunes créateurs ? Les construisent-ils ou les déconstruisent-ils ? Leur sont-ils fidèles ? Qu’est-ce que cela raconte de la mode d’aujourd’hui ? Charlotte Knowles, Duran Lantink, Rok Hwang (Rokh) et Christa Bösch et Cosima Gadient (Ottolinger) ne se réclament pas de cette illusoire tradition du gourou. Ils ne brandissent pas le discours de l’avant-garde qui occulterait leur créativité, leur sens de la dérision, leur distance vis-à-vis de la société de l’image et leur conscience face au business actuel de la mode. Les histoires changent et les photos des idoles dans les cadres prennent la poussière. Le système de la mode se théorise, réfléchit sur son passé pour envisager de nouvelles formes de modernité. Les jeunes créateurs sont là pour proposer des récits, plutôt que pour les imposer. Alors, leurs gourous les attendrissent plutôt qu’ils ne les taraudent. Karl Lagerfeld disparu – lui, le Gourou, qui avait eu l’intelligence et la prestance d’accepter de jouer ce rôle si difficile auprès du grand public -, c’est une nouvelle scène de la mode qui prend forme et parle de son rapport à la figure du gourou.

ROKH Rok Hwang

Exergue : « Christian Dior consultait des oracles?! Mince, je suis le contraire de Monsieur Dior ! Je crois aux actes, aux décisions. Je ne suis pas effrayé par les choses qui peuvent arriver dans la vie. »
« Chaque chose que nous faisons a une répercussion. Il faut être responsable de ses actes. En tout cas, c’est comme cela que je vois les choses. En assumant », indique Rok Hwang. « Connais-toi, toi-même », une phrase aperçue par Socrate au détour d’une balade au Temple de Delphes, et qui l’a sans doute envoûté au point d’en faire un pilier de sa pensée philosophique. Depuis ces mots obsèdent les penseurs, devenant l’objet des débats entre Nietzsche et Kierkegaard. Le « connais-toi, toi-même » pourrait s’apparenter à une phrase gourou, voilée de sagesse dans les mots de Rok Hwang. Il lance Rok en 2016, et tout juste deux ans plus tard le voilà récompensé du prix spécial LVMH. Doit-il cela à un gourou ? L’option est séduisante, alléchante mais surtout facile. À l’affiche, il y aurait Louise Wilson, Phoebe Philo et Sophie Brocart (aujourd’hui directrice générale de Patou, LVMH), sorte de sainte trinité de la mode dont la réunion dans cette épopée moderne raisonnerait comme un écho poétique aux contes et romans d’apprentissages qui façonnent la littérature européenne. « Je crois que je suis très réaliste, pas superstitieux » Distorsion dans le récit ? Rok, un anti-héros ? Il rit : « Le gourou, je n’y avais jamais réellement pensé avant aujourd’hui. Alors je suis peut-être très ennuyeux car très normal. » Pourtant, chaque petit écho de rire révèle un pragmatisme des plus sensibles : « Christian Dior consultait des oracles?! Mince, je suis le contraire de Monsieur Dior ! Je crois aux actes, aux décisions. Je ne suis pas effrayé par les choses qui peuvent arriver dans la vie. » Le voilà notre héros. C’est avec une philosophie de l’action qui implique la connaissance de soi que Rok avance. Un gourou masqué ?
« Pragmatique. Je conçois les choses de manière très pragmatique. Dans la vie comme dans la mode, j’aime rester réaliste, être au calme. Ma vie se base essentiellement sur les actions : voilà en quoi je crois. Des gens m’aident, me guident, m’inspirent dans ce voyage. Comme mon équipe — je les aime de tout mon cœur, ce sont des amis. Nous discutons beaucoup, nous confrontons des idées dans un studio où l’ouverture est prônée. Les objections doivent être dites pour créer sans dévier. Surtout dans la mode : cet objet de tous les rêves. Pourtant, pour créer il ne faut pas réduire tout ce rêve à un vide, le réduire à ce qu’il projette. Plus que d’artistes, parlons d’artisans. Je gagne bien sûr beaucoup de satisfaction avec la création de collections féminines : mais pour moi, il s’agit d’un travail comme un autre. C’est ma réalité, mon métier : façonner avec rigueur le fantasme. Bien sûr, il faut du temps pour en venir à cette conclusion, et de l’aide. Alors que je débutais, je me dirigeais vers la création de vêtements masculins. Et une professeure, Louise Wilson, m’a ouvert les yeux. Elle m’a initié à la mode féminine, persuadée que cela serait parfait pour moi. Je l’ai écoutée et découvert les multiples possibilités offertes par cette branche. Matières, couleurs : des éléments avec lesquels je joue pour sublimer la beauté des femmes. En un sens Louise Wilson m’a libéré. Dans la confection masculine, l’exploration du caractère « extravagant » m’était impossible : l’extravagance est rapidement assimilée à un « too much ». Puis deux autres femmes ont été importantes. Tout d’abord, Phoebe Philo : elle m’a donné des conseils qui restent gravés dans ma mémoire. Elle m’a permis de définir professionnellement ma carrière, elle m’a ouvert les yeux sur divers points et a élargi ma conception de la mode féminine. Une véritable inspiration. Quant à Sophie Brocart : quelle intelligence ! Quel esprit ! Elle m’a mis les pieds dans le business. Elle m’apporte beaucoup et je peux toujours me tourner vers elle. Ce sont trois femmes qui m’accompagnent dans ce voyage. Un trio, on pourrait y voir un signe, mais je ne sais pas si cela aurait un quelconque sens ! Rien ne laissait espérer la rencontre avec ces trois femmes, toutes exceptionnelles. Pas de prédictions, et peut-être, vais-je rencontrer d’autres personnes, des sortes de gourous mentors sur mon chemin. Je l’espère. Mais je ne suis pas dans l’attente. Je ne pense pas que cela soit bon de rester passif. J’agis et c’est avec une profonde confiance dans la vie et dans la vérité que je le fais. J’aime cette vie, j’aime la mode, mes routines, me construire au calme. Pour tout dire, croire en ses actes et ses décisions est sans doute lié au fait d’avoir grandi avec une éducation religieuse. Je crois d’une certaine manière en un dieu. Mais ce sont les effets des actions qui comptent. Alors il faut essayer et réessayer.» 

OTTOLINGER Christa Bösch et Cosima Gadient

Exergue : « Evoquer l’idée d’un gourou, c’est comme hacker leur jeu : faire l’hypothèse d’un nouveau membre ou d’un stratagème surplombant. »
Christa Bösch et Cosima Gadient sont les deux faces de la marque de prêt-à-porter Ottolinger fondée en 2015. Depuis, le duo suisse a fait de la déconstruction sa signature : un processus qui suggère que la beauté vient du chaos. Une fable des plus actuelles, métaphore des défiances vis-à-vis d’un système qui se serait perdu dans la course à la modernité. Alors forcément, le jeu de déconstruction mené par Christa et Cosima séduit et donne envie d’en comprendre les règles, d’en déceler les tactiques. Evoquer l’idée d’un quelconque gourou, c’est comme hacker leur jeu : faire l’hypothèse d’un nouveau membre, ou d’un stratagème surplombant. Mais certaines parties ne se jouent qu’à deux. Christa et Cosima posent leurs pions ensemble, dans un dialogue qui leur est propre. « Je ne vois pas comment on ferait, si on devait faire chacune une marque de mode de notre côté (elles chuchotent entre elles), on s’appellerait tout le temps (silence, elles se regardent sans doute), c’est vraiment une question difficile ». Peut-être sont-elles le gourou l’une de l’autre ? Elles rigolent. « On est très contente de s’être trouvées toutes les deux. C’est essentiel d’avoir quelqu’un avec qui tu peux dialoguer, avec qui tu peux t’améliorer », assure Christa. Alors il devient presque inopportun que de vouloir introduire un gourou dans ce duo bien autonome. Elles s’aident, répondent, reformulent à leur manière l’idée de gourou. On se pose à côté, on écoute, on apprend et on devient les spectateurs de leurs dialogues, où intervenir serait comme détourner cette leçon. Comme les vêtements qu’elles solidifient, les deux créatrices semblent se souder. Place à l’alchimie.

« — Le gourou nous semble vraiment très lié à l’histoire de chacun. C’est un choix qui doit s’effectuer de manière autonome.
— Pour notre part, ce n’est pas un mot que nous utilisons ou auquel on pense. Bien sûr, il y a différentes personnes dans notre équipe qui ont un fort impact sur notre travail et qui pourraient prendre ce rôle d’un point de vue extérieur. Avec elles, on dialogue, on parle. Elles nous enseignent des choses et surtout elles sont honnêtes avec nous. L’échange et l’honnêteté sont essentiels. À partir de là, on peut explorer de manière avertie les textures, les couleurs et les matières des vêtements.
— Mais ces personnes, on ne les appelle pas nécessairement « gourou ». Un gourou répond à une définition issue de la tradition spirituelle hindouiste. Je préfère traduire « gourou » par l’idée d’une personne extérieure qui enseigne, qui nous apprend quelque chose.
— Oui un gourou, c’est quelqu’un d’extérieur qui se doit d’être honnête, quelqu’un duquel on apprend. Une personne qui nous encourage et trouve un moyen de solidifier nos projets sans les détourner.
— Dans notre dernière collection, nous nous sommes inspirées d’une histoire de science-fiction chinoise. Une trilogie de Liu Cixin. Sa vision décrit un monde qui s’accorde avec ce que nous avions envie de raconter. Un monde magique qui invite à l’exploration. En voulant partager son histoire, nous avons nous-même expérimenté de nouvelles choses. Des mixtes de flanelle, de denim et de pulls. Toujours avec cette histoire en tête, cette histoire qui peut être incarnée par chaque femme qui revêt nos pièces.
— Les histoires prennent une place toute particulière dans notre processus de création. Nous ne dessinons pas alors il faut bien les choisir.
— Oui, cela commence toujours par une phrase, une discussion. On en reparle toutes les deux et on réfléchit à la manière dont on peut utiliser ce matériau pour consolider l’histoire originale, la rendre plus forte.
— Prendre un vêtement le regarder se transformer, c’est comme regarder un film sur la vie de ce vêtement, en somme. Pour nous, c’est dans la reconstruction du vêtement que nous apparaît la beauté.
— On n’a pas grandi dans un pays avec une scène mode très présente ou avec une histoire dont l’influence est forte comme à Paris. Alors, la mode paraissait loin. Elle était dans les magazines. Cela explique sans doute notre rapport à la mode et notre processus créatif dans lequel l’expérimentation de textiles, les mixtes inattendus sont plus libres, plus faciles. On se l’autorise !
— Créer, c’est se laisser guider par son instinct : on essaye de toujours s’écouter, de croire en l’instinct l’une de l’autre. Alors un gourou ? Si cela peut aider les gens, avoir une force qui les pousse à être plus fort, plus confiant alors c’est quelque chose de bon. Mais il ne faut pas que cela emprisonne. Nos parents ont pour nous cette aura positive.
— On est ensemble, on s’est trouvées, on se tient les coudes : c’est un signe, non ? » 

Un échange commencé par les mots de Cosma.

CHARLOTTE KNOWLES Alexandre Arsenault et Charlotte Knowles

Exergue : « On a définitivement besoin l’un de l’autre, alors je suppose que cela signifie que nous sommes nos gourous mutuels. Nous développons les choses ensemble. Impossible de faire autrement. » 

« — Tu aimes la fluidité ?
— Oui, il faut voir dans cette fluidité une manière de donner du pouvoir.…
— … L’empowerment : notre marque doit être un lieu d’empowerment !
— Alors il faut inventer des vêtements, comme un écrivain propose des mots pour inventer un langage — un langage que chacun se sent libre de compléter…
— … Avec ses propres mots. Finalement l’histoire se crée devant nous.
— Oui ! Charlotte Knowles c’est l’histoire d’une histoire qui se crée avec tous, presque en direct. »

Qui parlait ? Alexandre ou Charlotte ? À vrai dire, les répliques se superposaient et chacun finissait les mots de l’autre. Les idées fusent et fusionnent rendant Alexandre Arsenault et Charlotte Knowles indissociables. Tout deux sont unis par la vision aboutie de ce que pourrait être la mode de demain. Charlotte Knowles ou une marque qui dépasse le simple label canonique : un projet dont la constance se nourrit des inconstances, des lectures de ceux qui portent le vêtement. Une véritable co-construction avec le public. Tout ce projet, cette « Charlotte Knowles » élevée à l’état de concept, les obsède, les fascine, les guide, devenant leur gourou. « On s’y réfère, on lui fait confiance, on ne pense qu’à elle. On est complètement fasciné par la vie de la marque, sa vie à travers les yeux du public. Cela nous guide »
Charlotte Knowles, ou l’histoire d’une marque qui prend lieu et place de gourou pour ses fondateurs/​bâtisseurs : est-ce cela la véritable passion artistique ? L’obsession pour sa création. Dans les mots entremêlés d’Alexandre et Charlotte le concept de gourou se redéfinit. De leurs deux voix distinctes naît une parole unie et claire. Au fil de l’échange, se dessine une troisième personne dans la conversation : Charlotte Knowles. Alors, dans l’histoire suivante, les « je » d’Alexandre deviennent ceux de Charlotte et vice-versa « On a définitivement besoin l’un de l’autre, alors je suppose que cela signifie que nous sommes nos gourous mutuels. Nous développons les choses ensemble. Impossible de faire autrement. Cela fait naturellement sens, voilà tout. »
« Chaque saison, c’est sous un nouvel angle qu’on regarde « Charlotte Knowles » et qu’on construit des vêtements qui doivent être des histoires pour les gens, des histoires dans lesquelles ils puissent s’identifier. Évidement il y a une part de nous, de nos émotions ; mais ce qui compte, c’est ce que ressentent les femmes au contact de nos vêtements. Alors il n’est pas facile, quand on parle à la presse en attente d’une définition toute faite, prête à être mise en image fixe, de raconter ce qu’est Charlotte Knowles. De la réduire à une formule toute faite.
« À quoi ressemble la marque ? », nous demande t-on. Quelle est son histoire ? Charlotte Knowles est une idée, il n’y a pas d’histoire spécifique : on essaye de figurer ce que pourrait être la garde-robe du futur. Les êtres sont multiples, appartiennent à des mondes différents. Alors il faut les regarder sous le plus de lumière possible. Le langage de chacun s’additionne : cela crée une forme d’art qu’on traduit dans nos vêtements. Mais bien sûr, cela peut paraître un peu abstrait, et si l’on tient ce discours, c’est que nous sommes entourés et passionnés par cette marque qui est notre gourou. Notre gourou, c’est elle, cette femme multiple. Cette femme dont l’histoire s’invente chaque saison. Pour qu’elle puisse exister, la famille, qui nous entoure avec fidélité nous inspire. Georgia Pendlebury nous aiguille. L’équipe de Fashion East — Lulu Kennedy ou Natasha Booth — nous offre des conseils précieux tout comme Olya Kuryshchuk qui nous aide à grandir. Maman est aussi un référent ! (Les voix ayant fusionné, pas de précisions supplémentaires sur la filiation). Donc ce ne sont pas des gourous à proprement parler. Plutôt des mentors. Le gourou : c’est un terme fort. Il y a cette étrange connotation religieuse. Je ne crois pas qu’il y ait une personne qui puisse avoir le contrôle complet sur une vie. En tout cas pas pour nous. Et ce n’est pas le but de ce qu’on appelle mode, ou tout du moins ça ne l’est pas dans ce qu’on construit. Il faut des guides sans doute. Notre marque est notre gourou personnel, mais en aucun cas, nous avons le but qu’elle ensorcelle les gens. Charlotte Knowles n’influence pas, tout du moins pas dans le sens « impressionner ». Elle influence les gens dans le sens où elle va les inviter à se rassembler. C’est cela, Charlotte Knowles. »

DURAN LANTIK

Exergue : « Le voici, enfin, ce créateur répondant au récit romantique du disciple ensorcelé par des enseignements chamaniques mystiques. » 

« Il y aura toujours quelqu’un qui voudra transformer mon travail, le rendre plus « commercial ». J’aime ce que je fais et je suis heureux de la façon dont mes collections prennent forme et vivent, alors pourquoi changer et entrer dans un moule ? Ça ne sert à rien de vouloir être un rond alors qu’on est un carré. D’ailleurs, ma chamane m’a expliqué qu’à l’instant même de ma naissance, j’avais décidé d’être un carré et donc de ne pas entrer dans le cercle de la vie de notre dimension ! » Stop — arrêt dans l’enregistrement : Duran Lantik finaliste du prix LVMH 2019, consulte une chamane. « Je fais des sessions de temps à autre (il rit), elle m’entoure de pierres énergétiques, ça vaut le détour ! » Le voici, enfin, ce créateur répondant au récit romantique du disciple ensorcelé par des enseignements chamaniques mystiques. Duran Lantik, s’est fait connaître pour ses pantalons « vagin » comme il s’en amuse : « Je suis passé du vagina guy à l’up-cycling guy : je ne sais pas ce que l’on peu en déduire ! ». Les traits d’humour et traits d’esprit de ce « trait » carré dénotent toute sa maturité face au monde de la mode, sa propre évolution et son image. Solliciter un gourou est pour lui une forme de décontraction productive pour se penser. Rapidement le fantasme de le faire entrer dans notre rond, dans une lecture littérale et premier degré du designer lié à un gourou tombe à l’eau. L’up-cycling guy est bien plus complexe, et d’ailleurs sa chamane n’échappe pas au sort qu’il impose aux vêtements de luxe qu’il décompose et recompose pour former ses collections. « Je n’écoute que ce qui me semble intéressant, avec quoi je suis d’accord. Je fais mon propre travail. D’après elle, je suis prêt pour la 9ème dimension ! Elle m’a proposé de m’y accompagner, mais je crains qu’elle ne soit restée coincée à l’entrée ! » Entre réflexions esthétiques et anecdotes, les mots de Duran Lantik charment. « Il pleut à Paris ? », demande-t-il. Non, il ne pleut plus. Peu importe ce qui avait été prédit par le gourou de la météo, Lantik apporte le soleil et se résout au jeu de l’interview gourou, pour mieux prendre l’exercice à son propre jeu.
« Quelle coïncidence ! Je travaille actuellement sur un projet pour lequel je réunis des fragments de différentes personnes. Chacune représente une génération, un âge, une culture. En les combinant en un corps, c’est un être multiculturel, traversé par le passé, témoin du présent et prospective pour le futur qui se forme. Je crois que cela pourrait être une bonne formule pour construire un gourou. Un gourou inclusif : nous sommes dans un monde fait d’une variété de cultures circulant avec plus de liberté qu’avant : ma mode, mes projets doivent être en accord avec ce monde. La composition de mon propre gourou ?! C’est difficile ! Une combinaison entre Grayson Perry, Alexander McQueen, Michelle Obama, John Galliano et Picasso peut-être. Je réfléchis… Ah ! et ma grand-mère. Elle est comme un rêve : sa routine de vie est tellement réglée, entre ses plantes et son petit-déjeuner. C’est fascinant et apaisant. Sans-doute parce que je mène une vie à l’opposé. Pour la partie mode, Galliano et McQueen représentent selon moi, deux des visons les plus riches qui ont élevé le récit de la mode à un autre niveau. Ce sont des artistes inspirants, tout comme Grayson Perry. Sa philosophie de l’art, son humour et son extravagance s’articulent, c’est essentiel pour un artiste. Il prend des choses banales pour les élever à un autre niveau : c’est comme faire jaillir l’art hors des sentiers battus. Pour Picasso c’est également son rapport philosophique à l’art qui m’intéresse. Michelle Obama, quant à elle, c’est une force, une puissance : je fantasme sur une collaboration où je pourrais élaborer une sorte de clinique pour son vestiaire d’ex-Première dame. Les vêtements doivent vivre, vivre toutes leurs vies. Le point commun entre tous ces fragments d’êtres : l’alchimie fait qu’ensemble, ils forment une lumière positive selon moi. Une lumière puissante et rayonnante. Ils éclairent, mais créent aussi des zones plus ombragées. Soit des espaces essentiels pour respirer, se recentrer et réfléchir. Des « safe space » qui dans l’industrie de la mode servent à affirmer sa propre vision. Il est essentiel d’avoir confiance en ses idées.
Alors avec l’engouement actuel pour l’up-cycling, il faut plus que jamais être juste et édifier des projets solides. C’est ridicule de produire plus. Démocratiser le DIY permettrait d’entrevoir un meilleur futur pour l’industrie de la mode. J’ai toujours fait de l’up-cycling, mais c’est lorsque j’ai étudié pour mon master, que j’ai commencé à réfléchir sur ma démarche et aux manières de la faire évoluer.
De voix fortes — je pense à Orsola de Castro, sont également essentielles pour que le mouvement prenne vie auprès du grand public. De mon côté, j’ai du mal avec les étiquettes qu’entraînent la visibilité. Je me suis battu avec cela, mais j’ai compris que c’était important. Il faut donner du temps aux gens pour qu’ils assimilent les choses : qui vous êtes, ce que vous faites. Donner des repères est une première étape : après on peut expérimenter et décloisonner les esprits. Je ne sais pas si c’est cela l’attitude d’un gourou ? Mais voilà ce que j’en attends, à titre personnel : donner le bon ton de voix. Montrer au gens que le monde peut être beau, et ce dans toute la complexité que cela requiert. Le gourou doit inviter les gens à grandir, sortir de leur zone de confort. Être une voix qui parle à tous.
L’humour sera essentiel (les rires brouillent la ligne). Cela crée de l’énergie. Une dynamique positive dans laquelle les idées avancent. Le prochain gourou sur ma route sera sans doute un hologramme : le virtuel me passionne et créer des vêtements avec les techniques de cette lumière plutôt qu’à partir de patrons en tissu est une alternative riche. Et je suppose que l’aspect de la lumière est central pour définir la place du gourou : au sens pratique comme symbolique. Je vais rencontrer un gourou en absence, qui n’est pas encore là. Quelque chose que je voudrais attraper mais qui resterait toujours loin. » 

Dans quelle dimension sommes-nous ?

To what extent is it necessary, this being called Guru, or rather this shadow, this indelible memory whose presence-absence is legible in conscious and unconscious actions? A being who resembles nothing, who seems buried in memory, who is here, seen over and over again, who has taken a form so precise that we feel the need to rid ourselves of it. Who are the gurus of young designers ? Are they constructing them or deconstructing them? Are they faithful to them? What does it tell us about fashion today? Charlotte Knowles, Duran Lantink, Rok Hwang (Rokh) and Christa Bösch and Cosima Gadient (Ottolinger) do not align themselves with this illusory tradition of the guru. They don’t brandish the discourse of the avant-garde, which would obscure their creativity, their derisive sensibility, their distance from the society of the image and their consciousness of the current business of fashion. History moves on and the framed photos of idols gather dust. The system of fashion has theorized itself, reflecting on its past to imagine new forms of modernity. Young designers are here to propose narratives rather than impose them. Thus they feel sentimental about idols rather than tormented by them. Karl Lagerfeld has gone – the guru who had the intelligence and presence of mind to accept playing such a difficult a role for the public – and a new fashion scene is taking shape and discussing its own relationship with the figure of the guru. 

ROKH Rok Hwang

« Christian Dior consulted oracles?! Gosh, I’m the opposite of Dior ! I believe in actions, in decisions. I’m not afraid of what can happen in life »

« Every thing we do has repercussions. You have to be responsible for your actions. At least, that’s how I see it. You have to assume », says Rok Hwang. Know thyself – a phrase Socrates saw when he visited the Temple of Delphi, and which fascinated him so much that it became a keystone of his philosophy. Since then, these same words have obsessed philosophers, becoming the object of debates between Nietzsche and Kierkegaard. « Know thyself » is the sort of guru axiom, veiled in wisdom, that we find in the words of Rok Hwang. He launched Rok in 2016 and just two years later he won the LVMH special prize. Does he owe his success to a guru ? It’s tempting to think so, and not hard to think of candidates. On the list would be Louise Wilson, Phoebe Philo and Sophie Brocart (current CEO of Patou, LVMH) : a sort of holy trinity of fashion whose presence in this modern epic would poetically echo the fairy tales and coming-of-age stories of European literature. « I think I’m realistic, not superstitious. » A twist in the tale ? Rok as anti-hero ? He laughs : « I’d never really thought about a guru until now. So maybe that makes me boring and normal. » However, every little ripple of laughter reveals a sensitive pragmatism: « Christian Dior consulted oracles ?! Gosh, I’m the opposite of Dior ! I believe in actions, in decisions. I’m not afraid of what can happen in life. » There he is, our hero. It is with a philosophy of action implying self-knowledge that Rok makes his way in the world. A guru in disguise ?
« Pragmatic. I conceive of things in a very pragmatic way. In life as well as in fashion I like to be realistic, to be in a quiet place. My life is based principally upon actions : that’s what I believe in. People help me, guide me, inspire me on this journey. Take my team for example – I love them with all my heart, they are friends, we talk a lot, we discuss ideas in the studio where openness is encouraged. Objections have to be voiced in order to create without taking a wrong turn, especially in fashion : the object of all our dreams. However, to create you mustn’t reduce the whole dream to a blank, to what it projects. Rather than artists, let’s talk about artisans. Of course creating womenswear collections brings me a lot of satisfaction, but for me it’s work like any other. It’s my reality, my profession : fashioning fantasy with rigour. Of course, it takes time to come to this conclusion, and help. When I was starting out, I inclined towards menswear. One of my teachers, Louise Wilson, opened my eyes. She got me into women’s fashion and convinced it would be perfect for me. When I listened to her I discovered all the possibilities of going down that road : materials, colours — all the elements I play with to enhance women’s beauty. In a sense, Louise Wilson liberated me. Working in menswear, it was impossible for me to explore extravagance : extravagance quickly becomes overkill. Two other women were also important. First, Phoebe Philo : she gave me advice which remains etched in my memory. She allowed me, professionally, to define my career. She opened my eyes to many things and broadened my understanding of women’s fashion. A true inspiration ! With Sophie Brocart : what an intellect ! What a mind ! She got me started in business. She’s brought me so much and I can always turn to her for help. They are the three women with me on this journey. A trio, maybe that means something, but I don’t know what. There was nothing to suggest I was going to meet three such exceptional women. No premonitions. Maybe I’ll meet other people like that, guru-mentors on my way. I hope so, but I’m not expecting it. I don’t think it’s good to stay passive. I act, and I do so with a profound confidence in life and truth. I love this life, I love fashion, my routines, constructing myself in a calm space. To tell the truth, believing in acts and decisions is probably linked to the fact that I had a religious education. I do, in some way, believe in a god, but it is the effects of actions which matter. So you have to try and try again. 

OTTOLINGER Christa Bösch and Cosima Gadient

« Positing a guru of some sort is like hacking their game : hypothesising the existence of a new member or of an overarching strategy. » 

Christa Bösch and Cosima Gadient are the two faces of the ready-to-wear label Ottolinger, founded in 2015. Since then, the Swiss duo have made deconstruction their signature : a process which suggests that beauty comes from chaos. A very modern fable, a metaphor of defiance in relation to a system which may have been lost in the rush to modernity. Necessarily, therefore, the game of deconstruction played by Christa and Cosima is a seductive one, whose rules you want to discover, whose tactics you want to understand. Positing a guru of some sort is like hacking their game : hypothesising the existence of a new member or of an overarching strategy. But certain games are for two players only. Christa and Cosima move their pieces together, in a dialogue which is their own. « I don’t know how we’d manage if we each had to set up a label ourselves » (they whisper to one another), « we’d be calling each other all the time’ (silence, no doubt they are looking at each other), « It’s a really difficult question’ » Maybe they’re each other’s gurus ? They laugh. « We’re really happy that we found each other. It’s really important to have someone with whom you can dialogue, with whom you can improve, » Christa says. So, it’s almost inappropriate to want to introduce a guru into this autonomous duo. They help each other, are responsive to each other, and thus they reformulate the idea of the guru in their own way. You sit next to them, you listen, you learn and you become the spectator of their dialogues, to intervene in which would be to lose the value of the lesson. Like the clothes they fashion, the two designers seem to be sewn together. I’m all in favour of this alchemy.
« — To us the guru seems to be linked to the history of each individual. Choosing one is a decision that has to be made autonomously.
— As far as we’re concerned it’s not a word we use or think about. Of course, there are various people in our team who have had a significant impact on our work and who might fit the bill from an external point of view. We dialogue with them, we talk to them. They teach us things and above all, they’re honest with us. Exchange and honesty are essential. With that as the starting point, we can explore, in an informed way, the textures, colours and materials of the clothes.
— But we wouldn’t necessarily call these people gurus. The definition of guru comes from the hindu spiritual tradition. I prefer to translate guru’ by the idea of someone external who teaches, from whom you learn something.
— Yes, a guru is someone from the outside who has a duty to be honest, someone from whom you learn. A person who encourages us and finds a way of our consolidating our projects whilst staying true to them.
— In our last collection, we were inspired by a story from Chinese science fiction : a trilogy by Liu Cixin. His vision of the world chimed with the story we wanted to tell. A magical world which invites exploration. In wanting to share his story, we experimented with new things ourselves. Mixtures of flannel, denim and sweaters. Always with that story in mind, a story which each woman who wears one of our pieces can embody.
— Stories have a very specific place in our creative process. We don’t draw, so we have to choose them carefully.
— Yes, it always begins with a phrase, a discussion. We speak about it together several times and we think about how we can use that material to consolidate the original story and make it stronger.
— Taking an item of clothing, looking at it, seeing it transform is basically like watching a film about the life of this item of clothing. For us, it is in the reconstruction of the item of clothing that the beauty appears.
— We didn’t grow up in a place like Paris where there’s a strong fashion scene and an influential history. So fashion seemed far away. It was in the magazines. No doubt that explains our relationship to it and our creative process, in which experimenting with textiles and unexpected combinations comes easier to us. We allow ourselves to take liberties.
— Creating is allowing yourself to be guided by instinct : we always try to listen to each other, to trust each other’s instincts. So a guru ? If it can help people, give them strength to be stronger, more confident, then it’s a good thing. But you mustn’t let it become a prison. For us, our parents had that kind of positive aura.
— We’re together, we found each other, we stick together. That must be a sign, no?’

An exchange of words begun by Cosima.

CHARLOTTE KNOWLES Alexandre Arsenault and Charlotte Knowles

« We definitely need each other, which I suppose means we are each other’s gurus. We develop things together. It would be impossible to do otherwise »

« — Do you like fluidity ?
— Yes, because fluidity is a means of conferring power.…
— … Empowerment : our label must be a site of empowerment !
— To that end, we have to invent clothes in the same way a writer proposes words to invent a language – a language which everyone can feel free to complete…
— … With their own words. Finally a story is created in front of our very eyes.
— Yes ! Charlotte Knowles is the story of a story which is created with us, almost in real time. »

Who was speaking? Alexandre or Charlotte? To be quite frank, their words intertwined and they finished each other’s sentences. Ideas fizz and fuse, making Alexandre Arsenault and Charlotte Knowles indissociable. They are united by an elaborate vision of what the fashion of tomorrow could be. Charlotte Knowles is more than a traditional label : it is a project whose consistency is nourished by inconsistencies, by the readings of those who wear the clothes. A veritable co-construction with the public. The entire project, Charlotte Knowles’ elevated to the level of a concept, obsesses them, fascinates them, guides them, becoming their guru. We always come back to it, we trust it, it’s the only thing we think about. We’re completely fascinated by the life of the label, its life as seen through the eyes of the public. That’s what guides us.’
Charlotte Knowles, or the story of a brand which has taken on the role of guru for its founders/​developers: is that true artistic passion? Obsession with its creation? In the intermingled words of Alexandre and Charlotte, the concept of guru is redefined. From their two distinct voices a single, clear and unified language emerges. Over the course of the conversation, a third person comes into being : Charlotte Knowles. Thus in the following story the I’ of Alexandre becomes that of Charlotte and vice versa. « We definitely need each other, which I suppose means we are each other’s gurus. We develop things together. It would be impossible to do otherwise. It just naturally makes sense, that’s all. »
« Every season we look at « Charlotte Knowles » from a new angle and we construct clothes that have to act as stories for people, stories with which they can identify. Obviously, we’re part of that story, our emotions : but what matters is what women feel when they wear our clothes. So it’s not easy, when we talk to the press, who expect a straightforward definition, a readymade caption, to explain what Charlotte Knowles is and to reduce it to a simple formula.
« What is the brand like? » they ask us. What’s its story? Charlotte Knowles is an idea. There is no specific story : we’re trying to figure out what the wardrobe of the future looks like. People are multiple, they belong to different worlds. So we have to look at them from as many different angles as possible. All the different languages are combined : this creates an art form that we translate in our clothes. Of course, that can appear a little abstract, and if we cleave to this idea it’s because we’re immersed in and passionate about this brand, which is our guru. Our guru is this multiple woman. This woman whose story is reinvented every season. In order that she can exist, we draw inspiration from a family that we always have by our side. Georgia Pendlebury spurs us on. The team at Fashion East — Lulu Kennedy and Natasha Booth – offer us priceless advice, as does Olya Kuryshchuk, who is helping us to grow. Mum is also a major reference! (The voices having fused, no further details are offered on whose is the mother in question). They’re not gurus in the strict sense. Mentors rather. Guru is a strong term, with a strange, religious connotation. I don’t really think there’s anyone who can have complete control over someone else’s life. In any case, not for us. It is not the aim of what we call fashion, or at least, it’s not our aim when we design. Of course, you need guides. Our label is our personal guru, but we don’t want people to be in its thrall. Charlotte Knowles does not influence, at least not in the sense of leaving a mark. It influences people in the sense that it invites them to come together. That’s what Charlotte Knowles is. »

DURAN LANTIK

« Here, finally, is a designer who conforms to the romantic idea of a disciple bewitched by the mystical teachings of a shaman !» 

« There will always be someone who’ll want to transform my work, to make it more commercial. I like what I do and I’m happy with the way my collections take shape and live. So why change and try to fit a mould ? It’s pointless trying to fit into a round hole if you’re a square peg. Then again, my shaman told me that the very moment I was born I decided to be square, so I wouldn’t be able to enter the circle of life of our dimension. » Stop press: Duran Lantik, finalist in the 2019 LVMH prize, consults a shaman. « I see her from time to time » (he laughs). « She puts energy stones around me. It’s worth doing!» Here, finally, is a designer who conforms to the romantic idea of a disciple bewitched by the mystical teachings of a shaman. Duran Lantik became famous for his vagina trousers’, a fact he finds amusing : I went from being the vagina guy to the upcycling guy : I don’t know what that says about me !’ The wit and humour of this supposed square demonstrate his maturity in relation to the world of fashion, his own evolution and his image. Calling on a guru is, for him, a way of decompressing productively, enabling him to think. However, the hope of linking him very literally to a guru, fitting this square peg into the « round hole » of designer-disciple, quickly evaporates. The upcycling guy is much more complex, and besides, not even his shaman escapes the fate he imposes on the luxury clothing he decomposes and recomposes to form his collections. « I only listen to the things I find interesting, things I agree with. I do my own work. According to her, I’m ready for the 9th dimension ! She offered to come with me, but I’m worried she might get stuck in the door ! » Between aesthetic musings and anecdotes, Duran Lantik’s words exercise their charm. Is it raining in Paris ?’ he asks. No, it’s stopped, I tell him. Little matter what the guru of the weather forecast says, Lantik brings the sunshine and plays along with our theme, making the game his own. 

« What a coincidence! I’m currently working on a project in which I gather together fragments of different people. Each represents a generation, an age, a culture. When you combine them into one body you get a multicultural entity, imbued with the past, a witness of the present and a prospector of the future. I think that could be a good formula for building a guru, an inclusive guru : we all live in a world made up of a variety of cultures moving around more freely than before – my fashion, my projects must match that world. Who would my own guru be made of ?! It’s tricky. A combination of Grayson Perry, Alexander McQueen, Michelle Obama, John Galliano and Picasso maybe. I’m thinking… ! Oh and my grand-mother. She’s a dream : her daily routine is so regulated, between her plants and her breakfast. It’s fascinating and soothing. Doubtless because my life is very much the opposite. In terms of fashion, Galliano and McQueen for me represent the two richest visions ; they really took story-telling in fashion to a different level. They are artists who inspire me, as does Grayson Perry. His philosophy of art, his humour and his extravagance combine in a way that is really essential for an artist. He takes banalities and raises them to another level ; art springs up in the most unexpected places. In Picasso too, it’s the philosophical relationship with art which interests me. As for Michelle Obama, she’s a force of nature : I fantasize about a collaboration where I could build a sort of clinic for her former-First Lady wardrobe. Clothes must live, live all their lives. The thing all these fragments of beings have in common is that a certain kind of alchemy means that together they form what, for me, is a very positive light. A powerful, radiating light. They illuminate, but they also create shadow zones, essential spaces to breathe, centre oneself and reflect. Safe spaces’ which, in the fashion industry, allow you to consolidate your own vision. It’s vital to have confidence in your own ideas.
With the current trend for upcycling, it’s more important than ever to do things properly and to develop solid projects. It’s ridiculous to produce more. Democratizing DIY would allow us to imagine a better future for the fashion industry. I have always done upcycling, but it was when I studied it for my masters that I began to think about my way of doing things and how to develop it.
Strong voices – I’m thinking about Orsola de Castro – are also essential if the movement is to gain traction with the general public. Personally, I’ve got a problem with the fact that visibility means being labelled. I’ve battled with it, but I understand that it’s important. You have to give people time to assimilate things : who you are, what you do. Giving them a reference point is a first step : afterwards you can experiment and broaden people’s minds. I don’t know if that’s the attitude of a guru. But that’s what I would hope for from one, speaking for myself : someone who sets the tone. Showing people that the world can be beautiful and acknowledging all the complexity that that requires. A guru must encourage people to grow, to move out of their comfort zones. To be a voice that speaks to everyone.
Humour will be essential (his laughter echoes down the line). It creates energy. A positive dynamic through which ideas progress. The next guru I encounter will probably be a hologram : I’m obsessed with the virtual and creating clothes with light-based techniques rather than starting with fabric cut-outs is a rich alternative. I guess the idea of light is central in defining the role of the guru, in both a practical and symbolic sense. I’m going to meet an absent guru, one who is not yet there. Something I want to seize hold of but which remains in the distance.’

What dimension are we in ?

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