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Blushing

Exhibition

I want

Pepe Mar

Blushing Issue

Interview by
Cecilia Musmeci

Rares sont les choses qui font rougir l’artiste queer mexicain Pepe Mar. Installé à Miami Beach, en Floride, Pepe aborde sans fard dans son travail des thèmes controversés tels que la sexualité, l’immigration, les médias de masse, la politique, la (dés)information et la pop culture. Fasciné par la mythologie du soi et les « alter ego » sociaux, Pepe a donné corps à Paprika, son double provocateur, que l’on retrouve souvent intégré à ses installations immersives grandeur nature. Paprika incarne les pensées les plus décomplexées de l’artiste envers les conventions établies, des sentiments comme la honte, la colère, le racisme et la peur. Nous nous sommes entretenus avec Pepe afin de mieux comprendre son vocabulaire des objets ainsi que son point de vue en tant qu’artiste sur les sentiments de culpabilité, de jugement et de honte que les sociétés conservatrices (et celles faussement progressistes) actuelles instillent dans l’esprit des individus.

Not many things make the queer Mexican artist Pepe Mar blush. Based in Miami Beach, Florida, Pepe openly deals with controversial themes such as sexuality, immigration, mass media, politics, (dis)information and pop-culture through his work. Fascinated by the mythology of the self and social alter egos,” Pepe gave life to Paprika, his daring doppelgänger who’s often incorporated in his immersive, life-size installations. Paprika embodies Pepe’s most uninhibited thoughts towards general conventions, feelings such as shame, anger, racism and fear. We sat down with Pepe to better understand his vocabulary of objects, and his artistic take on the sense of guilt, judgment, and shame that nowadays conservative
(as well as falsely open) societies instill in the individuals’ minds.

Connaissiez-vous Exhibition Magazine ? Qu’en avez-vous pensé lorsque vous avez entendu parler de ce projet collaboratif ? Où avez-vous trouvé l’inspiration pour votre participation à Exhibition Magazine ?

J’ai passé ma vie entouré de magazines, qui sont partie intégrante de ma pratique du collage. J’avais un exemplaire de la revue Exhibition sur ma table de collage car un ami avait pensé que la dimension des pages me plairait, et la texture du papier aussi. J’ai toujours voulu intervenir au sein d’une revue, sur un projet de type éditorial qui intègrerait des portraits et mon travail artistique. Ma participation est l’aboutissement d’une longue réflexion sur le sujet.

À propos du thème de la revue, citez trois choses qui vous font rougir.

Dans la mesure où je suis une personne extravertie, peu de choses me font rougir. Sauf si je rencontre une personnalité que j’admire, comme la fois où je me suis retrouvé à un petit déjeuner à Palm Beach avec Nick Cave. Il m’arrive quand même de rougir de temps en temps. J’ai parfois le trac lorsque des personnes regardent mon travail et le commentent en ma présence. J’adore la mode, je porte des fringues pas possibles – j’en ai toute une collection – si bien que le petit garçon de province que j’ai été resurgit parfois quand on me fixe avec trop d’intensité. C’est triste à dire, mais même à notre époque, il m’arrive d’être gêné par ma sexualité dans certains milieux très hétéros.

L’art devrait-il être provocateur ? Y a-t-il dans votre pratique une volonté de déranger le public ?

Je pense qu’il y aura toujours quelqu’un pour se sentir offusqué. En tant que Mexicain et artiste queer, ma personne est une revendication politique en soi. Je me retrouve marginalisé dans un environnement politique parfois hostile.

De quelle façon votre travail aborde-t-il des sujets tels que le sexe, le scandale, la honte et la colère ?

Beaucoup de mes travaux font intervenir mon alter ego « Paprika », un personnage provocateur, flamboyant, scandaleux et sans gêne qui est l’avatar parfait pour aborder des émotions comme la honte ou la colère.

La société tend à dominer les individus en leur inspirant un sentiment de culpabilité et de honte pour des actions non conformes aux règles admises. En tant que Mexicain expatrié aux Etats-Unis, voyez-vous sur ce point une différence entre les deux pays ?

Je pense que le Mexique et les Etats-Unis partagent une culture qui encourage la culpabilité et la honte. Ayant grandi au Mexique dans un milieu catholique, je porte en moi, à vie, des sentiments de culpabilité, de jugement et de honte.

Quand et pourquoi avez-vous commencé à utiliser la technique de l’assemblage pour créer des installations immersives en trois dimensions ?

J’ai commencé à collecter des revues et à les découper pour faire mes premiers collages qui, depuis ces dix dernières années, ont évolué en assemblages. Ces assemblages me permettent de m’évader dans un monde glamour fait de tentations et de désir charnel.

Votre processus artistique est très particulier. Comment s’est-il développé au fil des années ?

Mon processus artistique a pris corps comme un moyen de nourrir mes obsessions personnelles pour le shopping, l’activité de collectionneur et le chinage. J’ai commencé par concevoir des collages gigantesques en trois dimensions en découpant d’abord uniquement des magazines. Plus tard j’ai utilisé des livres et des encyclopédies, jusqu’à ma pratique actuelle pour laquelle je crée mon propre matériau, des objets réels que j’intègre aux assemblages.

De quelle façon sélectionnez-vous le matériel imprimé que vous choisissez d’incorporer dans vos œuvres ?

La presse papier se faisant de plus en plus rare, il me faut faire preuve d’inventivité. Je collecte un grand nombre de livres et de magazines dans mon atelier, que je « digère » ensuite. Lors de cette étape, je reste assis des jours entiers, voire des semaines ou des mois, à les feuilleter page après page pour trouver les images qui accrocheront mon regard, puis à sélectionner ce qui fera la matière de mes futurs collages.

Puisez-vous votre inspiration dans des situations vécues et réelles ou plutôt dans des informations de seconde main ?

Mon travail est personnel et vient rarement d’informations dont je ne suis pas la source. Il découle entièrement de la collision entre ma vie et ma vision artistique. Mes travaux expriment diverses expériences de ma vie, comme quand j’écoute de la musique électronique à plein volume, quand je suis en pleine performance drag sur Ocean Drive à Miami Beach, ou encore quand je suis arrêté par les douanes chaque fois que je reviens aux Etats-Unis après n’importe quel voyage à l’étranger, à cause de mon passeport mexicain.

Si vous dirigiez une revue, essaieriez-vous de vous extraire de la bidimensionnalité du papier ? Si oui, comment vous y prendriez-vous ?

Question pertinente, qui s’inscrit dans le cadre de ma pratique actuelle, puisque dernièrement j’ai créé des œuvres « à rebours ». Je sélectionne des images d’archives de mes collages en 3D dont je fais des peintures en tissu. Je « bidimensionnalise » donc mes œuvres d’origine pour créer un nouvel hybride. Je pense que cela peut être fait différemment, à l’échelle d’un magazine comme Exhibition. Les images de la revue, plus proches d’une taille grandeur nature, rompent avec la bidimensionnalité traditionnelle des magazines de taille standard.

Beaucoup de vos pièces traitent de sujets divers qu’elles amalgament. Y a-t-il un sens symbolique général à cela ?

« Paprika » est constamment entouré par une galerie de personnages, notamment dans les pièces en 3D sous forme de vitrine. Il dévore l’information dans le but de créer des références cross-culturelles à travers le temps et l’espace. Ce sont des « cabinets de curiosités » remplis de vrais masques et objets historiques que je mêle à mes masques et objets imaginaires pour former ma propre mythologie.

Vous paraissez interroger sans relâche l’idée de matérialité. Quelle relation nouez-vous avec les objets ?

Les objets dictent l’origine de chacune de mes œuvres. Il y a d’abord le frisson de la trouvaille, cette dernière servant de déclencheur. J’ai tellement d’objets dans mon atelier que je dois réfléchir davantage à ceux que je vais utiliser. J’aime tout particulièrement les objets en cuivre et les armatures à cornes, essentiels pour créer la coiffe de Paprika. Il y a deux semaines, j’étais à San Miguel de Allende, au Mexique, où j’ai acheté deux reproductions sur résine de feuilles de cactus. Alors que, pendant des années, j’ai établi mon vocabulaire au moyen de découpages, je recherche aujourd’hui des objets dans la vie réelle.

Que pensez-vous du papier comme support et de la presse papier comme moyen de transmettre l’art et l’information ?

J’adore le toucher du papier, sa matérialité, sa souplesse. Ça m’attriste que de moins en moins de personnes s’intéressent à cette presse et se tournent vers les réseaux sociaux. Je continue à ressentir un réel plaisir à tenir un magazine entre les mains, à comprendre son poids, sa texture : c’est, au travers de sens divers, un moyen précieux d’obtenir des informations, et que seule la presse papier permet de transmettre.

Have you ever heard of Exhibition Magazine before ? What were your thoughts when you head of this collaborative project and what inspired your creative intervention on the blank copy of Exhibition Magazine ?

I have been around magazines my entire life, and they are also integral to my collage practice. I had an issue of Exhibition” magazine on my collage desk because a friend thought I would enjoy both the size of the pages and the lusciousness of the paper itself. I have always wanted to do this type of creative intervention in a magazine, an editorial style project with portraits and my artwork. This is a culmination of much thinking on the subject.

Speaking of the theme of this issue, name three things that makes you blush.

I am an extrovert, so not many things make me blush unless I am star-struck—as I once was at a breakfast in Palm Beach with Nick Cave. But some things still make me blush. I get stage fright sometimes when people are looking at my work and discussing it in my presence. I love fashion, and I collect and wear all kinds of crazy clothes so sometimes the small town boy in me comes out if I get too many stares from onlookers. And sadly, even in our day and age, in very straight environments, I can become self-conscious about my sexuality.

Should art be provocative ? Do you attempt to perturb the audience through your practice ?

I think being oneself is always provocative to someone, and, being a Mexican, queer artist, I find myself making political statements simply by being. I find myself being placed on the fringes by a sometimes hostile, political environment.

How do you deal with issues such as sexuality, scandal, shame and anger in your work ?

Many of my works incorporate the alter ego Paprika,” who is a daring personage—flamboyant, shameless, scandalous—and is a perfect avatar in dealing with emotions such as shame and anger.

Society always tends to rule over individuals by inspiring into them a sense of guilt and shame for actions that aren’t conforming with the accepted costumes. As a Mexican expatriated in USA, do you reckon any difference between the two Country towards this ?

I think Mexico and the U.S. share in a culture that encourages guilt and shame. Growing up in Mexico as a Catholic, there is a sense of guilt, judgment, and shame that one carries throughout life.

When and why have you started using the technique of assemblage to create immersive three dimensional installations ?When and why have you started using the technique of assemblage to create immersive three dimensional installations ?

I started looking at magazines and cutting them to make my early collage works, which evolved into assemblages over the last ten years. The assemblages provide escapism into a glamorous world, evoking desire and lust.

Your artistic process it’s very specific, how did it develop throughout the years ?

My artistic process began as a way to nurture my personal obsessions of shopping, collecting and thrifting. I started making massive three-dimensional collages using only magazine cut-outs at first. Later I would move to books, then to encyclopedias, then down to the present where I create my own materials, actual objects that are incorporated into the assemblages.

How do you collect and select the kind of printed material you choose to incorporate in your art pieces ?

I have to be resourceful with print media as it becomes more and more scarce. I bring many books and magazines into the studio and then have to process” it all. During this processing, I have to sit for days, weeks, months and go page by page to find those images that catch my eye, curating what will make it into future collage works.

Do you draw inspiration from first-hand real life situations or more from processed information ?

All of my work is personal, and it rarely comes from processed information. All of it is about the collision of my life with my art. My work expresses various aspects of my life such as being around electronic music blasting from large speakers, or experiencing a drag performance on Ocean Drive in Miami Beach, or being questioned by immigration every time I return to the U.S. from anywhere in the world, because I still hold a Mexican passport.

If you were running a magazine, would you try to break the flatness of paper ? If yes how would you do it ?

That’s a relevant question to my current practice because I have been creating works backwards” lately. I am taking archival images of my 3D collages and making fabric paintings out of these. I am thereby flattening the original works, creating a new hybrid. I think this can be done differently, using scale in a magazine like Exhibition.” In the magazine, having images closer to life-size breaks away from the traditional flatness of regular-sized magazines.

Many of your works evoke different subjects all condensed together, is there a general symbolic meaning behind it ?

Paprika” is always surrounded by a cast of characters, particularly in the 3D shadowbox works. He devours information to create cross-cultural references across time and space. These are wunderkammers filled with real masks and objects from history mixed with my imagined masks and objects forming a self-mythology.

You seem to constantly investigate the idea of materiality, what’s your relationship with objects ?

Objects dictate the start of every work for me. There is the exciting find that’s the initial fire. Recently I have been pondering them more than I used to because I have so many in the studio now. I am particularly in love with brass objects and horned figures which are essential to create Paprika’s” headdress. I was just in San Miguel de Allende, Mexico, a couple of weeks ago and I acquired two reproductions on resin of cactus leaves. I established my vocabulary of objects over the years using so many cut-outs, but now I simply hunt for the objects in real life.

What do you think of paper as support and printed press as a way of convey art and information ?

I love the tactility of paper, its materiality, its malleability. It’s sad for me in a way that print media is less and less of a regular experience for people as social media platforms take over. I still get the thrill of holding a magazine in my hands, understanding its weight, understanding its texture; it’s a valuable way of obtaining information through multiple senses that only print media can engage.

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