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Guru

Exhibition

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Rebecca Voight

Guru Issue

Author
Rebecca Voight

Plus d’un designer en herbe en a fait l’expérience : quand elle était bonne, elle était la bonté même ; quand elle était mauvaise, elle vous poussait aux larmes. C’est à la regrettée Louise Wilson, qui a dirigé pendant plus de vingt ans le prestigieux master de Mode de la Central Saint Martins, que l’on doit l’émergence de quelques-uns des plus illustres noms de la mode contemporaine : Kim Jones Phoebe Philo, Hussein Chalayan, Stella McCartney, Simone Rocha, Christopher Kane, le nouvel enfant prodige londonien Craig Green, l’étoile montante sud-coréenne Rock Huang (de Rokh), ou encore Alexander McQueen – pour ne citer qu’eux. Plusieurs fois décrites par son ancienne patronne à CSM, Jane Rapley, comme une « faiseuse de stars » et un « monstre merveilleux », Louise Wilson ne laissait personne indifférent. Sa mort prématurée en 2014, à 52 ans, peut être considérée comme un tournant dans l’histoire de la mode, tant il est peu probable que sa façon d’enseigner se retrouve de sitôt : il y a un avant et un après Louise Wilson.

Je n’ai jamais eu la chance de la rencontrer, ni même de l’apercevoir à travers la foule d’un lieu forcément bondé. Mais les histoires que j’ai pu entendre à son sujet, ainsi que la régularité avec laquelle des talents de premier ordre sortaient de son Master, avaient depuis longtemps éveillé mon intérêt. Pour moi qui étais toujours à l’affût de nouvelles de Wilson, sa disparition a été soudaine et brutale. Elle s’est éteinte dans son sommeil au cours d’une visite chez sa sœur en Écosse, après s’être battue contre un cancer du sein, et alors qu’elle avait enduré, déjà, une opération du cerveau, à la suite d’une tumeur qui lui avait coûté un œil. Invariablement vêtue de cachemire noir, Wilson se définissait elle-même comme une femme « grosse ». Elle avait l’honnêteté brutale, l’extraordinaire exigence d’une battante et d’une survivante. Elle en avait aussi l’humour dévastateur.

De toute évidence, Louise Wilson avait le don de repérer les talents parmi les candidats au Master de CSM, qui sous son magistère recrutait une douzaine d’étudiants par promotion. Mais elle ne se contentait pas de les déceler : en démiurge intrépide, elle les transformait. Elle scrutait attentivement chacun d’entre eux tout au long de l’année de Master, jusqu’au défilé de diplôme qui avait lieu chaque mois de Février pendant la fashion week de Londres – le point d’orgue de la formation, orchestré par Wilson elle-même. Une fois leur essence percée à jour, elle bousculait ses étudiants, les encourageait, les harcelait, et les modelait selon l’idée précise qu’elle se faisait de ce qu’ils devaient être. Une telle opération n’avait rien d’agréable – et je n’ose pas imaginer ce qu’ont vécu ceux qui ne la satisfaisaient pas.

C’est en lisant une interview de Wilson dans un magazine que Rock Huang a décidé de partir pour Londres et de tenter la Central Saint Martins. À l’issue de son Master, Huang décroche un poste chez Céline auprès de Phoebe Philo. Il crée sa marque pour femmes, Rokh, en 2016. Sur l’influence de Wilson, le discours de Rokh est univoque :

« À l’origine, j’étais intéressé essentiellement par la mode masculine, mais Louise Wilson m’a ouvert les yeux. Elle m’a poussé à faire du féminin parce qu’elle était convaincue que ce serait parfait pour moi. Je l’ai écoutée, et j’ai découvert toute une palette d’éléments (tissus, couleurs, etc.) avec lesquels je pouvais jouer pour souligner la beauté féminine. D’une certaine façon, elle m’a libéré. Dans la mode masculine, une certaine extravagance’ est impossible parce qu’elle est tout de suite excessive. »

Tuomas Laitinen, maître de conférence à l’université d’Aalto, à Helsinki, depuis 2006, s’est présenté au Master de CSM en 2004. Il était en stage chez un designer masculin à Paris lorsqu’il a été convoqué pour son entretien. « Ma colocataire était norvégienne, c’était une amie de Thomas Persson, qui a dirigé la revue Acne Paper et qui est aujourd’hui directeur artistique chez L’Uomo Vogue. Comme il était passé par CSM, je suis allé le voir, et il m’a dit : « Alors tu vas rencontrer Louise ? ». C’était une sorte d’entrée en matière. Je me rappelle m’être demandé : « Qui est cette femme ? ». Le jour de mon entretien, en patientant dans les couloirs du bâtiment de Charing Cross Road, j’étais extrêmement nerveux. Au bout d’un moment, j’ai entendu quelqu’un pleurer. Louise criait de sa voix tonitruante : « Vous pouvez toujours pleurer si ça vous fait du bien, mais vous savez, ce n’est pas ça qui va vous faire rentrer ! ». La fille est sortie en larmes. Je suis rentré à mon tour, et Louise a dit : « Oh my, qui voilà encore !? ». Alors je me suis mis à rire. Elle m’a demandé : « Pourquoi vous riez ? » et j’ai répondu : « Parce que vous êtes drôle ». Et bizarrement, le contact est passé.

En réalité, elle m’a aussi fait pleurer, souvent, comme tout le monde. Avec elle, c’était un peu comme s’il fallait d’abord briser les individus, pour ensuite recoller les morceaux. Mais d’une manière générale, je comprenais son sens de l’humour et j’arrivais à lui parler.

Quand je me suis assis pour mon entretien, elle était en train de consulter d’autres dossiers de candidature posés sur son bureau. Avec son feutre magique, elle dessinait sur les photos des candidats. Sur certains d’entre eux, elle écrivait : « Sûrement pas. » Elle a pris mon book, l’a entrouvert, puis elle m’a dit : « Je sens que ça va être dégueulasse. Est-ce que je dois vraiment l’ouvrir ? Vous voulez vraiment que l’ouvre ? Non, vous ne voulez pas que je l’ouvre. » Puis elle a commencé à le parcourir, et au fur et à mesure, elle disait : « Vous ne savez pas découper, vous ne savez pas dessiner, vous ne savez pas coudre. Est-ce que vous savez baiser, au moins ? »

C’était brutal, mais elle cherchait avant tout à produire une réaction, alors j’ai ri. Puis nous avons commencé à parler de la créatrice Carol Christian Poell, et de quelques pièces Margiela que je portais. Au bout d’un moment, elle a dit : « Ok, terminé. Est-ce qu’on vous met un oui ? Est-ce qu’on vous met ce putain de oui ? ». J’ai répondu : « Bah ouais ». Alors elle a écrit un gros oui’ sur ma feuille, et m’a dit d’aller me faire foutre. Je n’arrivais pas à savoir si elle était sérieuse ou non.

Louise avait une sorte d’annuaire de contacts, et pendant ma première semaine à l’école, elle me lançait régulièrement des noms au hasard pour voir si je savais de qui il s’agissait. J’ai gagné son respect parce que je connaissais mon truc. Nous avons tous notre façon de communiquer ; c’était la sienne. C’est comme ça qu’elle faisait passer son message. »

Au cours de la dernière décennie, Laitinen a fait de la filière mode de l’Université d’Aalto, et de son défilé annuel des étudiants de Master à Näytös, le véritable tremplin des jeunes talents d’Helsinki. Le séminaire qui l’accompagne est l’occasion d’échanges à bâtons rompus entre des personnalités de premier ordre, devant un public venu des quatre coins de la planète mode. Chaque année, la douzaine de diplômés du Master d’Aalto est hameçonnée par les équipes de création des plus grandes marques du monde – LVMH, Kering, Prada… – et le Finish Fashion Showcase d’Helsinki, qui se tient au même moment, est devenu une sorte de fashion week intimiste. L’école a réussi à placer la Finlande sur la carte de la mode internationale, et à faire d’Helsinki une sorte de version scandinave d’Anvers. Enfin, depuis que Laitinen pousse ses étudiants à y participer, des diplômés d’Aalto apparaissent chaque année au palmarès de la compétition du Festival International de la Mode, de Photographie et d’Accessoires de Hyères ; Siiri Raasakka, Tiia Siren et Elina Laitenen y ont ainsi été primés en 2012, et Satu Maaranen y a remporté le grand prix en 2013.

On serait tenté de dire que Laitinen fait partie de ces professeurs qui ont repris le flambeau laissé par Louise Wilson, mais la réalité est un peu différente. Cinq ans ont passé depuis sa mort, et le monde de la mode a changé, radicalement. Le style de Wilson, dans lequel le professeur modèle ses étudiants comme de la glaise, leur fait violence et les pousse à devenir de plus grandes versions d’eux-mêmes, est devenu presque tabou. « Je ne peux pas être comme Louise, dit Laitinen, ce n’est pas dans mon caractère. Je peux être très dur, très exigeant, mais je ne vois pas l’intérêt d’humilier ou de faire pleurer les étudiants. »

L’époque où une grande maîtresse de la mode comme Louise Wilson répandait sur ses étudiants un amour vache, dur, brutal, pour les préparer à une industrie de la mode hypercompétitive – cette époque est révolue. Mais le monde de la mode, lui, est resté dur, et il l’est même devenu de plus en plus.

« Quand j’ai lancé mon label en 2006, la situation était déjà difficile, explique Laitinen. Mais aujourd’hui, les créateurs n’ont plus le droit à l’erreur, ils ont à peine le droit de se former. Dès la sortie de diplôme, il faut être à un niveau de fou. C’est une compétition permanente pour que les collections finissent impérativement dans telle ou telle boutique, dans telle ou telle revue. Les créateurs eux-mêmes doivent avoir une certaine apparence. Il n’y avait pas autant de pression il y a vingt ans, quand un créateur pouvait être gros et porter un t-shirt. Aujourd’hui, le recrutement à l’embauche ressemble à un casting pour une campagne photo. Mon amie Demna Gvasalia, qui est directrice artistique chez Balenciaga, est très charismatique, mais presque tout le monde dans le milieu a une gueule de magazine. »

Pour Lutz Huelle, qui dirige son propre label éponyme à Paris et vient de prendre la tête de la création chez Delpozo Espagne, Louise Wilson est surtout la professeure qu’il a failli avoir. « Je venais de finir ma licence à Saint Martins et Louise m’a proposé de passer l’entretien pour le Master. J’ai préféré entrer chez Margiela à Paris, mais nous sommes devenus très bons amis. Trois ans plus tard, quand j’ai quitté mon poste, elle m’a proposé de revenir pour enseigner », raconte Huelle. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à faire des allers-retours entre Paris et Londres, pour des projets d’enseignement spécifiques à CSM. Il continue aujourd’hui de travailler avec le successeur de Wilson, Fabio Piras. « Louise est l’une des personnes les plus extraordinaires que j’ai rencontrées, parce qu’elle n’hésitait jamais à dire les choses telles qu’elles sont », explique-t-il. « Il arrivait qu’elle blesse les gens par sa manière de parler, mais elle ne le faisait jamais dans l’intention de blesser, toujours dans l’intention d’aider. »

Huelle reconnaît cependant que les méthodes de Wilson seraient inapplicables aujourd’hui. « Il y a certaines choses qu’elle disaient aux étudiants qui seraient totalement inenvisageables maintenant, même si c’est grâce à elle que beaucoup de gens sont devenus ce qu’ils sont. Ce qui était très particulier avec elle, c’est qu’elle se souciait sincèrement, profondément, de ses étudiants. Son engagement affectif était parfois presque excessif. Elle s’efforçait toujours de son mieux, parce que pour elle, ce n’était pas seulement un travail, c’était sa vie. Son autre particularité, c’est qu’elle a continué à travailler comme créatrice pendant qu’elle enseignait. Elle travaillait pour Donna Karan en même temps qu’elle avait la charge du Master, ce qui lui donnait des connaissances incroyablement actuelles, y compris en termes de réseau. »

L’Autrichien Norbert Stumpfl, nouveau directeur de la création chez Brioni et qui compte à son CV des collections masculines chez Berluti avec Haider Ackermann, chez Louis Vuitton avec Kim Jones, ou chez Lanvin avec Lucas Ossendrijver, se souvient encore de certains projets avec Huelle pendant son Master à Saint Martins, sous la direction de Louise Wilson.

« Louise avait sélectionné cinq ou six étudiants qui avaient le droit de travailler avec Lutz. Il nous a demandé de produire une veste en trois jours, mais le design devait commencer par les manches. C’était incroyablement difficile et inhabituel, même pour nous. Ce genre de disruption, cette façon de faire varier l’angle d’approche, d’être ouvert à la nouveauté, de ne pas se reposer sur ses lauriers et d’être curieux du monde, c’est ce que Louise nous enseignait. »

Stumpfl avait mené sa barque en licence à CSM, mais il a d’abord vécu le Master comme un échec. « Louise me faisait tout remettre en question. Elle disait : « Tu sais dessiner, mais il y a d’autres choses auxquelles tu dois penser, par exemple : quel est le but de ce portfolio ? ». C’étaient des choses auxquelles je n’avais jamais pensé. Louise m’a complètement détruit, puis elle m’a reconstruit et fait de moi un meilleur designer. Les rendez-vous que j’ai eus avec elle font partie des plus difficiles de ma vie. Aujourd’hui, quand je pense à certains rendez-vous de travail, je les vois comme un jeu d’enfant. Je me souviens qu’à l’école, elle avait trois salles. L’une d’entre elles était sa préférée, dans laquelle elle mettait les étudiants qui réussissaient le mieux. Peut-être qu’elle nous testait, pour voir si on aimait suffisamment notre métier pour affronter la partie difficile du boulot. La mode, c’est un monde qui a l’air glamour, mais qui est très difficile. On donne de soi, et on se sent extrêmement vulnérable quand on présente ses créations à un studio ou qu’on les lance sur le marché. Ce que Louise nous a vraiment appris, c’est à croire en quelque chose, à le défendre, à défendre notre cause et à ne pas s’effondrer. »

« À l’école, Louise me terrifiait, confie Thomas Persson, directeur artistique chez L’Uomo Vogue. Elle était ma prof quand j’étais en Master journalisme, mais elle ne s’impliquait jamais directement avec les journalistes. Il fallait l’approcher soi-même. Mais comme, chaque fois que je passais dans le couloir, je l’entendais crier de sa grosse voix, je n’osais jamais me présenter à son bureau, malgré tous les éloges qu’on me faisait d’elle. C’est seulement après mon diplôme qu’elle m’a vraiment pris sous son aile. Elle cherchait vraiment à tirer le meilleur de ses étudiants. Quand je l’ai interviewée pour le magazine Self Service en 2012, j’ai pu lui poser enfin toutes les questions que j’aurais aimé lui poser quand j’étais étudiant, mais dans un rôle professionnel, qui me convenait beaucoup mieux. C’est elle qui a lancé l’interview en me demandant : « Pourquoi tu n’es jamais venu dans mon bureau quand tu étais étudiant ? ». J’ai répondu : « Parce que j’avais peur de toi », et elle m’a dit : « Eh bien, c’était de ta putain de faute. » »

Craig Green, 33 ans et sans doute le designer de mode masculine le plus visionnaire de sa génération, a lancé sa marque éponyme en 2013, directement après avoir validé son Master à CSM. Rêvant de peinture ou de sculpture, Green n’avait « jamais acheté un magazine de mode » avant sa licence à Saint Martins, et il envisageait une autre école pour son Master quand Fleet Bigwood (le responsable des impressions en Master) l’a emmené dans le bureau de Louise pour une interview. « Louise m’a donné un DVD de Valentino: The Last Emperor, parce qu’elle était choquée que je ne l’aie jamais vu, et m’a dit d’aller le regarder tout de suite, et de revenir à la fin de la journée pour lui dire ce que j’en avais pensé. Par chance, quand je suis revenu la voir, j’ai dû dire ce qu’il fallait, et j’ai décroché une place en Master avec une bourse d’études ! »

« Louise m’a appris beaucoup de choses, mais parmi les règles d’or, qui sont vraiment restées gravées en moi et que j’essaie d’appliquer dans tout ce que je fais, il y a celle de ne pas être trop précieux’, et que le temps qu’on passe à créer quelque chose n’est pas un critère de qualité. S’il est important de constamment se remettre en question, c’est parce que rien n’est jamais achevé. Louise nous a appris qu’être mal à l’aise vis-à-vis de ce qu’on produit est une bonne chose, qui veut souvent dire qu’on tient quelque chose de nouveau, que l’on n’a jamais vu ou dont on n’a jamais fait l’expérience auparavant. »

Dans son hommage à Wilson pour le magazine AnOther, le directeur artistique de Dior Homme Kim Jones raconte qu’il a gardé certaines notes écrites par Louise à l’attention des étudiants lorsqu’il était en Master. Wilson et Jones sont devenus amis par la suite. Comme Huelle, il est intervenu dans ses cours, et a même passé des vacances avec elle à Bali. « Dans des situations difficiles, je me demande toujours : « Que ferait Louise ? » », confie-t-il. Ce qu’il faut faire, l’une des notes d’ « instructions » de Wilson pour ses étudiants, que Jones a conservée, le dit :

« Croyez en votre putain de force. Ne dormez pas de la nuit. Quittez vos putain d’habitudes de travail. Apprenez le putain de bon moment pour l’ouvrir. Collaborez. Ne procrastinez pas. Dépassez vos putain de limites. Continuez d’apprendre. La forme vient après la putain de fonction. L’ordinateur est un putain de Lite-Brite pour les mauvaises idées. Trouvez la putain d’inspiration partout. Travaillez votre foutu réseau. Éduquez votre putain de client. Faites confiance à vos putain de tripes. Demandez de l’aide. Travaillez durable. Remettez tout en question. Ayez un foutu concept. Apprenez à encaisser les putain de critiques. Intéressez-moi. Utilisez un putain de correcteur orthographique. Menez vos putain de recherches. Esquissez plus de foutues idées. Le problème contient la putain de solution. Pensez à toutes les putain de possibilités. »

– Traduction t.r.

When she was good, she was very, very good, and when she was bad, she drove aspiring fashion designers to tears. Louise Wilson, celebrated head of the MA Fashion Design course at Central Saint Martins for over twenty years, kickstarted the careers of some of the most celebrated names in fashion today: Kim Jones Phoebe Philo, Hussein Chalayan, Stella McCartney, Simone Rocha, Christopher Kane, London’s current wunderkind Craig Green, South Korean rising star Rok Huang of Rokh and Alexander McQueen to name a few. Described at various times as a star maker” and a marvelous monster” by Jane Rapley her former CSM boss, Wilson left no one indifferent. Her untimely death, aged 52, in 2014, can be considered a true fashion moment with its own before and after because teaching fashion Louise Wilson’s way is not something we’re likely to see again anytime soon. 

I never had the chance to meet Wilson, or even observe her across a crowded room, but the stories I heard about her and the regularity with which her MA course churned out top talent peaked my interest. I was always on the lookout for news about Wilson, and then suddenly, she was gone. She passed away in her sleep while visiting her sister in Scotland after battling breast cancer, and previously she’d endured brain surgery to remove a tumor that cost her an eye. Wilson was a woman who described herself as fat” and was invariably dressed in a uniform of black cashmere. A feisty survivor, she was always brutally honest, incredibly demanding, and by all accounts devastatingly funny. 

Obviously Louise Wilson knew how to pick the most talented applicants which for the CSM MA during her tenure numbered about a dozen students, but beyond that she was a fearless transformer. She peered inside each one of them over the year-long MA which ended with the graduation fashion show held during London fashion each February, the highlight of the course orchestrated by Wilson. Once she’d found their essence, she’d bully, encourage, demand and reshape her students into her precise idea of what they should be. This was not a gentle process and I shudder to think of the experience for those who didn’t please her.

It was a magazine interview with Wilson that motivated Roc Huang to move to London and attend Central Saint Martins. After his MA, Huang landed a job working with Phoebe Philo at Céline. He created his women’s brand Rokh in 2016 and remains categoric on the subject of Wilson’s influence. 

In the beginning I was interested in menswear, but Louise Wilson opened my eyes. She directed me to do womenswear because she was persuaded that it would be perfect for me. I listened to her and discovered the many possibilities (fabrics, colors and other elements) I could play with to enhance feminine beauty. In a way, she liberated me. In menswear extravagance’ was impossible for me because it quickly becomes too much.’”

Tuomas laitinen, senior lecturer at Helsinki’s Aalto University since 2006, applied for the Saint Martins MA in 2004. He was interning in Paris for a menswear designer when he was invited to London for his interview. My roommate was Norwegian and her good friend was Thomas Persson, who became the editor of Acne Paper and is now Creative Director of L’Uomo Vogue. He’d been to CSM so I met him and he said: Well now you’re going to meet Louise.’ It was a kind of introduction and I remember thinking: who’s this woman?’ I was super nervous waiting in the corridor in the school’s Charing Cross Road building and then I heard someone crying. Louise was shouting in her booming voice: you can just cry if it makes you feel better, but you know, it’s not going to get you in.’ The girl walks out crying, I walk in and Louise says: oh my, who have we got here?’ And I just started laughing. And she asks: why are you laughing?’ and I said: because you’re funny’. So oddly enough, we clicked. 

She did make me cry many times, like she did everybody, because with her it was almost like you break someone first and then put them back together, but in general, I got her sense of humor and I could speak to her.” I sat down for my interview and She had other people’s application forms on her desk and with a magic marker she’d draw on people’s faces, writing on some of them: hell no.’ She took my book, started to open it and said: this is going to be a shit show. Should I open it? Do you want me to open it? No, you don’t want me to open it. Then she started browsing my book and she was like: you can’t cut, you can’t draw, you can’t sew. Can you even fuck?’

She was brutal, but she was just trying to get a reaction and I laughed. Then we started talking about the designer Carol Christian Poell and some Margiela I was wearing; And after that she said: okay time’s up. Should we mark you a yes? Should we mark you a fucking yes?’ And I said: well Yeah.’ And then she marked a big yes on my paper and told me to fuck off. I didn’t even know then if she meant it or not. 

During my first week of school Louise had this telephone book list of names, and she would throw names at me to see if I knew who they were. I got her respect because I knew my shit. We all have our ways to communicate and that was hers. That was how she got her message through.”

Over the past decade, Laitinen has transformed Aalto University Fashion department and its annual Näytös MA student fashion show into the launch pad for talent from Helsinki with a conference for frank discussions that draws key personalities and an audience from throughout the fashion world. Each year, Aalto MA’s dozen graduates are snapped up for the design staffs of the world’s top brands at LVMH, Kering, and Prada and Helsinki’s Finnish Fashion Showcase, held at the same time, functions like an intimate fashion week. The school has effectively put Finland on the international fashion map and turned Helsinki into something like a Nordic version of Antwerp. And over the years that Laitinen has pushed his students to participate, Aalto grads have also popped up every year on the short list of France’s Hyères International Fashion, Accessories and Photography Festival competition where Siiri Raasakka, Tiia Siren and Elina Laitenen won in 2012 and Satu Maaranen took the top prize in 2013. 

You could say Laitinen has been one of the teachers who has taken on where Louise Wilson left off, but that’s not exactly it. In the five years following her death, the fashion world has changed, dramatically. Wilson’s style where the teacher shapes her students like clay, bullies and dares them to become grander versions of themselves, has become almost taboo. I can’t be Louise,” says Laitinen. It’s not in my character. I can be super tough and demanding, but I don’t see the point of reducing people to tears.” 

The days when a star fashion teacher like Louise Wilson dispensed a kind of brutal and bitchy tough love to her students to prepare them for the hypercompetitive fashion industry are over. But the fashion world remains tough and has grown increasingly so. 

The situation was already difficult when I launched my own label in 2006, says Laitinen. But today, designers are hardly allowed to grow, and they’re not allowed to make mistakes. After graduation you already have to be at some crazy high level. It’s a game where the collection has to be in certain stores, in certain magazines. And the designer has to look a certain way. There wasn’t as much pressure in 2000 when a designer could just wear a T-shirt and be fat. Today the hiring process resembles the casting for a fashion shoot. My friend Demna Gvasalia, the Creative Director of Balenciaga, is very charismatic, but almost everybody else are like poster boys and girls.”

For Lutz Huelle, who designs for his own eponymous Paris-based label and is the new creative director of Spain’s Delpozo, Louise Wilson was the teacher he almost had. I’d completed my BA at Saint Martins and Louise invited me to interview for the MA. I joined Margiela in Paris instead, but we became really good friends. Three years later, after I’d left my job, she asked me to come back and teach,” says Huelle. He commuted from Paris to London for special teaching projects at CSM and continues to work with Wilson’s successor Fabio Piras. Louise was one of the most incredible people I have ever met because she had absolutely no problems telling it exactly like it was,” says Huelle. She could hurt people by saying some of the things she did, but she never wanted to hurt anyone, she only wanted to help.” 

Huelle concedes however that the way Wilson taught would not work today. Some of the things she said to students would be completely impossible now, even though she made so many people become who they are. What was special about her was that she cared deeply. She became almost too emotionally involved. She really felt she needed to do her best because for her it wasn’t just a job, it was her life. And what was also special about her was that she was still working as a designer while she taught. She worked at Donna Karan even while she was doing the course so she had this incredible active knowledge and she knew so many people.” 

Austrian Norbert Stumpfl, Brioni’s new design director with a resumé that includes menswear for Berluti with Haider Ackermann, Louis Vuitton with Kim Jones, and Lanvin with Lucas Ossendrijver, still remembers design projects he did with Huelle during his MA at Saint Martins with Louise Wilson.

Louise selected five or six students who were allowed to work with Lutz. He asked us to produce a jacket in three days, but the design had to start with the sleeve. That was so difficult and new, even for us. This kind of disruption, taking things from a different angle, to be open to new things, not take yourself for granted and to be curious about the world, that’s what Louise taught us.”

Stumpfl had sailed through his BA at CSM, but found himself failing in the MA at first. She made me question everything; She said you can draw, but you have to think about other things like why you’re using this portfolio.’ These were things I’d never thought of before. Louise completely destroyed me and then she built me into a better designer. The meetings I had with her were some of the most difficult I’ve ever had in my life. Now when I think about work meetings, it seems like children’s play. I remember she had three rooms. She had one favorite room and she placed the people who did very well in that room. Maybe she was testing us to see if we really loved it enough to take the hard work. Fashion is a business that sounds glamorous, but it’s a hard business. You give yourself and you feel very vulnerable when you show your designs to the studio and present them to the market. What Louise really taught us was to believe in something, defend it, stand up for ourselves and not break down.”

I was terrified of Louise at college, says Tomas Persson, Creative Director of L’Uomo Vogue. She was my professor as I was on the MA as a journalist, but she really didn’t get directly involved with the journalists. You had to approach her. Every time I walked down the corridor I’d hear her booming voice shouting so I never dared go into her office even though everyone was talking about how wonderful she was. She really only took me under her wing after I graduated. She was there to extract the best from her students. When I interviewed her for Self Service magazine in 2012 I was able to ask her all the questions I had wanted to ask her as a student in the role of a professional which was much better for me. The interview began with her asking: why didn’t you come into my office when you were a student?’. And I replied: because I was too scared of you.’ And then she said: well that was your own fucking fault.’”

Craig Green, 33, arguably the most visionary menswear designer of his generation, launched his eponymous brand in 2013, directly after completing his MA at CSM. Having dreamed of painting or sculpture, Green had never bought a fashion magazine” before his undergraduate studies as Saint Martins and he was considering another school for his MA when Fleet Bigwood (Print Tutor of the MA course) brought him to Louise Wilson’s office for an interview. Louise gave me a DVD of Valentino: The Last Emperor“ (as she was shocked that I had not seen it) and told me to go and watch it and come back at the end of the day to tell her what I thought. Luckily, when I came back to see her, I must have given the right answer and I was offered a place on the MA course and awarded a full scholarship.” 

Louise taught me many things, but the key things that stuck with me and that I try to apply in what I do now is to never be too precious and just because something takes a long time to create it doesn’t necessarily mean it’s good. It is important to constantly question everything as nothing is ever finished. Louise taught us that if you ever feel uncomfortable about what you are creating this is good as it often means it is something new and something that you haven’t seen or experienced before.”
In AnOther magazine’s tribute Wilson after her death, Kim Jones, Artistic Director of Dior Men, revealed that he still keeps notes she wrote to students during his year. Wilson became a friend to Jones, and like Huelle, he tutored for her class and vacationed with her in Bali. In tough situations I always ask myself , what would Louise do?,’” he recalled. The text from one of Wilson’s to do’ notes for students kept by Jones says it all: 

Believe in your fucking self. Stay up all night. Work outside of your fucking habits. Know when to fucking speak up. Fucking collaborate. Don’t fucking procrastinate. Get over your fucking self. Keep fucking learning. Form follows fucking function. A computer is a Lite-Brite for bad fucking ideas. Find fucking inspiration everywhere. Fucking network. Educate your fucking client. Trust your fucking gut. Ask for fucking help. Make it fucking sustainable. Question fucking everything. Have a fucking concept. Learn to take some fucking criticism. Make me fucking care. Use fucking spell check. Do your fucking research. Sketch more fucking ideas. The problem contains the fucking solution. Think about all the fucking possibilities.”

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