You are using an outdated browser.
Please upgrade your browser to improve your experience.

Disruption

Exhibition

I want

Riccardo Tisci

Disruption Issue

Avez-vous une idée de la manière dont votre cerveau fonctionne, notamment quand vous créez ?

Je ne sais pas bien comment mon cerveau
fonctionne, mais ce que je ressens est certainement plus de l’ordre de l’émotion. Je crois beaucoup à l’instinct, aux émotions. Quand je vois quelque chose qui déclenche une impulsion créative dans mon esprit, je ne sais pas l’expliquer, cela crée une connexion émotionnelle profonde, quelque chose qui se déroule dans mon coeur plutôt que dans mon cerveau. Vous voyez, cette sensation de légèreté dans le ventre qui vous dit que quelque chose d’incroyable est en train de se produire juste devant vous, quelque chose d’impressionnant qui vous noie dans une myriade de sentiments. L’émotion est toujours la base de ma création. Enfin, j’essaie de donner une structure plus réfléchie à tout cela. J’imagine que c’est ici que ma raison et mon cerveau entrent en action : cela part d’une idée folle, une émotion et cela devient plus concret en cours de route.

Comment décririez-vous votre processus créatif, avez-vous l’impression qu’il se passe quelque chose dans votre cerveau ?

Mon processus créatif est très visuel. Je suis quelqu’un qui pense et travaille par rapport à des références. Je vois le monde de la mode et la beauté en général à travers ce prisme : si quelque chose renvoie à un tableau d’une certaine époque ou à une architecture particulière, la référence me saute souvent aux yeux. Et comme l’oeil est lié directement au cerveau, je dirais que j’ai une forme particulière d’empreinte dans le cerveau quand je travaille. Les choses que je vois et qui m’influencent beaucoup, les idées visuelles qui sont généralement la base de tout mon travail sont comme des coups de tampon. Tout se passe comme si, lorsque je vois quelque chose, la trace laissée est si profonde qu’elle doit ressortir d’une manière ou d’une autre.

Pensez-vous que le processus créatif soit un acte conscient ?

Tout dépend de ce que je vois, de ce qui déclenche une émotion en moi. Mais ce n’est pas que visuel : parfois, je peux être inspiré par une odeur, ou un son. La musique peut me plonger dans une transe créative et je n’arrive à créer que seul, avec de la musique très forte dans les oreilles. C’est intéressant, tout ce ce que cela révèle des connexions avec mon cerveau, cela signale que la stimulation de tous ces sens, ceux qui sont en liaison directe avec mon cerveau, est probablement à l’origine de toute ma créativité. Donc, oui, il existe une sorte de processus dans ma conscience créative parce que je stimule mes sens jusqu’à ce que quelque chose en sorte, donc il y a là-dedans une sorte de schéma ; mais, en même temps, le résultat n’est jamais le même donc, il y a aussi une part de hasard.

Êtes-vous influencé par votre environnement, les gens que vous rencontrez, les pays que vous visitez ?

Oui, la rue, la vraie est ma plus grande inspiration. Il est très intéressant pour un designer de voir comment ses vêtements sont portés dans la rue, la façon dont quelqu’un d’autre décide de leur donner un style, quelles associations ils font, etc. Parfois, je me dis: « Tiens, je n’avais pas du tout pensé à cela ! » Et vous partez de là, en quête de nouvelles proportions, de nouvelles idées de recherches. Les gens sont vraiment mon oxygène, j’adore sortir, aller dans des clubs avec mes amis, j’adore absorber l’énergie du monde extérieur, sortir de mon studio, voir le monde et les gens. Je voyage beaucoup aussi, et c’est une de mes plus grandes sources d’inspiration. Chaque culture est tellement différente et chaque fois que je visite un endroit qui me provoque un choc culturel, je le digère à ma façon et j’en fais une collection.

Croyez-vous que votre éducation tient aussi un rôle dans tout cela ?

Oui bien sûr, l’éducation est cruciale pour apprendre à gérer sa relation au monde, ses rapports humains. C’est la base de tout. On ne peut interagir avec les autres, obtenir quelque chose de cette relation que si l’on s’inclue soi-même dans un dialogue universel qui s’appelle le respect. Cela ne peut venir que de votre éducation et de votre environnement naturel.