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Deconstruction

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Paul Vacca

Deconstruction Issue

Author
Paul Vacca

DECONSTRUCTIONLAND (1)

Alors que populismes s’installaient sur la carte du monde, que partout triomphaient les clivages d’identités, de genres, de générations et de classes montaient et cristallisaient toujours plus les rancœurs, ils surent qu’il fallait partir. Une poignée de femmes, d’hommes et d’enfants s’engagèrent sur leur caravelle sans matériau carboné pour fuir le fracas d’un monde devenu fou.
Ils déroulèrent alors leur plan : emportant le strict nécessaire, ils laissèrent derrière eux situations dorées, voitures et trottinettes électriques, appareillages électroniques, économies, stock-options, comptes Instagram et réseau 5G.
Pour ce périple, ils ne gardèrent que quelques livres que chacun destinait pour son île déserte. Mais, surtout, ils prirent avec eux l’œuvre complète du philosophe Jacques Derrida (1930−2004), 43 ouvrages qu’ils rassemblèrent en plusieurs volumes (2) , reliés sous couvertures rigides de plein cuir grainé, emballés dans une malle cadenassée, étanche et ignifugée. 

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Venant d’horizons divers, tant de générations, de genres, d’origines sociales et culturelles ou d’orientations sexuelles, tous partageaient toutefois le désir commun de prendre un nouveau départ affranchi des rapports de dominations multiples et variés. Ils se retrouvèrent à quai et sans regrets, à l’aube du premier jour du reste de leur vie, ils levèrent l’ancre mettant définitivement le cap sur l’Ouest.
Une traversée épique. Affrontant des vents hostiles, ils endurèrent tous les supplices – mal de mer, gastroentérite, dysenterie… — sans l’aide d’aucune pharmacopée chimique. Alors que d’autres n’auraient pas hésité à jeter les malades par-dessus bord de peur qu’ils ne contaminassent le reste des passagers, eux firent front ensemble. Personne ne périt durant ce périple. Quelques nouveaux vinrent même enrichir la colonie de sang neuf. La résilience du groupe fut accueillie comme un heureux présage quant au bien-fondé de leur expédition.
Les côtes tant attendues furent bientôt en vue. Leur embarcation caressa alors le flanc de l’Amérique du Sud. Ils accostèrent aux abords de Rio de Janeiro, jetèrent à l’eau des esquifs mieux adaptés pour emprunter les fleuves et rivières. Ils s’enfoncèrent alors dans le continent toujours plus sauvage et verdoyant.
Lorsqu’ils aperçurent l’endroit, inhabité et verdoyant au cœur du Paraguay, à 150 kilomètres environ au nord d’Asunción dans le département de San Pedro, ils surent qu’ils étaient arrivés. Loin de la civilisation connectée aliénée par des siècles de déterminismes et clivages, ils décidèrent d’y édifier une nouvelle civilisation sous la houlette du grand Jacques. Ils hésitèrent entre plusieurs noms Civilization2.0, New Aurora, DerridaPark, mais ils convinrent à l’unanimité que ce serait finalement DECONSTRUCTIONLAND.

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Les enfants batifolaient dans les herbes hautes aux odeurs de vanille ; et chacun s’activait pour rendre le lieu vivable. Tous, petits ou grands, forts ou malingres, femme ou homme mirent la main à la pâte. Malgré la dureté du labeur, certains ressentirent un plaisir aussi ludique que de jouer à Sim City ou à Civilization sur leurs consoles de jeux vidéo ou leurs ordinateurs. D’autres éprouvèrent les mêmes délices qu’à la lecture de Robinson Crusoé, des Métamorphoses d’Ovide, des poèmes virgiliens ou de l’Astrée… Mais décuplés car ils étaient illuminés par la splendeur du vrai.
Il fallut mettre en place les habitations et commencer à cultiver de quoi procurer des moyens de subsistance à toute la communauté. La nuit venue, tous tombaient de sommeil exténués et heureux, s’endormant sourire aux lèvres sous le ciel étoilé, vivant tous ensemble dans une insouciante harmonie. 

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Une fois la survie du groupe assurée, il fallut songer à organiser le projet pour lequel ils avaient bravé les éléments pour s’installer ici : poser les bases d’une nouvelle civilisation. Et ainsi donner au monde un nouvel espoir et prouver que l’on pouvait vivre de façon inclusive.
Bien sûr, d’autres avaient déjà tenté de faire de même par le passé, à l’abri du monde, mais autour d’une croyance, d’une religion, d’un leader charismatique ou du simple refus de la civilisation.
Mais eux, c’était différent. C’était même l’exact contraire qu’ils entendaient construire. Ils avaient la ferme intention de refonder la civilisation en dehors de toute croyance, de toute religion ou de tout leader charismatique qui, s’ils parviennent parfois à souder puissamment un groupe, c’est toujours au prix de l’exclusion de tous les autres.
Ils gravèrent dans la pierre leur Manifeste. Leur volonté de revenir à l’aube des temps, de reconstruire une humanité une et indivisible en donnant vie à une nouvelle génération (3) libérée des anciennes croyances, sources de déterminismes et dualismes qui ont maintenu jusqu’alors le monde sous son joug, divisant et opposant toujours plus les femmes et les hommes du monde entier.

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Et pour cela, ils avaient trouvé leur modus operandi, l’outil de leur libération. Surtout pas de cultes ou de leaders, mais un outil à mettre en œuvre en commun : la déconstruction. Comme le préconisait Jacques Derrida, ils allaient s’affranchir des paradigmes aliénants, de tous les « platonismes » à savoir les dualismes cachés qui gangrénaient la civilisation. Car tous ces dualismes sont des oppositions et produisent nécessairement des hiérarchies et donc tout aussi nécessairement des oppressions. Comment ne pas voir les sujétions fatales qui lient les couples homme/​femme, blanc/​noir, visible/​invisible, âme/​corps, occident/​orient, nord/​sud ?
La déconstruction serait leur outil de refondation. Il fallait déconstruire pour tout reconstruire. 

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La langue d’abord. Il n’y avait pas de raison qu’une langue prît le dessus sur une autre – et surtout pas l’anglais, même si tout le monde ou presque la comprenait, ce vocable mondialisé qui s’était imposé, fruit de l’impérialisme militaire puis économique. Alors, tous ensemble, ils élaborèrent un dialecte commun, le mélange de tous les langues existantes qui s’improvisait et s’enrichissait au fur et à mesure de certains mots d’enfants devenant un terrain de jeu collectif, une création et une récréation collective. Ils parvinrent à créer leur esperanto que tout le monde comprenait, tant il y avait l’envie de produire une langue commune.
On en profita pour bannir définitivement les genres masculin et féminin puisque à DECONSTRUCTIONLAND, on ne voulut plus séparer et hiérarchiser suivant le genre comme c’était le cas dans les civilisations sous la coupe du patriarcat. Et l’égalité femme/​homme qu’ils pratiquaient désormais devait évidemment se retrouver dans le langage (puisque le langage était un des éléments qui avait parmi d’autres choses construit et légitimé cette inégalité).
De même pour l’habitat et l’urbanisme, on opta pour des habitations communes et chacun pouvait dormir où il le souhaitait pour ne pas recréer un embourgeoisement autour de la famille. Déconstruire le capitalisme, les rapports d’aliénation et de domination voulut aussi que l’on s’affranchît des rapports familiaux.
Chacun s’habillait comme il l’entendait. Ni costume imposé, ni appropriation culturelle. La nudité partielle ou totale n’était pas prohibée.
Pour l’éducation et l’enseignement, on s’appliqua surtout à désapprendre puisqu’il convenait surtout de désapprendre ce qui avait été enseigné. Dans des amphis improvisés sous les frondaisons, au bord du lac ou sous les granges on s’appliqua à désenseigner toutes les matières : l’histoire, la géographie, les sciences dures et humaines, la philosophie. Et aussi et surtout la littérature. On désenseigna Homère, Dante, Shakespeare, Molière, Cervantès et jusqu’à Joyce, tous porteurs de dualismes enfouis… Le soir venu, pour endormir les enfants, on leur déracontait des histoires, démontant les rouages narratifs et idéologiques des contes notamment. Tout le patrimoine des contes de fées y passa. De même que toutes les références tardives de la culture du divertissement furent elles aussi éparpillées façon puzzle. Comme les Aristochats par exemple où il était devenu impensable que les petites chattes se pâment à l’idée du mariage – qui n’existait plus – et que les chatons se bagarrent dans une surenchère de virilisme dépassé sous l’œil amusé de leur propre mère… 

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Dans un jeu de quilles jubilatoire, ils se mirent à l’unisson à abattre tous les paternalismes, tous les colonialismes, tous les capitalismes, racismes, tous les générationnismes, tous les genrismes, bref, tous les ostracismes de couleur, de genre, de passés. Tout le monde tombait d’accord. Une unanimité qu’ils n’avaient jamais rencontrée auparavant dans leurs AG, leur comité de quartier ou même leur start-up respectives, dans leur civilisation d’avant. Désormais, c’était différent. Ils étaient comme en apesanteur, en laboratoire à même de pouvoir mettre en pratique leur idéal d’inclusion.

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Ce fut une ère d’une félicité incroyable (4).

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Alors il y eut la grande pluie. Elle arriva sans prévenir (5). Des giboulées qui enflèrent en trombes d’eaux puis en déluge. La colonie fut dévastée en quelques heures à peine. Il fallut fuir dans la montagne voisine heureusement pourvue en grottes. Un miracle troglodyte. Mais cela voulait aussi dire qu’il fallait se séparer. Chacun, mu par un réflexe de survie, se resserra naturellement autour du ses proches par le sang ou par des affinités culturelles, linguistiques ou sexuelles.
Puis le soleil revint et l’eau reflua. Chacun émergea de sa grotte et de son cauchemar et put redescendre dans la colonie.
On voulut reprendre le cours des jours. Mais plus rien ne fut comme avant.
C’est comme si la magie de la déconstruction collective les avait quittés. On s’obstina encore à déconstruire mais un je-ne-sais-quoi rendait tout cela mécanique. Une ère du soupçon généralisé.
Chaque pensée, chaque acte, chaque parole de chacun fut soudainement passé au crible de la déconstruction.
Tout jugement esthétique fut condamné : dire qu’une chose était belle ou qu’un être était agréable, revenait de facto à déconsidérer – ou plutôt à sous-considérer — les autres choses ou les autres êtres… Toute préférence se fait au détriment de quelque chose.
Le rire aussi fut banni. Car le rire se produit toujours au détriment de quelqu’un et notamment au désavantage des plus faibles. Même l’humour considéré comme arme de défense contre les puissants — comme la caricature par exemple – entérine ce rapport de force. L’ironie aussi fut exclue comme étant parfaitement exclusive dans son fonctionnement même. En effet, s’adressant, par essence, à un groupe de happy few, n’étant perceptible que par ceux qui possèdent les clefs de lecture, l’ironie laisse naturellement de côté ceux qui ne la comprennent pas et crée une connivence au préjudice des autres.
Alors le langage lui-même, acte premier de leur refondation, s’en trouva affecté. Soudain les colons ne se comprirent plus. Même lorsqu’ils parlaient la même langue, ils se perdaient en querelles byzantines autour de la signification du moindre mot y débusquant parfois une infinité de sens latents. Comme si tous les mots même les plus familiers avaient perdu leurs vertus véhiculaires. L’esperanto du début se mua alors en volapük.
Toute forme d’activité artistique ou intellectuelle, à l’instar de la peinture, de la musique, de l’écriture ou même de la lecture, fut condamnée comme des formes d’expressions personnelles et égotistes préjudiciables pour la cohésion du groupe. On brûla livres, toiles et cahiers.
Les moindres gestes du quotidien devinrent suspects : aider une personne – comme par exemple en lui tenant une branche dans la forêt pour l’aider à passer – c’était de fait la considérer comme inférieure, lui signifiant qu’elle a besoin d’aide — sans compter que cela établit subséquemment un rapport de dépendance voire de domination ; jusqu’à la caresse, le sourire ou le clin d’œil qui furent classés comme des préférences affichées au détriment des autres ; on évita de se dire bonjour et de se souhaiter bonne nuit.
Impossible enfin d’exprimer par la pensée ou par le geste une préférence – qu’elle soit amicale et a fortiori amoureuse ou sexuelle — car c’était de fait créer une hiérarchie et exclure le reste de la communauté.
La solidarité, l’amitié et l’amour devinrent sous ces tristes tropiques de bien tristes tropismes. 

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Lorsque plus tard des ethnologues inspectèrent les lieux, ils n’y trouvèrent aucune vie. Ils s’interrogèrent sur cette forme d’habitat qu’ils n’avaient répertorié en aucun lieu du globe. Un habitat parfaitement éclaté auquel ils donnèrent le nom de biotope monadique. Des maisons alignées comme dans un parc. Tous étaient morts à des âges différents. D’autant plus terrifiant qu’il n’y avait aucune trace de carnage. Une sorte de Pompéi sans lave, un Ordre du Temple du Soleil sans effusion de sang. Les cadavres avaient des poses comme s’ils étaient morts sans violence. Mais d’ennui et de solitude. Qu’est-ce qui avait pu les figer ainsi ? se demandèrent-ils sans trouver de réponse. Une énigme qu’ils ne parvinrent pas à résoudre puisqu’aucun écrit ni dessin ne subsista.

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Saisis de vertiges, les scientifiques quittèrent les lieux comme on fuit une terre maudite, sans se retourner. Par conséquent, ils s’éloignèrent sans voir le frontispice qui trônait sur le portail d’entrée, mangé par la nature qui avait repris ses droits.
On devinait plus qu’on ne lisait désormais ce qui avait été DECONSTRUCTIONLAND.
D’autant qu’une plante carnivore était venue mordre quelques lettres, si bien que de loin, ils auraient pu lire DESTRUCTIONLAND.

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(1) Ceci est une fiction. 

(2) Parmi lesquels : De la Grammatologie (Editions de Minuit, 1967), La Voix et le Phénomène (Presses Universitaires de France, 1967) et L’Animal que donc je suis (Galilée, 2006)

(3) Ce serait la bien nommée « Génération A » — succédant comme un recommencement à la génération X, Y et Z – qui verrait le jour sous ces tropiques. 

(4) Même si ce fut une ère d’une très grande brièveté. Cette période éclatante serait évoquée par les colons – tant que ceux-ci se parleraient encore — comme leur Âge d’Or ou leur Siècle de Périclès.

(5) Sous ces latitudes tropicales, c’était pourtant un événement totalement naturel. Mais pour les colons ce fut, semble-t-il, quelque chose de construit. Un signe.

It was then, when populist regimes were taking hold across the globe, when fault lines were opening up everywhere around identity, around gender, generation and class, when grievances were growing and crystallizing, that they knew they had to leave. A handful of women, men and children set off on their carbon-neutral caravel, fleeing the pandemonium of a world gone mad.
This was the plan: taking only what was strictly necessary, they left behind them their gilded lives, their cars and electric scooters, their electronic devices, savings, stock options, Instagram accounts and 5G.
For this peregrination, they kept only a few books which each intended for their desert island. But, above all, they took with them the complete works of Jacques Derrida (1930−2004), 43 books assembled in several volumes (2), bound in Morocco leather, safely stored in a locked, watertight, fireproof trunk. 

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They came from different walks of life, belonged to different generations and genders, had different social and cultural origins and different sexual orientations, but they all shared a common desire to make a new start, liberated from multiple different forms of domination. They found themselves dockside with no regrets, at the dawn of the first day of the rest of their lives, and weighed anchor, setting a course for the West.
An epic crossing. Confronting hostile winds, they endured every misfortune imaginable – sea sickness, gastroenteritis, dysentery…without the help of pharmacology. While others would not have hesitated to throw the sick overboard for fear they would contaminate the other passengers, they faced the situation together. Nobody died during the journey. There were even new arrivals who brought new blood to the colony. The group’s resilience was greeted as a good omen, testifying to the soundness of their enterprise.
The long-awaited coastline was finally in sight. Their vessel hugged the coast of South America. They dropped anchor at Rio de Janeiro, launching skiffs better adapted for river navigation. They plunged into an ever wilder, ever more verdant continent.
When they found the place, green and uninhabited in the heart of Paraguay, about 150km north of Asunción in the region of San Pedro, they knew they had arrived. Far from the hyperconnected civilization alienated by centuries of determinisms and rifts, they decided to found a new civilisation, under the aegis of the great Jacques. They hesitated between several names – Civilization2.0, New Aurora, DerridaPark, but finally they agreed unanimously to call it DECONSTRUCTIONLAND

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The children frolicked in tall, vanilla-scented grass, and everyone set about making the place liveable. All of them, big or small, strong or ailing, man or woman, put their shoulder to the wheel. Despite the harshness of the labour, some felt a ludic pleasure in it, comparable to that of playing Sim City or Civilization on their consoles or computers. Others experienced the same delight as when reading Robinson Crusoe, Ovid’s Metamorphoses, L’Astrée or the poetry of Virgil…But tenfold, because it was illuminated by the splendour of the true.
Settlements had to be built, and crops grown to provide subsistence for the entire community. When night fell, everyone went to sleep, happy and exhausted, slumbering with a smile under the starry sky, all living together in carefree harmony. 

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Once the survival of the group was assured, they had to start organizing the project for whose establishment they had braved the elements: laying the foundations of a new civilization. And thus giving the world a new hope, proving that it was possible to live inclusively.
Of course, others had already tried to do so in the past, on the edges of the world, but they had always rallied around a belief system, a religion, a charismatic leader, or a simple refusal of civilization.
This was different. What they were trying to do was actually the exact opposite of those prior attempts. They intended to re-establish civilisation outside of any belief, any religion, or any charismatic leader. If these things sometimes manage powerfully to solder a group together, it is always to the exclusion of others.
They carved their Manifesto into stone. It spoke of their desire to return to the dawn of time, to reconstruct a single, indivisible humanity through giving life to a new generation (3) freed from the old beliefs, the source of the determinisms and dualisms which had hitherto held the world in thrall, dividing and opposing ever more bitterly the men and women of the whole world. 

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And for that, they had found their modus operandi, the tool of their liberation. Not cults or leaders – never cults or leaders – but a tool to use collectively: deconstruction. As Derrida had advocated, they were going to liberate themselves from alienating paradigms, from all the Platonisms’- in other words all the hidden dualisms — that were eating away at civilization. For all those dualisms are oppositions and necessarily produce hierarchies, which in turn necessarily produce oppressions. How could people not see the fatal subjections implicit in the couples man/​woman, white/​black, visible/​invisible, soul/​body, West/​East, North/​South?
Deconstruction would be their tool of renovation. They had to deconstruct if they wanted to reconstruct everything. 

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Language first of all. There was no reason for one language to be privileged over another, and especially not English, even if everybody, or almost everybody, understood it – not this globalized lexis which had imposed itself, the fruit of military, then economic imperialism. All together, then, they developed a common dialect, a mixture of all extant languages which evolved organically, enriched with the language of children, becoming a collective playground, a collective creation and recreation. They succeeded in creating an esperanto which everyone understood, so eager were they to produce a common language.
They took the opportunity to get rid of grammatical gender, since in DECONSTRUCTIONLAND they no longer wanted to separate and hierarchize according to this principle, as had been the case in civilizations under the sway of patriarchy. And of course the female/​male equality they practised needed to be reflected in language (given that this was one of the elements, amongst others, which had constructed and legitimized that inequality).
Similarly, when it came to habitation and town-planning, they opted for communal dwellings, and everyone could sleep where they wished, thus avoiding the recreation of bourgeois attitudes around family. Deconstructing capitalism, and relations of alienation and domination, also meant liberating themselves from family relations.
Everyone dressed as they pleased. No type of dress was imposed, nor was there any cultural appropriation. Neither partial nor total nudity was prohibited.
In terms of education and teaching, priority was given to unlearning, because above all it was important to unlearn what had been taught. In improvised lecture halls under the foliage, on the shores of the lake, or in the shadow of the silos, they set about unteaching all subjects: history, geography, the hard sciences and humanities, philosophy… and literature above all. They untaught Homer, Dante, Shakespeare, Molière, Cervantes and even Joyce, all carriers of hidden dualisms. When evening came, to send the children to sleep they untold them stories, taking apart the narrative and ideological machinery of the old tales. The whole patrimony of fairy tales went through this process. Recent pop culture phenomena too were taken apart and scattered to the four winds. Like the Aristocats, for example: it had become unthinkable that the kitty cats should swoon at the idea of marriage – which no longer existed – or that the toms should engage in a competitive display of outdated virility by fighting under the amused eye of their mother…

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In a celebratory game of skittles, they demolished with one voice all the paternalisms, all the colonialisms, all the capitalisms, all the generationalisms, all the genderisms – in short all of the ostracisms based on colour, on gender of the past. Everyone was in agreement. Unanimity reigned, of a sort they had never before encountered in their AGMs, their neighbourhood committees, even their respective start-ups, in fact nowhere in their previous civilization. Now, everything was different. It was as if they were in zero gravity, in a laboratory where they could put into practice their inclusive ideal. 

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It was an era of incredible happiness (4).

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Afterwards the rain came. It came without warning (5). Sudden downpours which would swell into deluges, then floods. The colony was devastated in just a few hours. They had to flee to the neighbouring mountain, which was fortunately full of caves. A troglodyte miracle. But this also meant they had to separate. Everyone, responding to a survival instinct, naturally drew nearer to those with whom they shared family ties, or a cultural, linguistic or sexual affinity.
Then the sun came back and the waters ebbed. Everyone emerged from their caves and their nightmare and could go back down to the colony.
They wanted to pick up where they had left off. But nothing was like before.
It was as if the magic of collective deconstruction had left them. They struggled on with the work but something that could not quite be identified made it all mechanical. It was an era of generalized suspicion.
Every thought, every act, everyone’s every word was deconstructed with a fine-toothed comb.
Every aesthetic judgement was condemned: to say that something was beautiful, or that a person was attractive, was necessarily to deprecate – or rather denigrate – other things and other people…Every preference is to the detriment of something else.
Laughter was also banned. For laughter is always to the detriment of someone and often to that to the weakest. Even humour considered as a weapon of defence against the powerful – like caricature, for example – ratifies that power dynamic.
Irony was excluded as being wholly exclusive in its very functioning. By addressing itself, by its very nature, to the happy few, perceptible only to those in the know, irony naturally leaves to one side those who do not understand and creates a connivance prejudicial to others.
Thus language itself, the foundation stone of their new civilization, was affected. Suddenly the colonists no longer understood each other. Even if they were speaking the same language, they became mired in byzantine quarrels about the meanings of the most trivial words, sometimes uncovering an infinity of latent senses. As if all the words, even the most familiar, had lost their ability to convey meaning. What had started off as esperanto became volapük.
Every form of artistic and intellectual activity, whether painting, music, writing or even reading, was condemned as a form of egotistic personal expression, damaging to group cohesion. They burnt books, paintings and notebooks.
The most minor everyday gestures became suspect: helping someone – holding back a branch for them in the forest, for example, to let them pass – was construed as demonstrating that you considered them inferior, since you assumed they needed help – not to mention that it subsequently established a relationship of dependence, even domination. A touch, a smile, a look in someone’s direction – all were classified as displays of preference to the detriment of others. People avoided saying good morning and bidding each other goodnight.
Finally, it became completely impossible to express by thought or gesture any preference – whether friendly or, especially, romantic or erotic – because that was to create a hierarchy and to exclude the rest of the community.
Solidarity, friendship and love became, in these sad tropics, sad tropisms. 

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When the anthropologists arrived to study the site, there was no sign of life. They were intrigued by this form of settlement – completely evenly distributed – which they had not encountered anywhere else in the world. They baptized it a monadic biotype. Houses all in a row, as in a park. Everyone had died at different ages. All the more terrifying was that there was no trace of violence. A lava-less Pompei, a Solar Order without bloodshed. The corpses were in attitudes that suggested that they had not died as a result of violence, but rather as result of boredom and solitude. What could have frozen them in such positions? They asked themselves without finding an answer. It was an enigma they could not solve, since no writing or drawing was left. 

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Discombobulated, the scientists left the site as one flees an accursed land, without looking back. Consequently, in their retreat, they did not see the frontispiece which crowned the entrance, almost eaten away by nature, which had reclaimed its rights.
You could just about make out what had once been written there: DECONSTRUCTIONLAND. Yet as a carnivorous plant had devoured a few letters, so from a distance it would have read DESTRUCTIONLAND.

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(1) This is a fiction. 

(2) Amongst them: Of Grammatology (John Hopkins University Press, 1976), Voice and Phenomena (Northwestern University Press, 2010) and The Animal that therefore I am (Fordham University Press,2008).

(3) Which would be called Generation A’ – following on as a new beginning from generations X, Y, Z – and which would be born in these climes. 

(4) Even if it was very brief, this dazzling period would be invoked by the colonists – as long as they were still speaking to each other – as their Golden Age.

(5) In these tropical latitudes, it was nonetheless a completely natural event. But the colonists apparently considered it to be a construct. A sign.

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