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Deconstruction

Exhibition

I want

Rebecca Voight

Deconstruction Issue

Interview by
Rebecca Voight

Interviewees
Senjan Jansen
Glenn Martens

THE SOUND OF FASHION

La mode n’est pas qu’un art visuel : elle s’adresse aussi à l’oreille. Elle se faufile dans les morceaux qui nous font danser, dans les chansons qui ne nous sortent plus de la tête, dans les sons auxquels une génération se reconnaît. Senjan Jansen est devenu le compositeur fétiche de tout un cénacle de designers belges, de Dries Van Noten jusqu’à Haider Ackermann, en passant par Glenn Martens, directeur artistique de Y/​Project. Compositeur de musique de film, créateur d’ambiances, Jansen a grandi à Turnhout, une petite ville belge à la frontière hollandaise, où sa mère dessinait des costumes de théâtre. Il revoit le grand métier à tisser sur lequel elle travaillait. Mais la mode était bien la dernière de ses préoccupations lorsqu’il fut arraché à sa vie de DJ New Beat pour composer la musique du premier défilé parisien de Haider Ackermann. Quant à Martens, il y a déjà quelques années qu’il voulait travailler avec Jansen – et réciproquement. Le projet remonte, plus exactement, à un certain défilé de Bruno Pieters : Martens se souvient que, ce jour-là, la musique de Jansen avait fait pleurer l’assistance.

La mode est une affaire de collaborations. Parlez-moi de la vôtre.
SENJAN JANSEN (SJ) Même quand on s’y met longtemps à l’avance, on peut finir dans l’urgence.
GLENN MARTENS (GM) En général, voilà comment les choses se passent : je visite le lieu du défilé, je filme, je prends des photos, et j’envoie les images à Senjan pour qu’il se fasse une idée du décor. Ensuite, j’essaie de lui donner quelques indications sur l’esprit de la collection. 

Tu peux voir les vêtements à l’avance ? Tu as des notes ?
SJ Pas vraiment. Je découvre les vêtements quand j’arrive à Paris, juste avant le défilé. Normalement, on sait ce qu’on veut faire avant que je puisse voir la collection, mais Glenn m’envoie aussi des extraits de son moodboard, et, quand c’est possible, quelques éléments de stylisme.

Depuis combien de temps travaillez-vous ensemble ?
GM La première fois c’était en janvier dernier, pour le défilé Homme automne/​hiver 2019, au couvent de la basilique Santa Maria Novella à Florence. Y/​Project était designer invité au Pitti. Depuis un an, on a collaboré sur quatre défilés. En général, Senjan passe une journée assis dans un coin de l’atelier, à observer le travail de stylisme. Il finalise sur place l’édition du fichier audio. Donc en réalité, il voit tout.
SJ C’est ce que je préfère : m’asseoir dans l’atelier, à côté de Glenn, et boire du café en posant des questions.
GM Ou juste en regardant.
SJ Ou en ne faisant rien du tout.

Est-ce qu’on peut finir par oublier que tu es là ?
SJ Oui, c’est ce qui arrive à tous les coups. Je suis dans ma bulle, le casque sur les oreilles, à écouter les pistes en boucle.

Pour le Pitti, j’imagine que tu étais venu à Florence un peu plus tôt, pour repérer les lieux ?
GM Non, il est arrivé à Florence la veille du défilé.

Ça n’a pas dû être évident…
SJ Non, en effet. Car le lieu compte énormément. La musique n’est pas tout : comment elle résonne dans l’espace est tout aussi important. Au Pitti, la difficulté venait des dimensions de l’espace de la basilique. Il y avait beaucoup de réverbération. En principe, on peut jouer n’importe quel type de musique dans une cathédrale, mais le rendu peut être assez mauvais.

À cause de l’acoustique ?
SJ Oui. Les dimensions du cloître ont posé pas mal de problèmes, en fin de compte. J’ai dû espacer les sons pour laisser le temps de la réverbération.
GM Il y avait plusieurs difficultés au Pitti. D’abord, c’était notre première collaboration. Ensuite, à cause du cadre de la basilique, nous n’avions le droit d’utiliser que de la musique religieuse ou abstraite. Et comme la plupart des fenêtres sont des vitraux du XVe siècle, on était aussi obligés de limiter les basses.
SJ Et puis il y a le matériel. Selon le matériel qu’on utilise, certains sons rendent plus ou moins bien. On ne peut pas avoir de belles basses complètes sur un petit sound system. Ça ne marche pas. Il faut donc faire des choix. 

Après un an de collaboration, est-ce que certaines choses ont changé ?
GM Je crois que Senjan commence à influencer mon travail de créateur. On échange beaucoup avant le défilé, quand les vêtements sont prêts mais que je n’ai pas encore fait le stylisme. Et le résultat peut varier sensiblement du fait de cet échange. Bien sûr, il y a cette opulence excentrique dans l’ADN de Y/​Project, mais disons qu’une saison pourra être grandiloquente et la suivante plus urbaine, par exemple. Maintenant, j’ai la musique de Jansen dans la tête un mois avant le défilé, et ça facilite mon travail. Les choses commencent à avoir plus de sens.

Toi, Glenn, tu travailles avec tes propres idées, pour ta propre marque, tandis que Senjan travaille à partir d’un brief. Que se passerait-il si vous inversiez les rôles ?
GM Y/​Project est une marque très particulière, parce que c’est un héritage. Quand je suis arrivé, on devait avoir cinq boutiques. Je devais être prudent, parce qu’on n’a jamais eu d’investisseur et qu’on avait donc besoin de ces boutiques. C’était aussi une forme de respect pour Yohan (N.D.L.R. : Yohan Serfaty, le premier designer de Y/​Project, aujourd’hui décédé). Aujourd’hui, tout a changé. La marque reflète intégralement ce que je souhaite en faire. Et ce que je veux, c’est m’amuser, explorer les zones extrêmes et tous les différents niveaux de la mode et de l’humain. Je ne verrais aucun intérêt à refaire tout ça pour une autre marque. Si je devais travailler pour une autre enseigne, il faudrait qu’elle ait une identité forte, et très différente de celle de Y/​Project.
SJ Tous les projets sur lesquels je travaille commencent par des idées. Et ils s’inscrivent tous dans des univers émotionnels différents. Si je devais choisir moi-même l’intégralité de la musique, ce serait à la fois ennuyeux et stressant. Je n’ai fait qu’un seul enregistrement dans ma vie, c’était une track dance. Pour le reste, j’ai toujours travaillé sur des projets précis : défilés de mode, pièces de théâtre, séries télé… Ce sont surtout les gens qui m’intéressent. J’ai rencontré Glenn avant qu’on commence à collaborer, et j’ai tellement aimé ses vêtements que j’ai voulu travailler avec lui. Mais les choses peuvent aussi se passer autrement. Quelquefois, on ne sait pas du tout dans quoi on s’engage, et c’est le travail à plusieurs qui fournit la matière.
GM Y/​Project n’est évidemment pas le seul défilé sur lequel Senjan travaille pendant la fashion week. Il doit passer d’une musique à une autre à une cadence de plus en plus effrénée.
SJ Il faut juste apprendre à bien séparer les cases, à vraiment mettre en veille chaque projet avant de basculer sur un autre, sans se laisser inquiéter par l’ensemble. Parce que chaque créateur doit avoir un défilé parfait. Mais je ne peux pas en accepter plus de cinq, et à la fin de la fashion week, je m’écroule littéralement. Le black out.

Senjan, comment se passe la composition ? Est-ce que ton travail consiste toujours à désarticuler, ou aussi à rassembler des éléments hétérogènes ?
SJ Je ne me contente jamais de jouer des morceaux. Je n’aime pas ça. Si on utilise un morceau, comme My Prerogative de Bobby Brown pour le défilé Femme automnehiver 2019 de Y/​Project, alors il faut se l’approprier. On l’étire, on en fait quelque chose de drôle. Glenn a souvent une très bonne idée de départ, et je travaille à partir de son idée.
GM Et tu peux retravailler le morceau, le faire aller beaucoup plus loin que sa version originale.
SJ Je commence toujours par choisir l’enregistrement de meilleure qualité. Si c’est Bobby Brown, je trouve la version originale, le vinyle. Puis je l’enregistre en haute qualité sur mon ordinateur et je commence l’édition. Et pour les sons très spécifiques de ce genre de musique, j’ai une immense collection de vieux synthétiseurs et de boîtes à rythme. Je peux dire à l’oreille si tel son date des années 80 ou 90. Si Bobby Brown utilise un demi clap, je me dis : « d’accord, c’est telle boîte à rythme », je la sors, je rejoue le son et je l’enregistre. On ne ressent pas toute l’énergie si on utilise des fichiers mp3.

Quel genre de musique écoutes-tu ?
GM En ce moment, c’est un peu le désert. Mais je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles on s’entend si bien avec Senjan : j’ai beaucoup de styles et d’ambiances différentes sur mon iTunes, mais sa palette musicale et sonore est beaucoup plus large que la mienne. Il y a donc peu de problèmes quand on discute. Si j’évoque de la musique de telle ou telle époque, il sait de quoi on parle. Moi, je sais rarement de quoi il parle, mais lui, il sait toujours de quoi je parle. Le but est de créer quelque chose qui soit aussi éclectique que la marque. On peut partir d’un son plutôt rétro, et lui va le transformer, le bousiller, pour en faire un truc totalement contemporain. Il renforce la dimension éclectique de la base rétro, pour que ce ne soit plus seulement le cliché du vieux tube vintage. Je crois que c’est l’esprit même de la marque.

Pour le défilé Femme printemps-été 2020, sous le pont Alexandre III, comment êtes-vous arrivés à cette version improbable de la valse de Strauss, « Le Beau Danube bleu » ?
GM À vrai dire, je crois que c’était mon idée. Le problème avec moi, c’est qu’au moment où j’ai une idée, je ne sais absolument pas si elle est réalisable ou non. Je me dis : « Tiens, ce serait chouette ! ». Ensuite, c’est lui qui souffre.

Tu souffres, Senjan ?
SJ Oui, c’est toujours une souffrance. Mais j’aime aussi faire des choses qui me paraissent impossibles. Je veux toucher la limite. Pour moi, toute idée est potentiellement bonne. Je ne dis presque jamais non. Ensuite, les choses peuvent aller vite, mais en général, il faut des heures et des jours et des mois.

Celle-ci était particulièrement extrême.
GM Oui… En réalité, on a eu très peur.
SJ Glenn et moi, pas tant que ça. Mais tous les autres…
GM Je crois quand même que je suis allé voir Senjan dix minutes avant le défilé, en lui disant : « Je crois que ça ne va pas être possible. »

Je suis toujours très surprise par ce qui se passe en coulisse.
SJ Ce que j’adore avec Glenn, c’est qu’il tient bon. Avec certains créateurs, si le boss ou quelqu’un d’autre se pointe et dit : « Oh non, impossible » ou « Je supporte pas », on arrête tout. Mais lui et moi, on a toujours le sentiment que ça va être génial.
GM Il y a quand même toujours ce moment terrible où on se dit : « ou bien ça va être très gênant, ou bien ça va être… un désastre ». Mais voilà, je ne veux pas travailler avec un artiste comme Senjan pour qu’il fasse une petite musique d’ambiance que je pourrais obtenir de n’importe quel DJ. Je veux créer une oeuvre. Il faut que ce soit une performance expérimentale, et même, idéalement, un happening.
SJ Une expérience.

Combien de temps durait le défilé Femme printemps-été 2020 ?
SJ Environ 10 minutes.

C’était donc 10 minutes de pur plaisir, comme Ginger Rogers dansant avec Fred Astaire. La musique allait si bien avec les vêtements…
GM Oui, c’était toute l’idée du choix de cette valse, « Le Beau Danube bleu ». Car le défilé avait lieu sous le pont Alexandre III, qui, évidemment, a été construit pendant la Belle époque, en plein âge d’or de l’hédonisme parisien. La valse s’imposait. Senjan en a fait quelque chose de très bizarre et d’un peu surréaliste : la Belle époque sous acide !

Senjan, peux-tu nous en dire plus sur le défilé Homme printemps-été 2020 ? Cette fois, tu avais imaginé un duo entre Maria Callas et le personnage de Beaker du Muppet Show, sur un air de Carmen de Bizet, « L’amour est un oiseau rebelle » ?
SJ Glenn avait d’abord pensé à Sesame Street, ce qui était une idée très drôle, mais qui pouvait aussi mal tourner. Mon travail était de la rendre crédible.
GM C’est le point essentiel. Notre travail porte sur la beauté, le luxe : on ne peut pas virer à la plaisanterie. Mais dans la mesure où Y/​Project vise à repousser les limites, et à mettre une touche
de bizarrerie dans tout, je crois que la musique peut apporter un peu de cette légèreté – à condition que ce soit très, très bien fait. Grâce à la Callas, même Sesame Street peut être élevé au rang du luxe.
SJ C’est la même chose avec les vêtements. C’est une affaire de déconstruction.

Tu aimes défaire les choses ?
SJ Oui, beaucoup. Souvent, je pars de grands morceaux assez complexes, et je finis par travailler sur les plus petits sons pour arriver à quelque chose de presque minimal.

Est-ce qu’il t’arrive de changer d’avis à la dernière minute ?
SJ Malheureusement oui. Je travaille et retravaille indéfiniment, mais ce n’est qu’à la dernière minute, la veille au soir, qu’on sait précisément combien de temps va durer le défilé. « Le Beau Danube bleu » était très compliqué à cause de l’alternance de moments lents et de moments rapides. N’importe quelle modification pouvait tout changer, et le morceau devenait trop court d’une minute, ou trop long de deux.
GM Le moindre son est comme une montagne de notes sur l’ordinateur de Senjan.
SJ Ce sont des heures et des heures de travail. D’une certaine façon, c’est comme le stylisme, qui est une affaire de construction et de déconstruction. Glenn et son équipe travaillent toute la nuit, et moi aussi.
GM Pour « Le Beau Danube bleu », la proposition de départ était de nature beaucoup plus musicale, et peu à peu, c’est devenu extrêmement technique. On commence avec une idée générale, et au dernier moment, tout change, à cause de looks qui n’arrivent pas, ou d’autre chose, qui nous oblige à faire des nouveaux choix.
SJ Pour la valse, j’avais d’abord travaillé sur l’intégralité du morceau, mais ça ne marchait pas bien. Alors on s’est dit : « pourquoi ne pas garder que le thème le plus connu ? » On a isolé cette partie, on l’a remixée, et peu à peu, tout s’est amélioré.

C’est donc un fonctionnement par tentatives et échecs ?
SJ C’est plutôt une question d’approfondissement. Il faut creuser de plus en plus loin, jusqu’à trouver la bonne formule.
GM On essaie d’arriver à l’essence. Quand la voix de la Callas est au maximum de sa puissance et que Senjan prolonge sa note la plus aiguë, c’est presque désagréable à écouter… Mais l’instant d’après, elle est en train de chanter la Habanera avec Beaker.

Mais, Glenn, combien de temps te faut-il pour parfaire une manche ou une jambe de pantalon ?
GM C’est le même principe : on recommence sans arrêt, ou bien on ne recommence pas, mais on continue à chercher, jusqu’à s’être débarrassé de tout ce qui est décoratif et superflu.

Vous déconstruisez jusqu’à ce que le travail ne soit plus visible ?
SJ Je compose beaucoup de musique pour le théâtre ou le cinéma, mais je fais aussi des bruitages d’oiseaux ou de vent, je crée des ambiances. Ma théorie est qu’on n’entend un son que s’il n’est pas juste. Un son, n’importe lequel, doit juste être « là » Il peut être très abstrait ou, au contraire, très réaliste, mais s’il est bon, le public ne doit même pas l’entendre.
GM Il m’arrive de déconstruire juste pour le plaisir. Ce type de vêtements n’est pas fait pour remplir une fonction primaire de survie. Nous vendons des rêves, des émotions. On aide les gens à interroger ce qu’ils sont, la manière dont ils veulent être vus, et puis c’est aussi un travail commercial. Bien entendu, c’est la fabrication qui m’intéresse en premier lieu : je veux voir jusqu’où je peux aller avec les vêtements. Mais il y a toujours quelque chose qui relève de la pure expression. Quelquefois, la question n’est même plus de savoir si le vêtement est beau, ou s’il est portable : il est d’abord artisanal, et c’est ce qui compte.

Dans la collection Femme printemps-été 2020, il y a un cardigan qui donne l’impression de flotter dans le vent. Il est brillant, léger, presque immatériel : c’est de la pure déconstruction.
GM Eh bien, pour être honnête, c’est aussi largement une question de chance. On est une petite équipe et on manque toujours de temps. C’est une pièce incroyable, mais on ne pourrait pas la produire dans quatre types de laine différentes. Il faut que la première fonctionne. Mais pour le cardigan, je savais qu’en retirant la doublure, le résultat serait formidable. Malheureusement, c’est souvent plus compliqué. Il arrive qu’on travaille énormément sur une pièce pour finalement se rendre à l’évidence que ça ne fonctionne pas.

Et Bobby Brown ? C’était un choix étonnant pour la collection Femme AH19.
GM J’avais presque oublié « My Prerogative ». Whitney aussi était dans le coup. C’est toujours lié à une anecdote.
SJ Et Britney aussi : « (You Drive Me) Crazy ».

Whitney et Britney ?
GM Un moment de folie de Britney, et une interview dramatique de Whitney. Je crois que tout est parti de la réplique culte : « Crack is whack », que Whitney avait utilisée dans une interview célèbre pour répondre à la journaliste Diane Sawyer qui l’interrogeait sur la drogue. Elle traversait une période très difficile de sa vie. Senjan s’est emparé de la phrase et en a fait un son à part entière. On était dans une phase assez mentale, cette saison-là. J’étais très influencé par un documentaire sur Whitney Houston que j’avais vu l’année précédente. À la fin, la musique me rendait assez anxieux, à cause de l’affaire Whitney/​Bobby : il y a eu de l’abus des deux côtés et je ne voulais pas que la musique du défilé soit mal interprétée. Mais il est évident aussi qu’ils étaient passionnément amoureux et que ça a pu être compliqué.
SJ Et Glenn, tu es un gosse des années 90.
GM Totalement.

Et toi, Senjan ? Comment te définirais-tu ?
SJ Je suis plutôt un gamin des années 80. J’ai fait l’impasse sur Bobby Brown et les années 90 : à cette époque-là, j’étais à fond dans la scène électro, la techno belge, la New Beat.
GM Tu es plus numérique.
SJ Oui, j’adore les nouveaux sons. J’aime tout ce qui est nouveau. Ce n’est pas que je n’aime pas les violons : j’adore aussi la musique classique. Mais je suis toujours à la recherche des nouvelles technologies, des nouveaux outils pour manipuler le son et la musique. Ce qui me rend heureux, c’est de prendre quelque chose qui existe, et de le retravailler avec tous les outils que j’ai à disposition pour le transformer en quelque chose de beau et de nouveau.

Glenn, quel était ton univers musical quand tu étais plus jeune ?
GM En réalité, je ne suis pas tellement une référence en matière musicale. J’adore Bobby Brown et Whitney Houston… mais je pense que mon éducation a été plus traditionnelle que celle de Senjan.
SJ J’ai grandi en écoutant « Einstein on the Beach ». Mon père était fan.
GM J’ai passé mon adolescence à Bruges, qui est une petite ville assez rangée. L’ambiance n’était pas spécialement révolutionnaire. J’allais dans des bars où on ne passait que de la musique populaire et des classiques de la variété flamande qu’on entend partout en province. Jusqu’à 18 ans, ma bibliothèque devait compter quatre ou cinq CD : un des Cranberries, un autre des Red Hot Chili Peppers, et sans doute un troisième du Roi Lion.

Est-ce que la musique a déjà influencé tes créations ?
GM Pas vraiment. Mon vrai réveil a eu lieu à 18 ans, quand j’ai déménagé à Gand, que j’ai rencontré les amis qui sont toujours les miens aujourd’hui et que j’ai commencé à étudier l’architecture. Je crois que j’étais assez trip hop. À la fac, j’écoutais Portishead et Massive Attack. D’ailleurs, je continue à écouter Portishead au moins une fois par semaine. À Paris, j’écoute FIP. C’est une radio que j’adore. C’est super varié. Ici, je ne ressens presque jamais le besoin d’acheter de la musique, parce que chez moi la radio est allumée sur FIP du matin au soir.
SJ Comme je fais du son toute la journée, je n’écoute jamais de musique. Même dans la voiture, c’est le silence complet.

À quoi penses-tu alors, quand tu es en voiture ?
SJ Aux sons, aux structures, aux instruments que je dois utiliser…

Est-ce qu’il t’arrive de te lasser, de te dire : « Je ne peux plus écouter ça! »
SJ Oui, surtout quand le travail de déconstruction devient plus facile. Je me dis : « Ok, j’ai déjà entendu ça un million de fois ». De temps en temps, quelque chose de nouveau surgit, mais c’est rare.
GM Je crois que nous avons tous le même problème. Tout se digère très vite, dans la musique comme dans la mode. Ce n’est pas la liberté qui est en cause, mais le sentiment de sécurité que procure le fait de suivre les tendances. Tout le monde cherche à se sentir sûr, rapide et superficiel. Il n’y a rien de plus facile que de porter un logo.
SJ En même temps, l’époque est intéressante, parce qu’on commence à toucher la limite.
GM C’est vrai. Y/​Project n’est ni évident, ni facile. Les commentaires qui ont été faits sur la marque jusqu’à présent, le prouvent. C’est amusant : certains ont dit qu’on faisait du streetwear, d’autres qu’on faisait de la haute couture conceptuelle. Il est arrivé qu’après certains défilés, on soit défini de cinq manières différentes.
SJ Mais les bonnes choses finiront toujours par remonter à la surface. Aujourd’hui, tout le monde peut rédiger une note par exemple, mais où sont les bons livres ? Tout le monde peut se servir d’une caméra, mais où sont les bons films ? C’est la même chose en musique. Tout le monde fait de la musique aujourd’hui. Les vrais DJ ont presque disparu. Tout le monde joue sa propre musique, parce que c’est simple. Mais la musique de qualité prévaudra toujours.

Vous êtes tous les deux très accrochés à ce que vous voulez vraiment. Est-ce qu’il vous arrive de l’obtenir ?
GM Mais qu’est-ce que le succès, finalement ? Dessiner des immeubles et des logos ? Être heureux et créer des choses dont on puisse être fier ? On peut ne pas faire autant de bâtiments qu’on voudrait, mais être stimulé par ce qu’on fait, s’amuser. Chacun a sa propre définition du succès et du bonheur. Pour certains créateurs, c’est de faire des immeubles et des t-shirts. Pour moi, c’est d’être en mesure de continuer à m’amuser, à expérimenter, tout en m’assurant que le projet grandit, que tout le monde peut gagner de l’argent et vivre une vie heureuse en dehors du travail.
SJ Pour moi c’est important d’avoir une vie, de savoir que je peux faire beaucoup de choses différentes, pour le plaisir, et que je n’ai besoin de rien en particulier.

Fashion is considered a visual art, but you can actually hear it. It’s in the music that makes you dance, the songs you can’t get out of your head, the sound that defines a generation. Senjan Jansen is the composer of choice for a coterie of Belgian fashion designers which includes Dries Van Noten, Haider Ackermann and Glenn Martens of Y/​Project. A composer of film scores and atmospheres, he grew up in Turnhout, a small Belgian town on the Dutch border, where his mother designed theater costumes and worked on a large loom. But fashion was the last thing on his mind when he was plucked from his life as a New Beat DJ, to compose music for Haider Ackermann’s debut Paris show. Martens and Jansen have wanted to work together for years, ever since the Bruno Pieters shows set to Jansen’s music where Martens remembers that the sound made the audience cry.

Fashion is about partnerships, so tell me about yours.
SENJAN JANSEN (SJ) Even when we start early, it can end up in a rush.
GLENN MARTENS (GM) What happens usually is that I visit the show venue and film the situation. I take pictures and I send Senjan the whole set so that he already has an idea. Then I might give him more about the vibe of the collection.

Do you look at the clothes? Are there notes?
SJ No, not really. I only see the clothes when I arrive in Paris just before the show. Normally we know what to do even
before I see the clothes, but Glenn sends me moodboard pictures and if he already has some styling, he sends me that too.

How long have you worked together?
GM We started when Y/​Project was invited as Guest Designer at Pitti last January for the Men’s FW19 show in the cloisters of Florence’s Santa Maria Novella church. So we’ve worked together for a year on four shows. Senjan usually sits somewhere in a corner of the studio for a day to watch the styling. And then he does all the file editing here. So essentially he sees the whole thing.
SJ That’s what I like to do most, sit in the atelier with Glenn and drink coffee where I can ask questions.
GM Or he just looks.
SJ Or I just do nothing…

Do people sometimes forget that you’re there?
SJ Yes, all the time. I’m in my bubble with my headphones on listening to the tracks over and over and over again.

For Pitti you obviously went to Florence beforehand to look?
GM No, he went to Florence the day before the show.

That must have been delicate.
SJ Yes. The venue is extremely important. Sometimes it’s not the music, but how it sounds in the space. For the church at Pitti, the problem was the reverberation and how big the space is. Theoretically you could play any music in a cathedral, but it wouldn’t sound good.

Because of the acoustics?
SJ Yes, the big space in the cloisters was quite hard to work with in the end. So I spaced out the sounds so there was time for reverberation.
GM There were several difficulties at Pitti. It was our first collaboration, and it was in a church where you’re not allowed to use any sounds that aren’t abstract or religious. Secondly all the windows are from the 15th century and so we couldn’t use too much base.
SJ There’s also the sound system. If you have a certain sound system, not all music will sound good on it. You can’t use a nice, full bass on a little sound system. It won’t work. So we have to pick and choose.

So you’re like a cook, spicing the composition?
GM Y/​Project is an independent brand so we’re obviously smaller than Senjan’s other clients. We can’t always get the biggest sound system.

You’ve been working together for a year now. How has that changed things?
GM I think Senjan is starting to influence how I design. We talk before the show when I’ve already drawn the clothes, but I haven’t styled them yet, so the end result can look very different. With Y/​Project of course you have all this quirkiness and opulence, but one season can be more dramatic, and the next more street. Now, for a month before the show I have his music in my head and it makes it easier. Everything begins to make more sense.

Glenn, you’re working with your own ideas for your own brand while Senjan starts with a brief. What would it be like if you switched places?
GM Y/​Project is a very specific brand because it has a heritage. We had like five stores when I arrived, but I was careful because we never had an investor and we needed those stores, also out of respect for Yohan (Yohan Serfaty, Y/Project’s original designer who passed away). Today everything has changed. This brand is completely a reflection of what I want to do with it. I want to have fun, explore all these extremes and different levels of fashion and human kind. There’s no point for me to redo this again for another brand. If I would work on another brand, it would have to have a strong and very different creative identity than Y/​Project.
SJ Every project I work on comes with ideas. And they all come from a different emotional world. If I had to choose all the music it would be very boring and stressful. I’ve made one record, it’s a dance track. But for the rest I’ve always worked for something, like for a fashion show, or a theater piece, or a television show. For me, it has more to do with people. I met Glenn before I worked with him. I liked the clothes so much that I wanted to work with him. But it doesn’t have to be like that. Sometimes you just don’t know what it’s going to be like and working together gives you something.
GM Obviously Y/​Project is not the only show Senjan is doing during Fashion Week. It gets frantic for him going from one soundtrack to the other.
SJ Well you just have to learn to shut things up, turn things on and not react to the stress of all of it because each designer must have a perfect show. I can’t do more than five and I literally fall down after Fashion Week. Everything turns black.

So Senjan, with when it comes to composing, are you always taking things apart, or putting unrelated things together?
SJ I never just play tracks. I don’t like that. We can use one track like Bobby Brown’s My prerogative” for Y/project’s FW 2019 Women’s show, but then we do things with it. We stretch it, and we make something funny out of it. Usually Glenn has a very good idea to start with and then I work it out.
GM And you can build the track, make it go much further.
SJ I find the best quality version to start with. If it’s Bobby Brown I find the original record, the vinyl. Then I record it in high quality on my computer and start to edit it. And for specific sounds in those tracks, I have a huge collection of old synthesizers and drum machines. I can recognize if a sound is from the 80s or 90s. If Bobby Brown uses a half clap, then I think: okay that’s this drum machine, so I take it out, replay the sound and record it. You can’t feel the energy if you use MP3.

What kind of music are you listening to?
GM It’s very dry at the moment. But I think that’s one of the reasons Senjan and I get along so well. There’s a lot of different eclectic vibes on my iTunes, but he has a much broader range of music and sounds than I do. So there’s never an issue when we talk together. If I talk about music from different eras, he knows what we’re talking about. Mostly I don’t know what he’s talking about, but he always knows what I’m talking about. The idea is to create something that’s as eclectic as the brand is. We can start with a sound that’s more retro and then he will completely fuck it up, turn it over and make it feel completely contemporary. He reinforces the eclecticism of that retro undertone so it’s not just a cliché of an old piece of music. I think that’s basically what the
brand is all about.

*For the Women’s SS20 show in the old club underneath the Pont Alexandre III, how did you two come up with that twisted version of Johann Strauss’ The Blue Danube” Waltz?
GM Well actually I think that was my idea. But the thing for me is that when I think of something, I really don’t have a clue if it’s possible or not. I’m thinking like: oh this could be cute.’ And then he’s the one who suffers.

Do you suffer Senjan?
SJ Yeah I always suffer, but I also like to do things that I don’t think are possible. I want to take it to the limit. For me, any idea can be a good. I hardly ever say no. After that it can go fast, but in the end it usually takes days, hours and months.

This one was really extreme
GM Yeah, we really were quite stressed about it.
SJ Not me and not Glenn really, but everyone else was.
GM Well, I think I came up to Senjan about 10 minutes before the show and said: I just don’t think this is going to be possible.’

I’m always so surprised about what goes on backstage.
SJ What’s so good about Glenn is that he goes for it. There are designers who when the boss, or somebody else, comes around and says: oh this is impossible,’ or I can’t stand it,’ will just shut it down. But the two of us always feel it’s going to be kind of great.
GM But first there’s this really bad moment when we’re like: this is either going to be really annoying or…desastrous’. The point is, I don’t want to work with an artist like Senjan just so he can make a cute little background soundtrack that I could get from a DJ. I want to create a piece d’oeuvre. It should be an experiment and ideally a happening.
SJ An experience.

How long was the SS20 women’s show?
SJ About 10 minutes.

Okay, so it was 10 minutes of unadulterated fun, like Fred Astaire and Ginger Rogers dancing together. The music went so perfectly with the clothes.
GM Yeah, that was the whole idea behind the Blue Danube Waltz, because the show was under the Alexander III bridge which was, of course, constructed during the hedonistic heyday of Paris’ la belle epoque’ era, so obviously the waltz had to be in the air. Senjan made something completely twisted and a bit surreal out of it — la belle époque on acid!

Senjan, tell me about the Men’s SS20 show when you had Maria Callas and Beaker from the Muppets perform a duet of Georges Bizet’s L’Amour est un Oiseau Rebelle” from the Carmen, the opera.
SJ Glenn came up with the idea of Sesame Street which is very funny, but also an idea that could go extremely wrong. So my work was to make it believable.
GM That’s the thing. We’re dealing with beauty and luxury. We can’t make a joke out of it. But as Y/​Project is always about pushing extremes, and finding a little bit of a twist in everything, I think music can make fun when it’s done really, really well. Even though it’s Sesame Street, the combination with Callas elevated it into luxury.
SJ The same goes for the clothes, it’s a question of deconstruction.

Do you like to take things apart?
SJ Yeah a lot. I use big tracks, but it often comes down to tiny edits of the smallest sounds.

Can you make changes at the last minute?
SJ Unfortunately I can. I work on it and work on it, but it’s only at the last minute, on the night before that we know exactly how long the show will be. The Blue Danube” was very difficult because of the way it slowed down and sped up. Any change could mean and the music would be one minute too short, or two minutes too long.
GM Every single sound is like a mountain of notes on Senjan’s computer.
SJ It can be hours and hours of work and it’s a bit like styling which is a process of constructing and deconstructing. Glenn and his team stay up all night long and so do I.
GM With The Blue Danube”, the first proposition was much more musical, and then it became super technical. We start with a general idea and then it changes at the last minute because looks don’t arrive, or something else happens. We’re making changes.
SJ For the waltz, at first I stretched the whole piece, but it didn’t work well. So then we thought: why not just take the loop, the most well-known part?’ So we moved that around, stretched it, and found it was getting better and better.

So it’s trial and error?
SJ It’s more like analysing deeper and deeper until we find the right thing.
GM We’re trying to get to the essence. When Callas is shouting like crazy and Senjan prolongs her highest note, it’s almost uncomfortable to listen to, and then she ends up singing the Habanera with Beaker.

But Glenn, how long does it take you to perfect a sleeve or a pant leg?
GM It’s similar. We also keep on redoing it, or not redoing it, but going deeper until we get rid of everything superfluously decorative.

You deconstruct until the work becomes invisible?
SJ I do a lot of soundtracks for theater and film, but I also edit bird sounds and wind sounds for cinema. I create atmospheres. The point is, you don’t hear a sound unless it’s wrong. A sound, any sound, has to be just there. It can be very abstract, or very real, but when it’s good, the audience doesn’t hear it.
GM Sometimes I deconstruct just for the fun of it. These clothes aren’t here to fill the basic needs of survival. We’re selling dreams and emotions. We help people confront who they are, or how they want to be seen and it’s also a business. Of course I’m really focused on construction, how far I can go with clothes. But some of this is just pure expression. And there are times when it doesn’t even matter if it’s beautiful, or wearable, it’s just artisanal.

There’s a cardigan in your SS20 women’s collection that looks like it’s blowing in the wind. It’s brilliant, effortless, and it’s a complete deconstruction.
GM Well that’s mostly a question of luck to be honest. We’re a small team and obviously we don’t have much time. We can’t produce this amazing piece in four different kinds of knit. The first one has to work, but I knew with the cardigan that if I took out the lining it would be great. Unfortunately it’s often a lot trickier than that. We can do a lot of work and then think: this isnt working’.

And how about Bobby Brown? That was such an unusual 80s choice for your FW19 Women’s show.
GM I almost forgot about My Prerogative.” Whitney’s in there too. There’s always an anecdote.
SJ And Britney’s there as well: “(You Drive Me) Crazy”.

Whitney and Britney?
GM Britney has a crazy moment and Whitney has a very dramatic interview. I think it all started with the iconic Crack is whack’ — the phrase that Whitney famously used to respond to interviewer Diane Sawyer when asked about about drugs. She was at a very low point in her life and Senjan took that and made a whole sound out of it. We were a bit mental that season. I was
influenced by a documentary I’d seen about Whitney Houston the year before. In the end I was a bit stressed about the music because of the whole Whitney/​Bobby issue. They had been a bit abusive to each other and I didn’t want anyone to take the show’s music the wrong way. But it’s obvious they were also passionately in love and that can be complicated.
SJ And you are a 90s kid Glenn.
GM I am.

How would you describe yourself Senjan?
SJ I’m more of an 80s kid. I skipped Bobby Brown and the 90s. I was completely into the electronic techno scene in the 90s, Belgium’s New Beat.
GM You’re more digital.
SJ Yeah I like new sounds. I like everything that’s new. It’s not like I don’t like violins. I love classical music, but I’m searching for new technology and new things to manipulate sounds and music. What makes me happy is taking something that exists and turning it over with all the tools I have to transform it into something beautiful again.

What did you go through musically when you were growing up Glenn?
GM Actually I’m not the biggest music guy. I mean I love Bobby Brown and Whitney Houston… I think my upbringing was more traditional than Senjan’s.
SJ I grew up listening to Einstein on the Beach.” That was my dad’s favorite.
GM It wasn’t so revolutionary when I was a teenager in a conventional little city like Bruges. I was going to bars where all they played popular music and the classics like the really random music you can find anywhere in the Flemish countryside. Until I was 18 I had maybe five CDs and one of them was The Cranberries, the other was The Red Hot Chili Peppers and the third was probably The Lion King.

Did music ever influence your clothes?
GM Not really. My awakening was turning 18 and moving to Ghent, meeting the friends I still have now and studying architecture. I think I was a bit of a Trip Hop guy. My sound at university was Portishead and Massive Attack. I still listen to Portishead at least once a week. In Paris I listen to FIP radio. I think it’s amazing. It’s super eclectic. I hardly have the urge to buy music now because at home FIP is on from morning till night.
SJ Since I work with sound all day, I never listen to music. Even in the car, it’s just silence.

So what are you thinking about in the car?
SJ Structures and sounds, which instruments to use.

Do you ever get bored, and say: I can’t listen to that any more!’
SJ Yeah, especially when the deconstruction process is becoming easier and easier. I’m like: okay, I’ve already heard this a million times. Once in a while something new pops up, but it’s rare.
GM I think we all have the same problem. Everything is so easy to digest in music just as it is in fashion. Freedom isn’t the problem. It’s the sense of security that comes with following hype. Everyone wants to stay superficial, fast and safe. There’s nothing easier than wearing a logo.
SJ But this is also a very interesting time because we’re getting closer to the edge.
GM It’s true we’re reaching our limit. Y/​Project is not so straightforward and easy. The reviews we’ve had in the past are funny: one would say we’re streetwear, another would say it’s couture and conceptual. In one show we’d be defined five different ways.
SJ But the good things will always rise to the surface. It’s like everybody can write a note today, but where are the good books? Everybody can film with a camera, but where are the good films? It’s the same thing in music. Everybody makes music now. Real DJs are almost disappearing. Everybody plays their own music because it’s easy, but good music will still prevail.

Both of you are holdouts for what you want. So do you even have what you want?
GM What even is success? Is it making buildings and logos? Being happy and creating things that you’re proud of? Perhaps you’re not making as many buildings as you’d like,
but it’s exciting and you’re having fun. Everybody has their own definition of success and happiness. For certain designers it’s about making buildings or T-shirts, but for me it’s about being able to keep on doing fun things and experimenting while making sure that we actually grow and that people can earn money and live a happy life off of it.
SJ For me it’s also important to have a life, knowing that I can do a lot of different, fun things and that I don’t need anything in particular.

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