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Paul Vacca

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Paul Vacca

Pour prédire l’avenir, plus fort que le big data prédictif, il y a Michel Houellebecq et son algorithme ultra-performant et inimitable : le Houellebecq®

Dans un avenir proche, nous prédisent certains, la prévision sera chose aisée. En effet, pour les adeptes du big data, grâce aux milliards de données collectées partout sur les réseaux sociaux et à travers le moindre objet connecté — votre cafetière, votre montre, la moindre trottinette géolocalisée et la ville entière devenue smart et pourvoyeuse d’open data — le monde va devenir prévisible. Un peu d’Intelligence Artificielle et le tour est joué : le big data se métamorphose en big data prédictif. Son postulat semble biblique : plus on possède de données – et selon toute vraisemblance, on s’oriente vers un nombre infini — plus on est en mesure de prévoir le coup d’après. Sous cet angle, mettre l’avenir en équation sous algorithme devient un jeu d’enfant. Comme une carte à l’échelle 1:1 qui recouvrirait parfaitement la totalité du territoire. Alors exeunt les gourous, sorciers, voyants, oracles, marabouts, prophètes ou pronostiqueurs… Idem pour les tendanceurs, les évangélistes numériques, les planneurs stratégiques, les futurologues, les prévisionnistes et autres prospectivistes… Le big data et ses robots calculateurs nourris au deep learning se chargeront de tout, capables tout comme les Precog de Minority Report de Philip K. Dick de déterminer un acte avant que celui-ci ne se produise. 

Big data, big fail
Loin de nous l’idée de jouer les trouble-fêtes, mais au vu des premières incursions dans le big data predictif, on est en droit d’émettre quelques réserves. Faut-il rappeler qu’en 2016, les équipes d’Hillary Clinton étaient épaulées par les cadors du big data ? Que les instituts de big data n’avaient justement pas vu venir – loin s’en faut — l’élection de Trump pas plus que le vote en faveur du Brexit ? Dans le même ordre d’idée, on peut également se demander pourquoi Facebook et Google qui se targuent de nous connaître mieux que nous-mêmes grâce à nos traces numériques, persistent-t-ils à nous proposer des produits qui ne nous intéressent pas ou alors des livres que l’on a déjà achetés ou des chambres d’hôtels que l’on a déjà réservées ?
Dès lors, est-il raisonnable de confier notre avenir à des machines qui se trompent aussi infailliblement avec une telle précision à chaque coup ?
Et de fait, lire des romans s’avère bien plus profitable pour qui entend prédire l’avenir. George Orwell avec 1984 et Aldous Huxley avec Le meilleur des mondes ont été bien plus perspicaces que le big data pour nous donner à voir — dès 1949 et 1932 ! — ce que serait notre monde en 2019 avec Trump les fake news et la novlangue, mais aussi les impasses de l’ultra-libéralisme avec nos addictions aux réseaux sociaux et à la consommation. 

Un algorithme nommé Houellebecq®
Et aujourd’hui heureusement nous avons les romans de Michel Houellebecq pour prédire notre avenir. Avec en leur cœur un algorithme bien plus performant que tous les big data prédictifs sur-vitaminés à l’IA : le Houellebecq®. Le caractère prédictif des romans de Michel Houellebecq n’est pas à proprement parler une révélation. Dans l’œuvre de l’écrivain, on croise la figure du prophète, en particulier dans La Possibilité d’une île (2005). De même qu’en 2003, on a parlé de la sympathie qu’éprouvait l’auteur pour Raël, le « messager » des Elohim, qui a inspiré la secte de son roman. Qui aurait en retour nommé Michel Houellebecq comme « prêtre honoraire ».
Mais l’auteur n’a pas eu besoin d’être adoubé par Raël pour prouver ses qualités de prophète, même s’il les exerce malgré lui. Car l’algorithme Houellebecq® avait déjà prouvé son efficacité. Et ce, dès 2001 avec la publication de Plateforme, roman qui s’achève sur un attentat islamiste perpétré dans un night-club. « La bombe avait explosé au milieu du Crazy Lips, le bar le plus important, en pleine heure d’affluence » y écrit-il. Avant de livrer un plus loin cette description d’un réalisme documentaire troublant qui semble écrite par un reporter embedded : « Devant l’entrée du bar une danseuse rampait sur le sol toujours vêtue de son bikini blanc, les bras sectionnés à la hauteur du coude »… Une ekphrasis qui fera effraction dans la réalité, quand le 12 octobre 2002 — soit un an plus tard — un véhicule explosera devant le Sari Club de Kuta Beach à Bali faisant 202 morts. 

La puissance des signaux faibles
Troublant ? Evidemment. Inexplicable ? Pas tout à fait. C’est la preuve de l’efficacité de l’algorithme Houellebecq®. Mais d’où la tire-t-il ? De sa capacité à percevoir ce que l’on appelle les signaux faibles. Un signal faible, comme le décrit Wikipedia, « désigne dans le domaine de l’intelligence économique des éléments de perception de l’environnement — opportunités ou menaces- qui doivent faire l’objet d’une écoute anticipative dans le but de participer à l’élaboration de choix prospectifs en vue d’établir une stratégie, et de réduire l’incertitude ».
Bref, pour faire simple, le signal faible, c’est l’avenir tel qu’il se cache dans le présent. Mais encore faut-il être en mesure de le déceler. Et c’est précisément le point aveugle du big data et des autres machines quantitatives à prévisions qui, bombardés de données finissent par être insensibles à tout signal faible. Noyés dans un océan de données, les robots dopés aux data, deviennent totalement inaptes à percevoir dans les rides à la surface de l’eau, l’annonce du tsunami qui se prépare.

Un logiciel exclusif
A l’inverse, l’algorithme Houellebecq® réussit à les capter grâce à un logiciel exclusif, extrêmement sophistiqué et perfectionné. D’après ce que l’on en sait, il s’agit d’un système hybride composé d’une part d’un détecteur sociologique, économique et géopolitique à focale large, doté d’une forte capacité d’abstraction scientifique, doublé d’autre part d’un palpeur poétique d’une sensibilité extrême capable de ressentir les moindres vacillements de l’âme humaine.
Cet algorithme se révèle capable de relier l’infiniment grand à l’individuel, de trouver le lien qui unit les lois de l’univers ou de la macroéconomie à celles de nos vies quotidiennes. C’est ce que le journaliste Sylvain Bourmeau a appelé « l’effet Google Earth », cette aptitude à zoomer avec un rendu incroyable de l’universel à l’intime. Comme lorsque dès son premier roman, l’algorithme Houellebecq® a détecté la fameuse « extension du domaine de la lutte » à savoir le lien jusque-là invisible qui unissait l’infiniment grand de l’ultra-libéralisme économique mondialisé à la contingence étriquée de notre misère sexuelle et sentimentale.
Une démonstration de la performance de Houellebecq® à capter les signaux faibles nous a été offerte avec le roman Soumission sorti en 2015, la veille de l’attentat commis contre Charlie Hebdo (au cours duquel l’écrivain a perdu un ami très cher en la personne de Bernard Maris, économiste qui écrivait à Charlie).
A l’époque, le télescopage de ces deux événements avait créé une onde de choc irrationnelle poussant certains à imaginer de façon absurde l’hypothèse d’une causalité. Alors la boîte de Pandore s’ouvrit et l’écrivain devenu « oiseau de mauvais augure » fut contraint de s’exiler et de vivre sous surveillance. La machine à fantasmer s’était mise en branle explosant toutes les limites de surinterprétation paranoïaque. 

Une vérité plus profonde
Or, que nous montre une lecture à froid du livre hors du contexte tragique quatre ans après ? Rappelons que ce roman d’anticipation, publié en 2015 donc, décrit la France d’après 2022 : l’auteur y évoque un deuxième mandat de François Hollande (qui, comme on sait, a jeté l’éponge fin 2016), y ait parler des journalistes sur iTélé (alors que la chaîne a été quelque temps après rebaptisée CNews) et postule l’élection d’un président lié à un nouveau parti musulman (« La Fraternité Musulmane ») nommé Mohammed Ben Abbès (qui pour l’instant n’a pas encore vu le jour)… Une vue cavalière pourrait nous faire croire que l’algorithme est quelque peu défaillant. Pour la préscience, on repassera.
Or — et c’est ce qu’a parfaitement noté Gaspard Koenig dans une tribune publiée dans les Echos — le roman révèle une vérité plus profonde : Ben Abbès est un président jeune, cultivé et énarque, élu à 43 ans après une campagne présidentielle qui a bouleversé tous les codes, gagnée grâce à une cristallisation des votes contre Marine Le Pen et le Front National au second tour, aidée par une alliance avec François Bayrou qui deviendra premier Ministre du Président fraichement élu. Cela ne vous évoque rien ?
Plus intrigant encore, le nouveau Président, d’obédience libérale sur le plan économique, appelle de ses vœux une start-up nation de même qu’il voit dans l’Europe les moyens de dissoudre l’Etat Nation et les corps intermédiaires. Et cet islam modéré – car Soumission contrairement à 2084 de Boualem Sansal est une dystopie soft – devient une sorte de progressisme, rempart aux extrémismes de toutes sortes, débouchant au prix de quelques violences policières sur un société de fait post-démocratique. Cela ne vous dit toujours rien ?
Donc, avant même que Macron ne se soit déclaré à l’élection présidentielle, Ben Abbès dans Soumission lui empruntait déjà une bonne partie de son programme en vigueur aujourd’hui. Vertige de la préscience. Bien sûr, La République en Marche n’a rien à voir avec La Fraternité Musulmane, mais à y regarder de près on voit surgir de nombreux points communs, notamment dans la façon dont le « progressisme » prôné par LREM s’autoproclame aujourd’hui unique rempart contre les extrémismes… Donc l’algorithme Houellebecq® avait parfaitement décelé en 2015 le signal faible envoyé de 2019…
Mais attention, certains portés par l’efficacité de l’algorithme Houellebecq®, s’enflamment parfois et dans un effet de halo lui font (pré)dire n’importe quoi. Comme lors de la sortie de Sérotonine début 2019 où certains avaient lu une préfiguration du mouvement des Gilets Jaunes. Alors que le roman offrait une autre prédiction : celle de l’impasse de l’agriculture européenne conduisant l’agriculture française — et le meilleur ami du narrateur — au suicide. 

Désespéré, mais pas désespérant
On pourra nous rétorquer que l’algorithme Houellebecq® a peu de chance de se tromper dans ses prévisions puisqu’il nous prédit invariablement la mort. A ce compte-là, La Palisse eût été un excellent prospectiviste. L’oiseau de mauvais augure finit toujours par avoir raison puisque nous finirons tous par mourir un jour ou l’autre. Or, l’algorithme nous dit mieux que cela : il nous dit que nous sommes déjà morts, en fait. En tant que civilisation. Roman après roman il explore tous les idéalismes (l’amour, le progrès, la consommation, le sexe, le tourisme mondial, le transhumanisme, le monastère, une religion progressiste, la sérotonine…) comme autant d’impasses terminales.
Désespéré ? Oui, mais pas forcément désespérant. Car dès lors qu’il n’y a plus rien à espérer, il nous faut vivre. C’est cette part lumineuse du « déprimisme » de Michel Houellebecq que révèle brillamment un essai signé Agathe Novak-Lechevallier intitulé Houellebecq, l’art de la consolation (Stock). La consolation ou l’art subtil de résister à la désolation qui est notre lot commun.
D’ailleurs, cette lumière vacillante de la consolation, Michel Houellebecq ne nous la fait-il pas ressentir à travers ses titres magnifiques qui, mis bout à bout, prennent la force d’un manifeste ? Où il semble nous dire qu’en dépit de l’extension du domaine de la lutte, grâce au sens du combat et à la sérotonine, on peut rester vivant car malgré notre soumission aux temps et aux particules élémentaires qui nous composent, il existe toujours au-delà du temps la possibilité d’une île — à Lanzarote ou ailleurs — et, quelle que soit la carte et le territoire, avant même la configuration du dernier rivage, s’offre toujours à nous une plateforme pour une renaissance possible. 

Alors, Michel Houellebecq, prophète ? Assurément. Mais peut-être tout autant comme oiseau de mauvais augure que comme diseur de bonne aventure.

Want to predict the future more reliably than big data? Turn to Michel Houellebecq and his ultra-high-performing, inimitable algorithm: the Houellebecq®

In the near future, some people believe, the art of prediction will be easy. For the adepts of big data, the world is going to become predictable, thanks to the billions of data points collected through social networks and any and every connected device – your coffee, your watch, the smallest GPS-equipped scooter or the smart city as a whole – all are major suppliers of open data. Add a little AI and abracadabra: big data becomes predictive big data. Its postulate is almost biblical: the more data you possess – and we seem to be heading towards infinity – the better you are able to forecast what comes after. From this point of view, using an algorithm to turn the future into an equation becomes child’s play, like a 1:1 scale map which perfectly covers the extent of the territory. So out with gurus, witches, clairvoyants, oracles, marabouts, prophets and prognosticators… Likewise for the trendspotters, digital evangelists, strategic planners, futurologists, forecasters and other prospectors… Big data and its calculating machines, gorged on deep learning, will take care of everything, as capable of determining an action before it takes place as Philip K. Dick’s Precogs in Minority Report. 

Big data, big fail
Far be it from us to rain on this parade, but what we’ve seen of predictive big data so far has left us with some reservations. Remember how in 2016 Hillary Clinton’s teams were supported by the major players in big data? How these organizations didn’t see the election of Trump coming – far from it – any more than they anticipated Brexit? By the same token, we may also wonder why Facebook and Google, who boast of knowing us better than we know ourselves, thanks to our digital footprint, persist in offering us products we don’t want, books we’ve already read or hotel rooms we’ve already booked?
At this point, is it rational to entrust our future to machines which so infallibly make so many mistakes, with such precision each time?
In fact, reading books is much more profitable for those who would predict the future. George Orwell with 1984 and Aldous Huxley with Brave New World were much more perspicacious than big data has proved itself to be in predicting – as far back as 1949 and 1932 – what our future would look like in 2019, with Trump, fake news and Newspeak but also in anticipating the dead end of ultra-liberalism – our addiction to social networks and consumption.

An algorithm named Houellebecq®
Today we are fortunate enough to have the novels of Michel Houellebecq to predict our future. At their heart they have an algorithm much more reliable than big data souped-up with AI: the Houellebecq®. The predictive character of Michel Houellebecq’s novels has always been recognized. In his work we encounter the figure of the prophet, notably in The Possibility of An Island (2005). In 2003, moreover, much was made of the author’s sympathy for Raël, the messenger of the Elohim, who inspired the cult depicted in his novel and returned the favour by subsequently naming Houllebecq an honorary priest’. But the author did not need to be anointed by Raël to prove his qualities as a prophet, even if he exercises them in spite of himself. The Houellebecq® algorithm had already proved its efficacy in 2001 with the publication of Platform, a novel which concludes with an attack on a night-club by Islamist terrorists. The bomb had gone off in the middle of Crazy Lips, the biggest bar, at the busiest time’, he wrote, before offering a few sentences later this description, the troubling documentary realism of which evokes embedded reporting: In front of the entrance to the bar, a dancer was crawling on the ground, still wearing her white bikini, her arms severed at the elbows…’ An ekphrasis which would force its way into reality when, on October 12th 2002 – roughly a year later – a vehicle would explode in front of the Sari Club on Kuta Beach in Bali, killing 202 people.

The power of weak signals.
Troubling? Certainly. Inexplicable? Not entirely. It is simply proof of the efficacy of the Houellebecq® algorithm. But what is the source of that efficacy? It is simply his ability to perceive of what we call weak signals’. A weak signal, as described by Wikipedia, refers, in the realm of economic intelligence, to perceptible elements in the environment – opportunities or threats – which must be detected early in order to formulate prospective choices with the aim of establishing a strategy and reducing uncertainty’.
In other words, a weak signal is the future hiding in the present. But you have to be able to detect it — and that is precisely the blind spot of big data and the other quantitative predicting machines which, bombarded with data, end up being unable to perceive weak signals. Drowning in an ocean of information, doped up on data, the machines become completely unable to see the ripples on the water’s surface, herald of the tsunami to come. 

Proprietary software
Conversely, the Houellebecq® algorithm is able to apprehend them thanks to its sophisticated, highly developed, proprietary software. From what we know of it, it is a hybrid system, comprising both of a wide-focus sociological, economic and geopolitical detector, endowed with a great capacity for scientific abstraction, and an extremely sensitive poetic probe, capable of picking up the tiniest movements in the human soul.
This algorithm has proved itself capable of drawing together the immense and the individual, of finding the link between the laws of the universe or the macroeconomy and those of our daily lives. It is what the journalist Sylvain Bourmeau has called the Google Earth effect’, this ability to move from the universal to the intimate, zooming in with an incredible level of detail. As when, in his first novel, the Houellebecq® algorithm detected the notorious extension of the domain of the struggle’, in other words the link, invisible until then, between the wide horizon of ultra-liberal economic globalization and the narrow contingency of our sexual and emotional poverty.
The novel Submission offered a further demonstration of the Houellebecq®’s ability to detect weak signals. It was published in 2015, on the eve of the Charlie Hebdo attacks (in the course of which the writer lost a dear friend, Bernard Maris, an economist who wrote for the publication). At the time, the collision of these two events created a shockwave of irrationalism, leading some to the absurd hypothesis that there may have been a causal link. Pandora’s Box thus opened, the writer became a bird of ill omen and was forced to go into exile and live under surveillance. The delusion machine had been set in motion, exploding every limit of paranoid overinterpretation. 

A Deeper Truth
Now, four years on, what does reading the book in the cold light of day, outside the tragic context, reveal? We must remember that this speculative work, published in 2015, describes a France beyond 2022: the author evokes a second term of office for François Hollande (who we know threw in the towel at the end of 2016), talks about journalists appearing on iTélé (whereas the channel has been rebaptised CNews) and postulates the election of a president linked to a new Muslim party (‘The Muslim Brotherhood’) called Mohammed Ben Abbès (which has yet to come to pass). A casual glance might lead us to think that the algorithm is malfunctioning. But maybe we need to think again.
In fact, as Gaspard Koenig pointed out so astutely in an opinion piece in Les Echos, the novel reveals a deeper truth: Ben Abbès is a young, cultivated president, a graduate of the ENA, elected at 43 years of age following a presidential campaign which ignored all conventional wisdom, won thanks to a bloc vote against Marine Le Pen and the Front National in the second round, aided by an alliance with François Bayrou, who will become the new President’s Prime Minister. Sound familiar?
More intriguing still, the new President, an adherent of the tenets of economic liberalism, lays out his vision of a start-up nation while finding in Europe the means to dissolve the nation state and intermediary bodies. And this moderate Islam – since Submission, unlike Boualem Sansal’s 2084 is a soft dystopia – becomes a sort of progressivism, a rampart against extremists of every stripe, leading, at the cost of a few lives lost to police violence, to a de facto post-democratic society. Still not ringing any bells?
Thus, even before Macron declared his candidacy in the presidential elections, Ben Abbès in Submission had already lent him several planks of the programme in place today. Dizzying prescience. Of course, La République en Marche has nothing to do with the Muslim Brotherhood, but look closely and a number of commonalities emerge, notably in the way that the progressivism’ preached by LREM declares itself to be the sole rampart against extremists… So the Houellebecq® algorithm had successfully detected in 2015 the weak signal sent from 2019…
But beware: some people are so bowled over by the efficacy of the Houellebecq® algorithm that they are liable to get carried away, confer a halo on him and make him predict all sorts of things. This happened with Serotonin, published at the beginning of 2019, in which some people read a prefiguration of the Gilets Jaunes movement, whereas in fact the novel was offering a different prediction: that of the impasse of European agriculture, which leads French agriculture – and the narrator’s best friend – to suicide. 

Desperate but not despairing
Some might retort that the Houellebecq® algorithm is unlikely to fail in so far as it invariably predicts death. On this score, La Palisse would have made an excellent forecaster. The bird of ill omen is always right in the end, because we will all die one day or another. In fact, the algorithm is better than that: it tells us that we are all already dead. As a civilization, we are dead. In novel after novel Houellebecq explores every ideal (love, progress, consumption, sex, global tourism, transhumanism, monasticism, progressive religion, serotonin) as so many dead ends.
Desperate? Yes, but not necessarily despairing. For as soon as there is nothing left to hope for, we have to start living. It is this luminous part of Houellebecq’s depressionism’ that Agathe Novak-Lechevallier has so brilliantly revealed in an essay entitled, Houellebecq, the art of consolation (Stock). Consolation or the subtle art of resisting the desolation which is our common lot.
Moreover, does Houellebecq not make us feel the flickering light of consolation through his magnificent titles? Listed, they read like a manifesto, in which he seems to tell us that despite the extension of the domain of the struggle, thanks to the art of struggle and serotonin, we can stay alive, (delete comma) because despite our submission to the times and to the elementary particles of which we consist, there always exists beyond time the possibility of an island – on Lanzarote or elsewhere – and, whatever the map and the territory, before the configuration of the final shore, there is always a platform available to us for a possible renaissance. 

So: Houellebecq the prophet? Undeniably. But perhaps as much a bird of ill omen as a fortune teller.

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