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Pierre Lescure

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Pierre Lescure

Chantal Poupaud, qui a grandi à l’ombre du château de Brissac, dans le Maine-et-Loire, a donné naissance à deux garçons, Yarol et Melvil. Ils sont comme elle, ce qu’on fait de mieux en France en matière de créativité, de charme, de curiosité, d’humanité et de fraîcheur. Yarol, fringant quinqua et Melvil, d’un peu moins de cinq ans son cadet, remontent le fil de leur vie ce dimanche après-midi, dans une suite de l’Hôtel Montalembert. Ils ont passé les fêtes de fin d’année en Thaïlande, pas au même endroit et heureusement à pas mal de distance de la dernière tempête ravageuse en date.
La maman des garçons, vous avez vu sans doute l’une de ses plus belles productions. La série télé, produite par Arte dans les années 1990 : « Tous les Garçons et les Filles de leur âge ». L’un des reflets les plus sensibles et les plus vrais de l’adolescence, surtout en ces années-là. Hélas, on la revoit peu. Yarol : « La bande son était d’enfer : les Beatles, les Stones, Clash, les Bee Gees, Bob Marley. Incroyable et somptueuse. Mais, passé le temps de la diffusion, impossible de renégocier les droits… et donc, pas de DVD dispos pour les générations d’aujourd’hui ! ». La série a débouché sur le film Les Roseaux Sauvages, l’un des meilleurs Téchiné. C’est dire…
Malgré les charmes du Maine-et-Loire et la douceur angevine, Chantal Poupaud, jeune femme, a très vite eu envie de rallier Paris. Elle va y rencontrer plein de gens, du cinéma, de la musique et de la littérature. Elle se lie d’amitié avec Marguerite Duras, figure centrale de l’époque. Et elle a, la première, l’idée qu’il faut inviter des équipes de radio, de télé et de presse écrite sur les plateaux de cinéma. Pour faire vivre les films dans l’imaginaire de leurs futurs spectateurs. Belle idée.
Ainsi, Duras tournant son fameux India Song, lui ouvrit ses portes. Et, le week-end, Chantal ralliait Neauphle-le-Château et la maison de l’écrivain. Avec ses deux fils, Yarol et Melvil. Dans la chambre de Outa, le fils de Marguerite Duras, Yarol va trouver une guitare et, avec un bon Chuck Berry sur la platine, commence à gratter. Il ne s’arrêtera plus. Plus tard, il rachètera la Rickenbacker d’un guitariste de Shakin’ Street, ami de sa mère. Et surtout, ses journées vont être consacrées à tout connaître, tout savoir faire de ces cordes, acoustiques, électriques et bientôt plus encore. « J’ai pratiqué tout ce qui est à corde, dit Yarol. Un peu d’accordéon aussi. Le piano, pas assez. Et la batterie, bien sûr ! Pourquoi, bien sûr ? Parce que c’est indispensable pour tout musicien de rock ». Et Melvil, biographe « officiel » de Yarol, précise : « Il connaît la moindre nuance de pickin’. Un jour, il a voulu prendre des cours avec un très bon prof qui, au bout de deux jours, lui a dit : arrête, tu en sais plus que moi. Du coup, ajoute le cadet, j’ai joué aussi. Je suis le bassiste officiel des Black Minous [leur groupe « famille et amis]. Dès que je peux, je le rejoins sur la tournée qu’entame Yarol pour son album solo. » Yarol (biographe « officiel » de son frère) : « Melvil joue et compose aussi. Cette fois, trois titres sur mon album. » 

Yarol, c'est un des premiers petits garçons à avoir – officieusement - porté ce prénom. « Mon père voulait que je sois dans le droit fil de ses lectures passionnées de science-fiction. Celles d’Arthur C. Clarke l'auteur de 2001. J'étais - pour lui - Yarol le Vénusien, celui qui joue de la musique. » (Tiens, tiens…) « L'employé de la mairie a dit : « Pas question ». Je suis donc Stanislas pour l’état civil. Seul l’employé de mairie le sait. Je suis Yarol depuis 50 ans et pas mal d'autres ont pu prendre, depuis, ce prénom. »
Ce père, ils l'ont vu un week-end sur deux, quand Chantal et lui se sont séparés. Grand lecteur, il n'aurait jamais cru, à l'époque, que ses fils pourraient vivre de la musique et du cinéma. Chantal si, qui avait plein d'amis que leur art nourrissait… suffisamment. Et qui vivaient heureux.
« En même temps, dit Melvil, si on croise Lucchini, il ne nous parle que de notre père. A l'époque où Fabrice était encore assistant coiffeur dans un salon branché, Chantal l'avait repéré imitant James Brown tout en balayant les cheveux couvrant le sol. Elle l'avait invité à dîner avec son mari. Lequel a branché le jeune homme sur un certain Céline. Il ne l'a pas oublié. » La prochaine fois que Lucchini m'emmènera au bout de la nuit, j'aurai une pensée pour le Papa de Yarol et Melvil.

1977, à la mort de Presley, c’est un choc pour le tout jeune Yarol qui progresse à la guitare. Melvil : « On a vu, par série, tous les cycles de films d’Elvis qui passaient par vague. Les bons comme les mauvais. (Yarol : « Y’a toujours une chanson à sauver. ») Tout môme, je demandais à mon frère: « Qui c’est le plus fort, Superman ou Presley ? » On connait la réponse de l’ainé des Poupaud. Les deux garçons, par leur mère, ont baigné dans le cinéma. Par leur grand-père aussi, qui faisait des films, 8 m/​m puis Super 8, pendant les vacances, avec scénarios pour les jeunes acteurs. Il y a même un film sur la légende Kopa, réalisé par ce grand-père journaliste sportif à ses heures, à Angers, où le futur rémois et madrilène a vraiment démarré. Ami de Chantal, Raoul Ruiz, l’immense cinéaste portugais fera jouer Melvil dès l’âge de dix ans. Melvil jouera dans quinze films de Ruiz. « C’était bizarre pour un môme de mon âge. Je jouais dans un film où je revenais tous les dix ans massacrer toute ma famille. Ça ne m’a apparemment pas trop marqué. Le surréalisme poétique de Ruiz, ça te fait lire et découvrir. J’étais dans un même film, Pinocchio et Pinochet. » Yarol (biographe « officiel » de Melvil) : « Toi, même quand tu as parfois accepté des projets inattendus, tu as toujours su les ramener vers toi, tu en fais quelque chose qui n’appartient qu’à toi. » Melvil, à ce jour, a tourné dans soixante-quinze (!) films et séries. Quasiment tous intéressants, voire hors du commun. 

Le dernier Ozon, sorti en février, Grâce à Dieu, sur les affaires de prêtres pédophiles à Lyon (grand film - un de plus - de François Ozon et Melvil remarquable) a croisé ce qui est, pour l'acteur, une interrogation profonde et riche depuis pas mal de temps : la spiritualité. Yarol : « Tes échanges avec ce vieux prêtre rencontré au moment de ton mariage t'ont apporté une lumière. » J'adore la simplicité, souriante, calme et heureuse, avec laquelle Melvil évoque son cheminement. Boris et Edwin, mes complices for ever des rencontres d'Exhibition sont, comme moi, attentifs à ne pas perdre un mot, un cillement, un regard. « On n'a pas été baptisé, dit Melvil. Je ne le suis toujours pas. J'ai failli. Le Père Boucau, rencontré à Saint-Augustin, était étonné de ma volonté de comprendre et d'apprendre. Il m'offrait un coup de rouge et des chips ». (« Drôle d'hostie », sourit Yarol…). On a le temps pour le baptême, m’a-t-il dit. En tournage sur les bords de la Mer Morte, j'ai vu un jour un agneau entier, incrusté dans le sel. Ça m'a troublé. Tout cela me passionne, comme l'étude des textes et commentaires de la religion juive. J'échange beaucoup avec un jeune rabbin, dylanophile passionné, comme moi. Et puis, récemment, j'ai été troublé en apprenant du vrai personnage que j'interprète dans le film de François Ozon qu'après être resté catholique malgré tout ce qui s'était passé à Lyon, tout récemment, il a eu, dans la rue, l'absolue révélation, dit-il, que Dieu n'existait pas. Bouleversé. » Melvil, lui, suit plutôt le chemin inverse. Yarol aussi, à sa manière, repart de zéro. Avec gourmandise.  

Le parcours de Yarol le Musicien est une aventure réjouissante et exubérante. Jeune homme, il a été repéré sur une piste de danse.
« Bonjour, c'est pour un casting. Oui ? Un casting de pieds, pour une marque de chaussure ! » Va pour les pieds.  « En attendant de passer à mon tour, je suis tombé sur Marco Prince, star au Palace et leader déjà des FFF. Je les ai vite rejoint. Puis, avec FFF, on a fait la première partie de Johnny, au Stade de France, l'année de l'orgeat qui a fait annuler l'un des concerts.
 Le suivant, toujours sous la pluie, est entré dans la légende. Plus tard, j'ai joué avec Johnny pour Jean Philippe, le film. Puis, au bout de quelques bœufs ensemble, pour le plaisir, entre deux prises, une nuit, à 2 h du matin, Johnny m’a appelé. « C'est bien ce que tu fais, viens faire la tournée avec moi. » ». Le lendemain, l'équipe du taulier a  dit : « Johnny a décidé ». Yarol les a rejoint et ils ne se sont plus quittés, Yarol devenant guitare solo et directeur musical. Melvil : « Tu lui a redonné le sourire du plaisir des origines de sa passion. Le, goût revenu des débuts éternels. »

Aujourd’hui, Yarol vient de sortir son album solo, fort, riche et tellement tonique et brillant musicalement. « Il faut que je parvienne à développer des qualités d’auteur », dit le jeune homme de cinquante ans que Biolay impressionne et inspire par son sérieux et son apparent détachement. Il aime le duo que forment Benjamin et Melvil pour leur tournée Song Book qui revisite toutes les musiques. Melvil va continuer de chercher à créer, en n’oubliant jamais combien l’ont marqué les textes travaillés de Rohmer à ses débuts (Contes d’été). « Tu fais jouer un texte de Rohmer à Brando et à l’autre bout du monde, tu vois le film et tu dis : c’est écrit par Rohmer. Il imprime ton travail. » 

Les deux frangins vont continuer de se croiser, de vivre à très peu de distance, de jouer et composer ensemble et de repasser sans cesse (ce soir pour « tirer les Rois ») chez Chantal, leur maman. On aime retrouver ces deux hommes. Leur musique est bonne. Leur cinéma est bouleversant. Leur vie est honnête, curieuse, riche et vivante. Les deux roseaux de Chantal sont des adultes qui n'oublient pas de rester sauvages.

Chantal Poupaud, who grew up in the shadow of Chateau de Brissac, in Maine-et-Loire, had two sons, Yarol and Melvil. They’re like her; the best that France can produce in terms of creativity, charm, curiosity, humanity, and freshness. Yarol, a spry 50-something, and Melvil, a little less than five years his junior, reminisce on a Sunday afternoon in a suite at the Hôtel Montalembert. They spent the New Year in Thailand, not in the same place, and fortunately, quite some distance from the most recent tropical storm. 

You’ve doubtless seen their mother in one of her most celebrated productions. The television series Tous les Garçons et les Filles de leur âge”, produced by Arte in the 1990s, was one of the most sensitive and truthful reflections of adolescence, especially at that time. Sadly, it hasn’t had many re-runs. Yarol says, The soundtrack was amazing: the Beatles, the Stones, the Clash, the Bee Gees, Bob Marley. Incredible and sumptuous. But after it was first broadcast it was impossible to renegotiate the rights and so there’s no DVD available for today’s teenagers.” The series inspired one of Téchiné’s best films, Wild Reeds. That’s saying something.

Despite the charms of Maine-et-Loire and the allure of Anjou, as a young woman Chantal Poupaud very quickly wanted to head to Paris. There she met many people from the world of cinema, music and literature. She became friends with Marguerite Duras, a central figure of that period. And it was she who first had the idea of inviting radio, television and media representatives onto film sets, to bring the films to life in the imaginations of their future audiences. A great idea. 

It was Duras, then, shooting her famous India Song, who opened doors for her. And on the weekend, Chantal would go to the writer’s house at Neauphle-le-Château, with her two sons, Yarol and Melvil. In Duras’ son, Outa’s bedroom, Yarol found a guitar and with Chuck Berry on the turntable, began to strum. He never stopped. Later he bought a Rickenbaker from a friend of his mother, the guitarist in Shakin’ Street. And above all, his days were dedicated to learning everything there was to know about strings (acoustic or electric) and much more besides. I tried out everything with strings,” Yarol says. A little bit of accordion as well. The piano, but not much. And the drums of course.” Why of course? Because it’s indispensable for a rock musician.” And Melvil, the official biographer of Yarol, explains, He knows every nuance of pickin’. One day he wanted to take lessons with a very good teacher and after two days the teacher said to him — stop – you know more than me. So,” the younger brother adds, I also played. I am the official bassist of the Black Minous (their family and friends’ project). As soon as I can, I’ll join them for Yarol’s tour for his solo album.” Yarol (official biographer of his brother) adds, Melvil plays and writes as well. This time, he’s on three tunes on my album.”

Yarol was one of the first children to officially bear that name. My father wanted me to be linked directly to his love of science fiction, especially Arthur C Clarke, the author of 2001. For him, I was Yarol the Venusian, the musician. The clerk at the mayor’s office said, Out of the question.” So on my birth certificate my name is Stanislas. Only that clerk in the mayor’s office knows it. I have been Yarol for 50 years and since then there have been quite a few other Yarols.” The father in question they saw for a weekend every fortnight after he and Chantal separated. An avid reader, he would have never believed at the time that his sons would make a living through music and cinema. Chantal yes, since she had plenty of friends who were able to live off their art…just about. And who were happy. At the same time,” says Melvil, when we run into Luchini, he only talks about our father.” When Fabrice was still just a junior stylist in a trendy salon, Chantal spotted him imitating James Brown whilst sweeping up the hair on the floor. She invited him to dinner with her husband, who introduced him to a certain Céline. He’s never forgotten.” The next time Luchini takes me to the end of night”, I’ll think about the father of Yarol and Melvil.

The death of Elvis Presley in 1977 was a huge shock for the young Yarol who was still learning the guitar. Melvil says, We watched all those Elvis films back to back. The good and the bad.” (Yarol: “ There was always one song you could salvage”.) When I was just a little kid, I used to ask my brother, who’s stronger, Superman or Presley?” It’s not hard to guess what the elder Poupaud’s response was. The two boys were immersed in cinema not only through their mother but also by their grandfather, who made 8mm and then Super 8 films during the holidays, with scripts written for the young actors. There was even a film about the legendary Kopa, directed by said grandfather, who had been a sports journalist when Kopa was playing for Angers, where the future Rennes and Real Madrid star got his start. A friend of Chantal’s, Raoul Ruiz, the fabulous Portuguese director, would have Melvil perform in his films from the age of ten; indeed, he would go on to act in fifteen of his films. It was really weird for a kid of my age. I performed in a film where every ten years I came back to murder my family. Apparently it didn’t leave too much of an impression on me. Ruiz’s poetic surrealism makes you read and helps you discover things. In the same film I played both Pinocchio and Pinochet.” Yarol adds: Even when you took on unexpected projects, you’ve always known how to bring them back to you, to make something that only belonged to you.” To date Melvil has appeared in 75 films and series, almost all of them interesting, even exceptional. 

The latest Ozon film, released in February, By the Grace of God, about paedophile priests in Lyon (a great film – one of the greatest of his films – with a remarkable performance by Melvil) has intersected with the actor’s own long-standing, deep and rich spiritual engagement. Yarol says, Your conversations with the old priest you met when you were getting married lit something in you.” I love the calm, contented, smiling simplicity with which Melvil describes his journey. Boris and Edwin, my trusty companions from Exhibition are, as I am, hanging on every word, every blink, every look. We weren’t baptized,” says Melvil. I’m still not — though I nearly was. Father Bouceau, who I met at Saint Augustin, was astonished by my desire to understand and to learn. He sat me down with a glass of red and some crisps.” (“Funny kind of Eucharist,” smiles Yarol.) He said to me, we’ve got time for the baptism’. When I was filming by the Dead Sea I saw a whole lamb, one day, incrusted in salt. That troubled me. I’m fascinated by all of that, and by the study of Jewish religious texts and commentaries. I speak a lot with a young Rabbi, a passionate Dylanophile, like me. And then, recently, I was troubled to find out from the actual person I play in Ozon’s film, who remained a Catholic despite everything that happened in Lyon, had recently had a sudden revelation in the street —the absolute revelation, he said, that God does not exist. Everything crumbled.” For his part, Melvil has gone down the opposite road. Yarol too, in his own way, is starting from zero. Hungrily.
The trajectory of Yarol the Musician is a glorious, exuberant adventure. As a young man he was spotted on a dance floor. “‘Hi, I’m a casting agent. Oh yeah? I’m casting feet, for a shoe brand!’ Footloose and fancy free! “‘Waiting my turn, I ran into Marco Prince, a star at the Palace and already the leader of the FFF. I soon joined them. Then, with FFF, we supported Johnny (Halliday) at the Stade de France, the year when he had to cancel a concert because of the downpour. The next one, which was also in the rain, is the stuff of legend. Later, I acted with Johnny for Jean-Philippe, the film. Then one night, after jamming together for fun between two takes, at about two in the morning, Johnny called me: I think you’re good, come on tour with me.’ The next day the boss’s people said: Johnny’s decided.’” Yarol joined them and he never left; he became lead guitarist and musical director. Melvil: You gave him back that smile he had when he first followed his passion. The taste of an eternal beginning returned.”
Today, Yarol has just released his solo album – accomplished, rich, a stunning musical tonic. I have to develop as a writer,” says the young man of fifty years of age, impressed and inspired by Biolay’s seriousness and apparent detachment. He likes the duo Benjamin and Melvil formed for their Song Book tour which revisited all genres of music. Melvil is still striving to create, never forgetting the impression Rohmer’s screenplays made on him when he was starting out (A Summer’s Tale). You give Brando a screenplay by Rohmer and at the other corner of the globe, you see the film and you say: it’s written by Rohmer. He makes his mark.”
The two brothers continue to see each other often, to live close to each other, to write songs and perform together, and to spend a lot of time with their mother, Chantal (this evening they are going round to hers to enjoy a Galette des Rois for Twelfth Night). Their company is enjoyable. Their music is good. Their cinema is astounding. Their lives are authentic, curious, rich and vibrant. Chantal’s two reeds are adults who have not forgotten how to be wild.

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