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Blushing

Exhibition

I want

Saskia De Brauw

Blushing Issue

Written by
Sasha de Brauw

Photography
Matthew Brooks

L’attention dirigée vers une partie précise du corps a tendance à interférer avec la contraction ordinaire et tonique des plus petites artères de cette même partie. En conséquence, ces vaisseaux deviennent à ce moment-là plus ou moins dilatés, et se remplissent immédiatement de sang artériel. Cette tendance sera renforcée si la même attention a été accordée à la même partie du corps durant plusieurs générations, dû à la circulation d’énergie via les canaux nerveux habituels ainsi qu’à la puissance de l’hérédité. Chaque fois que nous sentons que les autres sont en train de déprécier voire simplement d’observer notre apparence, notre attention est soudainement dirigée vers les parties extérieures et visibles de notre corps. Et de toutes ces parties, celle qui est la plus sensible est notre visage, comme cela a sûrement été le cas durant de nombreuses générations. Si l’on part du principe que les vaisseaux capillaires réagissent quand une attention trop soutenue est apportée au sujet, ceux du visage seront par conséquent devenus éminemment sensibles.”
— La théorie du rougissement selon Charles Darwin, extrait de L’expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872)
Je rougis souvent. Mes joues, mon nez, mon menton et mes oreilles changent facilement de couleur, et mon corps entier chauffe et picote. Souvent, je retire une couche de vêtements. En passant ma chemise par-dessus ma tête je me libère d’un excès de chaleur, mais je suis aussi en train d’essayer de me cacher de la personne qui m’a fait rougir, même si cela ne dure qu’un court instant. Après avoir fait ceci, je suis très probablement encore rouge. Puis, généralement j’affronte la personne qui m’a fait rougir en la regardant directement dans les yeux. En faisant cela, je révèle mon expérience intérieure, me laissant totalement vulnérable face au monde extérieur.
Le fait de rougir et de me sentir gênée ont été des expériences récurrentes dans ma vie. Parfois, même la plus petite remarque faite par un inconnu peut empourprer mes joues. Par le passé, j’ai même évité des situations et des personnes de peur de rougir. Heureusement, à d’autres moments, ça n’a pas été un problème particulièrement important.
Mon rougissement est un peu comme un vieux compagnon qui de temps en temps décide de montrer son visage.
Dans L’expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872), Charles Darwin décrit le fait de rougir comme la plus étrange et la plus humaine de toutes les expressions.” Même si les êtres humains et les animaux ont parfois les mêmes façons d’exprimer leurs émotions, le fait de rougir est une expérience uniquement humaine.

— Enfance
Mes premiers souvenirs de rougissement remontent à mon enfance. Je devais avoir 4 ans. Je me souviens des parents qui attendaient aux portes de l’école.
Je pouvais voir ma mère au loin.
Je devais rapporter un livre que j’avais emprunté à la bibliothèque de l’école.
En tenant la main chaude et rassurante qui me guidait vers la bibliothèque, j’ai présumé que c’était ma mère qui marchait à mes côtés. Soudain, je me suis rendu compte qu’il s’agissait de la main de quelqu’un d’autre. J’étais extrêmement gênée.
Il est très probable que personne ne se moquait de moi, néanmoins l’événement m’a profondément marquée.
Récemment, en jouant au parc avec ma fille, ce souvenir m’est revenu.
Il faisait chaud, et l’arrosage automatique rafraîchissait les enfants. Ils galopaient entre les gouttes d’eau froide, la plupart entièrement habillés. Leurs parents leur avaient probablement apporté un change de vêtements secs. Mais pas moi. Alors j’ai déshabillé ma fille, ne lui laissant que sa couche. Mais elle voulait être entièrement nue et a tout retiré.
Elle courait partout nue, complètement libre, tout autour de l’aire de jeux, plus loin encore que l’arrosage automatique, dépassant des personnes âgées assises sur des bancs, jusqu’à finalement atteindre un terrain de basket vide, séparé de la cour de l’école par un grillage.
Les enfants étaient en récréation. Je les entendais crier et courir en direction du grillage. Ma fille dénudée approchait elle aussi du grillage à toute vitesse, cherchant un moyen de rejoindre les autres enfants. J’ai tout juste réussi à attraper son bras avant qu’elle ne puisse continuer sa course nue.
Les enfants criaient et se moquaient d’elle.
J’étais tellement heureuse qu’elle ne soit pas gênée ou honteuse de quoi que ce soit. Cela m’a fait réfléchir. Comment pourrait-elle rester aussi libre qu’elle se sentait ce jour-là ?

— Être parent
Un soir, quand j’étais enfant, mon père m’a emmenée à une fête foraine dans un village voisin. Ensemble, nous avons fait un tour d’ araignée”. Solidement attachés à l’une des pattes de l’ araignée”, nous sommes projetés dans le ciel. La vitesse à laquelle bougeaient les pattes de l’araignée poussait mon minuscule corps contre celui de mon père. Quelque chose n’allait pas. Je pouvais voir qu’il ne prenait pas plaisir à faire ce tour de manège. Les bras en l’air, il a commencé à crier : A l’aide ! A l’aide !” Il était convaincu qu’on n’était pas correctement attachés et qu’on s’apprêtait à tomber. Je me souviens avoir eu terriblement honte de mon père, même si j’avais moi-même un peu peur.
Désormais, je compatis totalement. Je ne referai plus jamais un tour d’araignée, jusqu’au jour où peut-être ma fille me forcera. L’histoire peut se répéter.
Au Maroc, les villes semblent apparaître de nulle part et paraissent souvent inachevées. Une barre d’immeubles en béton peut avoir des torchons qui pendent de ses fenêtres sans vitres ni aucune forme d’isolation. Des câbles pendent librement le long des murs et des blocs de béton jonchent le sol. Les travaux sont généralement réalisés rapidement et sans trop de réflexion. En dépit de tout cela, les femmes font en sorte que leur pas de porte reste immaculé, et l’odeur du chlore remplit vos narines quand vous vous baladez au fil des rues miteuses.
Dans l’une de ces arrières-rues poussiéreuses, menant nulle part ailleurs qu’aux collines désertées de Taliouine, je suis témoin d’un conflit entre un jeune garçon et un âne. Le garçon frappe l’animal et le pousse de toute sa force. Mais l’âne refuse de bouger. Cela m’a perturbée de voir la façon dont les gens traitaient leur âne ou leur cheval au Maroc, où le droit des animaux n’est pas une priorité.
Puis j’ai été témoin de quelque chose que je n’aurais pas dû voir : une femme dévale la rue et attrape le garçon par le bras. Elle le gifle avec force, puis le traîne avec elle, laissant l’âne seul. Il y avait un effet de miroir entre les coups infligés par la mère au garçon et ceux que le garçon a infligé à l’âne.
J’ai environ huit ans, je voyage avec mon père dans un tram à Amsterdam. On s’amuse bien. A cet âge, je pense que mon père est l’homme le plus sage de la terre. Sa présence me rassure. C’est le moment de descendre du tram. On fait un pas sur le trottoir, et je vois les mains de mon père se saisir de son crâne dégarni, et je l’entends jurer. Il frappe violemment à la fenêtre du tram qui s’apprête à partir. Les portes s’ouvrent. Mon père rentre en courant, puis ressort tout aussi vite avec son chapeau bien en place sur sa tête. Son visage est rouge vif. Cela m’impressionne beaucoup de voir mon père dans cet état. Pour la première fois, je comprends que les pères aussi peuvent être gênés et rougir.
Être témoin de la gêne ou du rougissement des autres peut vous mettre mal à l’aise. Souvent, j’ai de la compassion pour celui qui rougit. Les gens deviennent immédiatement plus humains et identifiables grâce à leur vulnérabilité.
Quelqu’un m’a dit qu’apparemment le Prince Charles rougit très facilement. Il a été victime d’un incident très connu : la Spice Girl” Geri Halliwell l’a embrassé sur la joue – elle portait du rouge à lèvres rouge — et lui a pincé les fesses. Son visage est devenu écarlate d’une oreille à l’autre.

— L’adolescence
Quand j’étais adolescente, j’avais l’impression de me sentir constamment honteuse, et je rougissais assez régulièrement. Pour aller au lycée, il me fallait faire un bout de chemin en vélo, puis prendre le train, puis reprendre le vélo. Ce trajet était parfois une torture, je me sentais très exposée. Ce sentiment d’être regardée par les autres existait seulement dans ma tête, pas dans les yeux des autres.
Il y avait deux endroits où je voyais souvent le garçon roux dont j’étais secrètement amoureuse. Il ignorait totalement qu’il me plaisait. Si son regard allait légèrement dans ma direction, je rougissais intensément. J’essayais d’éviter ces deux endroits tant que je pouvais.
Même si mes jambes étaient maigres, j’avais développé un penchant pour les mini shorts. En allant à l’école, il fallait que je passe devant la cour de l’école où des rangées de filles et de garçons étaient alignées contre les murs, fumant leurs premières cigarettes. Alors que je passais devant eux en vélo, je pouvais les entendre crier : Revoilà la chèvre !” Comme j’aurais voulu qu’à ce moment-là le sol s’ouvre en deux et m’engloutisse !
Mes cheveux m’arrivaient aux épaules. Une longueur qui s’est avérée idéale : je pouvais me cacher derrière quand c’était mon tour de parler devant toute la classe.
En tant qu’adolescente, j’avais l’impression que plein de choses échappaient à mon contrôle. Et c’est à cette période que j’ai développé un trouble obsessionnel lié à mon image. J’ai essayé de reprendre le contrôle en prenant le pouvoir” sur mon corps; sans surprise, c’était basé sur une illusion. Mais j’ai réussi à combattre la maladie, et une nouvelle phase s’est ouverte à moi, au cours de laquelle mon ami roux n’avait plus la même importance. De longues années se sont écoulées entre-temps.

— Être regardée
Aujourd’hui, je suis prise en photo pour de nombreux magazines. Je marche le long des podiums et des photographes backstage me prennent en photo à chaque recoin. De plus, ma présence physique fait désormais partie des créations visuelles et des images appartenant à d’autres personnes. J’aime vraiment pouvoir offrir cette facette de moi-même à d’autres.
Cela crée comme un safe space où je deviens quelque chose ou quelqu’un d’autre pendant un moment.
Toutefois quelque chose de bizarre se produit. Je suis quelqu’un de très timide. Les gens qui m’ont rencontrée ou me connaissent seraient certainement d’accord là-dessus.
Je suis assise devant un miroir en préparation d’un shooting photo.
Sous peu je serai coiffée et maquillée. Je me vois dans le miroir, en plus de huit ou dix personnes derrière moi. Les gens commencent à parler de moi.

Il y a des trous dans ses sourcils,
il faut qu’on les remplisse.”
Son visage a de jolis angles.”
Les lèvres de Saskia sont très roses.”
 Etc.
Ils ne racontent rien d’extraordinaire ou d’exceptionnel par rapport au shooting. Notre conversation prend place via le miroir dans lequel je me vois moi, ainsi que les autres qui me regardent. Mais j’aimerais tellement qu’ils s’en aillent. Je n’ai aucun moyen de cacher mon visage. Mes cheveux sont courts, et je suis vêtue d’une cape en plastique qui m’empêche de cacher mon visage dans mes mains. Je commence à avoir chaud sous ma cape. Je vois les autres me regarder et je me vois lentement rougir. Peu importe que l’attention soit positive ou négative dans ce genre de situation. Quand je me retrouve sous le feu des projecteurs et que je me rends compte qu’on me regarde, je sens le sang me monter au visage.
Cependant, une fois que je suis devenue le personnage que je vais incarner ce jour-là, le fait d’être sous les projecteurs ne me dérangera plus. Il n’y a plus qu’une personne qui me regarde à travers l’objectif, et, bien sûr, de nombreux spectateurs flous en arrière-plan.
Pour moi, l’objectif est une troisième personne qui me regarde, un canal à travers lequel je peux communiquer avec le photographe. L’attention n’est plus focalisée sur moi, et je me sens complètement libérée des sentiments de gêne ou de honte que je ressentais de façon si intense quand je me voyais être regardée dans le miroir.
Être timide ne signifie pas avoir peur. Toute peur disparaît quand vous vous sentez à l’aise dans le rôle qui vous convient. On joue de nombreux rôles au cours de notre vie, et pouvoir passer d’un rôle à un autre peut être un outil pour se sentir libre.

— Sans gêne
Durant les 466 jours qui se sont écoulés depuis qu’il a prêté serment en tant que Président des Etats-Unis, Donald Trump a émis 3001 déclarations fausses ou trompeuses, rapporte la base de données de The Fact Checker, qui analyse, classe et suit chacune des prises de parole suspectes du président. Cela représente une moyenne de presque 6,5 déclarations par jour.
Difficile de savoir si Trump rougit sous sa couche d’autobronzant. Mais j’imagine que la honte lui est une notion étrangère.
Récemment à Paris, un dîner très luxueux est organisé dans un des jardins les plus magnifiques de la ville. Je suis invitée à ce dîner, même si je ne sais pas trop pourquoi. Ce sentiment est renforcé alors que je prends place à côté de mes convives et que tout le monde décide de m’ignorer. Je me sens terriblement mal à l’aise, mais cela me permet de me plonger dans un rêve, un voyage imaginaire dont mes compagnons de table seraient les personnages principaux.
Le parc est entouré de maisons où seuls les plus riches peuvent vivre, avec des balcons aux étages supérieurs. Il fait sombre, et la plupart des lumières des appartements sont éteintes. Mon regard baladeur monte encore plus haut, et je vois quelque chose de complètement inédit.
Sur un des balcons encore allumés, je distingue la silhouette d’un homme et une femme en train de faire l’amour avec passion. Une des jambes de la femme est posée contre le bord du balcon, et l’homme se presse contre elle par derrière.
Je ne suis pas la seule à remarquer ce spectacle. La conversation à table s’éteint alors que les regards des convives se tournent vers le haut du bâtiment. De longues minutes s’écoulent. Puis la lumière s’éteint et le couple redevient invisible. Tous les invités du dîner applaudissent. Je rougis, et je ne pense pas être la seule.
Au croisement entre la 23ème rue et la 7ème avenue, à Manhattan, je passe devant un groupe de sans-abri, plusieurs hommes et une femme.
La femme est assise sur l’un des hommes.
Je peux voir son corps dodu faire des va-et-vient
sur son pénis.
Tout le monde dans la rue peut les voir.
Ils sont alcoolisés et, pour eux, le monde extérieur ne semble plus exister. Cependant, l’acte n’est pas dénué de tendresse. Je ne peux pas regarder, et pourtant je suis spectatrice. Je suis à la fois curieuse et honteuse. Ils font ça juste à côté d’une entrée de métro où passe beaucoup de monde.
Dans le métro, une vieille femme mange un kiwi. Elle mord dans le fruit non épluché. En un gros morceau, le fruit disparaît dans sa bouche édentée. Le jus vert du kiwi coule le long de son visage.
Ça n’a vraiment pas l’air appétissant.
New York est une ville qui vous obsède. Dans une métropole au sein de laquelle tant de choses se passent en même temps, peut-on devenir complètement aveugle aux détails étranges de la vie quotidienne ? Il est probable que, lorsque vous n’avez plus rien à perdre, l’opinion des autres ne vous importe plus, et vous vous sentez proches des étrangers” au sein de la ville. La limite est en réalité très fine.
Lors d’un job, je suis assise dans une voiture aux côtés d’une très belle fille avec qui j’ai travaillé ces derniers jours. Notre conversation prend fin. Je pense que nous sommes toutes les deux en train de méditer sur les paroles que nous venons d’échanger, tout en contemplant le paysage qui défile. Puis elle sort son téléphone de son sac et, sans aucune gêne, commence à se prendre en photo, la bouche en cul-de-poule et le regard sensuel. Elle semble être une personne totalement différente de celle avec qui je viens de discuter.
Je rentre chez moi en métro.
À ma droite est assis un homme d’une cinquantaine d’années, qui envoie des messages sur son iPhone.
Je peux lire :
Il est maintenant 2h45.
Je t’attends dans la chambre,
il te suffit de donner ton nom à l’accueil.
Je suis là dans deux arrêts,
tu peux déjà te déshabiller.
Je ne sais pas exactement ce que signifie ce que je viens de lire, ce n’est que spéculation. Son fond d’écran est une photo d’une famille heureuse, avec des enfants souriants.
À ma gauche, un jeune homme est assis à côté de moi.
Il est focalisé sur l’écran de son téléphone, il regarde des photos de bébé.
Des babillages enfantins sortent de son téléphone.
Il sourit en tombant sur des selfies pris avec le bébé.
Il scrolle le long de son écran.
Apparaît alors un homme avec une arme à feu debout à côté d’une carcasse de voiture.
Puis je vois une table avec une télévision et des jeux vidéos soigneusement disposés.
Il y a aussi des fausses armes utilisées pour jouer aux jeux vidéos.
Il se réveille soudainement de la contemplation de son écran et me demande, Est-ce qu’on est arrivé à Brooklyn ?”

Une nouvelle ère est arrivée. Sans même que je ne m’en rende compte, elle était déjà sur le pas de la porte, pénétrant chaque aspect de ma vie. Même en allant déposer ma fille à la crèche je tombe sur des photographes qui se prennent en photo pour leur compte Instagram d’auto-promo. Souvent je me sens déconnectée de ce changement d’époque. Les valeurs que j’ai apprises – comme la modestie, au sens large du terme – ne semblent plus être aussi importantes. L’auto-promo décomplexée, dévoiler des détails futiles de sa vie personnelle, sont devenus des buts en soi. Notre société ne semble plus avoir le temps d’être timide, prudente ou subtile. Être osé, bruyant, tape-à-l’œil et impétueux sont les mots d’ordre de l’époque.
Les jeunes rougissent plus librement que leurs aînés,” écrit Darwin dans L’expression des émotions chez les hommes et les animaux, et c’est probablement vrai. Les traces de nos expériences font partie de notre corps, et pourtant nous sommes habiles à cacher notre honte derrière les manières qui nous ont été enseignées.
Étant moi-même quelqu’un qui rougit facilement, je sais que ce n’est pas quelque chose dont on est fier. Toutefois, quand on garde à l’esprit toutes les couches de fakeness” qu’il faut percer de nos jours – des banales images de réseaux sociaux aux mensonges des politiciens – il y a du bon dans le fait d’avoir ses émotions visibles de tous. Avoir son corps et sa peau complètement en phase avec l’espace environnant et les personnes réelles; il n’y a finalement rien de plus vrai.

Traduit en français par Fleur Burlet

….attention closely directed to any part of the body tends to interfere with the ordinary and tonic contraction of the small arteries of that part. These vessels, in consequence, become at such times more or less relaxed, and are instantly filled with arterial blood. This tendency will have been much strengthened if frequent attention has been paid during many generations to the same part, owing to nerve-force readily flowing along accustomed channels, and by power of inheritance. Whenever we believe that others are depreciating or even considering our personal appearance, our attention is vividly directed to the outer and visible parts of our bodies; and of all such parts, we are most sensitive about our faces, as no doubt has been the case during many past generations. Therefore, assuming for the moment that the capillary vessels can be acted on by close attention, those of the face will have become eminently susceptible.”
— Charles Darwin’s theory of blushing from The Expression of the Emotions in Man and Animals (1872)
I often blush. My cheeks, my nose, chin and ears easily turn red, and my whole body grows hot and tingles. Often I will take off a layer of clothes. While pulling my shirt over my head I am releasing some of the excessive heat, but I am also trying to hide from the person who made me blush, if only for a brief moment. After doing this, I will most likely still be red. Then, usually I will confront the person who made me blush by looking directly into his or her eyes. In so doing, I reveal my inner experience, leaving myself totally vulnerable to the outside world.
Blushing and feeling embarrassed have been recurring experiences throughout my life. There are times when the slightest remark by a stranger can cause my face to turn red. In the past, I have even avoided situations and people for fear of turning red. Fortunately, at other times, it has not been a burning issue in my life. My blushing is more like an old companion that every once in a while decides to show up.
In The Expression of the Emotions in Man and Animals (1872) Charles Darwin describes blushing as the most peculiar and most human of all expressions.” Even though human beings and animals show similar expressions of emotion, blushing is a unique human experience.

— Childhood
My first memories of blushing go back to my childhood.
I must have been about 4 years old. I remember parents were waiting at the school gate. I could see my mother in the distance.
I had to bring back a book I borrowed from the school library.
Holding on to a warm and secure hand that was guiding me towards the library, I presumed that my mother was walking next to me. Suddenly, I realized it was someone else’s hand. I felt that everyone at the school gate was making fun of me. I was extremely embarrassed.
Most likely nobody was laughing at me, but nevertheless it made a great impact.
Recently, while playing with my daughter in the playground, this memory came back to me.
It was a hot day and sprinklers were cooling down the children. They frolicked back and forth through the cold water, all of them fully dressed. Their parents had probably brought a set of fresh clothes for them. But I did not. So I undressed my daughter down to her diaper. But she wanted to be fully naked and took everything off. Running around naked and feeling free, she ran and ran and ran around the entire playground, way beyond the sprinklers, past old people sitting on benches, and finally came to an empty basketball field which was separated from the school playground by a fence.
The children were having their outdoor play break. I could hear them screaming and running towards the gate. My naked daughter was approaching the gate at full speed, looking for a way to join the other children. I could just grab her arm before she could continue her streaking.
The kids were yelling and laughing at her.
I was so happy that she was not embarrassed or ashamed of anything.
It made me think. How can she always be as free as she was feeling that day ?

— Parenthood
One evening when I was a child, my father took me to a fair in the nearby village. Together we took a ride on the spider.” Securely attached to one of the spider’s” feet, we shot up into the air. The speed at which the spider’s arms were moving pushed my tiny body against his. Something went wrong. I could see he was not enjoying the ride. With his arms raised up, he started to scream : Help ! Help !” He was convinced that we were not securely fastened and that we were about to fall.
I remember feeling terribly ashamed of my father, even though I was a little afraid myself.
Now I have complete sympathy for him. I would never take a spider ride again, until perhaps I am forced to do so by my daughter. History can repeat itself.
Cities in Morocco seem to appear out of nowhere and often they look unfinished.
A concrete block of flats can have dishtowels hanging from the windows that have no glass or any other form of covering. Cables dangle loosely along walls, and blocks of concrete are scattered on the ground. Construction is usually done quickly and without much thought behind it. Even so, women keep their front doorsteps meticulously clean, the smell of chlorine filling your nostrils as you walk along the scruffy streets.
In one of those dusty back streets, leading to nowhere but deserted hills in Taliouine, I saw a donkey and a young boy in conflict. The boy was beating the animal and pushing with all his might. But the donkey refused to move. It disturbed me to see the way some people treated their donkeys and horses in Morocco, where animal rights are no priority.
Then I witnessed something that I was not meant to see : a woman runs down the street and grabs the boy by the arm. She slaps him with force in his face, then drags him up the street, leaving the donkey behind. Something tells me he did not get slapped for hurting the animal. There was a resemblance between the way the mother hit the boy, and the way the boy was hitting the donkey.
When I was about 8 years old, I was travelling with my father in a tram in Amsterdam. We were having a good time. At this age, I thought that my father was the wisest man on Earth. Being in his presence was reassuring. It was time to get off the tram. As we stepped onto the pavement, I saw my father’s hands grab at his balding head, and he swore. He tapped violently on the window of the tram that was about to take off. The doors opened. My father ran inside and then came running out again with his hat back on his head. His face was bright red. I was very impressed to see my father like this. For the first time, I understood that fathers also could be ashamed of themselves and turn red.
Witnessing embarrassment or blushing in others can make one feel uncomfortable. Often I sympathize with the blusher. People become immediately more human and identifiable because of their vulnerability.
Someone told me that Prince Charles is a notorious blusher. A famous incident happened when Spice Girl’ Geri Halliwell kissed the Prince on his cheek, with red lipstick, and pinched his buttocks. His face clearly reddened from ear to ear.

— The teenager
As a teenager, I seemed to have had a constant feeling of shame, and the red flare was more present than not. My commute to high school involved a bike ride, a train ride and then another bike ride. It could be a torturous journey where I felt exposed. This feeling of being looked at existed only in my own mind, not in the eyes of others.
There were two places where I often saw the red-haired boy I was secretly in love with. He did not have the faintest idea that I liked him. If his gaze went slightly in my direction, I blushed intensely. I tried to avoid those places when I could.
Even though my legs were skinny, I developed a preference for wearing hot” pants. Going to school I had to pass the school yard, where rows of girls and boys were lined up against the walls, smoking their first cigarettes. As I passed them on my bike, I could hear them shouting : There goes the goat again !” How I wished at that moment the ground had a hole that I could disappear into.
My hair was shoulder-length. A length that turned out ideal to hide my face behind when it was my turn to speak in front of the class.
As a teenager, I felt as if I was constantly out of control. And it was during this time that I developed an obsessive disorder related to my body image. I tried to take back control by having power’ over my body; not surprisingly, this was based on an illusion. But I did conquer the illness and a new phase awaited me where the red-headed friend was not so present any more. Many years passed in between.

— Being looked at
Today I am photographed a lot for magazines. I stride along catwalks, and backstage photographers take pictures of me from every corner of the space. Also, my physical presence has become part of other people’s visual ideas and imagery. I do enjoy giving this aspect of myself to other people. It feels like a safe place where I can become something or someone else for a while.
However, there is something strange going on. I am a very shy person. People who have met me or who know me, will most likely agree about that.
I am sitting in front of a mirror in preparation for a photoshoot. My hair and make-up will soon be done. I see myself, and maybe eight or ten people behind me, in the mirror. People start talking about me.
Her eyebrows have holes in them,
we should fill them in.”
Her face has nice angles.”
Saskia’s lips are very pink.”
Etc.

Nothing extraordinary or exceptional is being discussed relating to the photoshoot.
Our conversation takes place via the mirror in which I see myself and others looking at me. But I do wish they would all go. I have no way of hiding my face. My hair is short and I am inside a plastic cape, which prevents my hands from hiding my face. The cape gets hot inside. I see others looking at me and I see myself slowly turning red. It doesn’t matter whether this attention is positive or negative in these kinds of situations. When I find myself in the spotlight and realize I am being looked at, I can feel the blood rushing to my face.
However, once I am transformed into the character I will embody that day, being in the spotlight” will no longer bother me. There is just a person looking at me through a lens, and, of course, many onlookers who blur into the background.
The lens to me is a third person looking at me, something through which I can communicate with a photographer. It is no longer about me, and I feel completely free from any sense of shame or embarrassment that I so strongly felt while looking at myself being looked at in the mirror.
Being shy does not mean having fear. You can be fearless if you feel at ease in the role you are comfortable with. We play many roles throughout our life, and shifting between them can be a tool to feel free.

— Shamelessness
In the 466 days since he took the oath of office as President of the United States of America, Donald Trump has made 3,001 false or misleading claims, according to The Fact Checker’s database that analyses, categorizes and tracks every suspect statement uttered by the president. That’s an average of nearly 6.5 claims a day, according to the Washington Post.
Trump’s layer of suntan lotion makes it hard to detect any blushing. But I suspect shame is foreign to him.
In Paris recently, a very expensive dinner is laid out in one of the most beautiful gardens of the city. I am invited to attend this dinner party although I am not to sure why. This feeling becomes even stronger as I sit down next to the people at my table, and everybody decides to ignore me. I feel terribly uncomfortable, but it gives me enough time to start a journey in my head with my table companions as the main characters.
The park is surrounded by houses where only the very rich live, with balconies on the top-floors. It is dark and most of the lights of the top-floor apartments are switched off. My wandering gaze rises up, and I see something I have never seen before.
On one of the balconies still lit, I see the silhouette of a man and a woman making love passionately. One of her legs is raised up on the balcony ledge, and he is pushing against her from behind.
The spectacle is not only noticed by me. The table conversation has become muted as all the guests stare upwards. It goes on for many minutes. Then the light switches off, and the couple become invisible again. All the guests at the dinner party applaud. I blush, and I think I am not the only one.
On 23rd street and 7th Avenue, Manhattan, I pass a group of homeless men and a woman.
The woman is sitting on top of one of the men.
I can see her chubby body moving up and down his penis.
It is all visible to people on the street.
They are intoxicated and, for them, the outside world does not seem to exist. Yet, it is not without tenderness. I can’t look, and yet I am watching. I am curious and ashamed at the same time. They are doing it right next to the subway entrance where many people have to pass.
Inside the subway an old woman is eating a kiwi. She bites into the fruit with its skin still on. In one big bite the fruit disappears into her toothless mouth. The green kiwi juice drips down her face.
It looks really unappetizing.
New York city is an obsessed place. In a metropolis where so many things happen simultaneously, can you become immune to perceiving these strange details of daily life ? Probably when you have nothing more to lose, the opinion of others is really not that important any more and you can identify with the strangers’ of this city. It is actually a very fine line.
On assignment, I am sitting in a car with a very beautiful girl who I have been working with for a few days. Our conversation has come to a stop. I think we are both contemplating the words we just shared while enjoying the passing landscape. Then she takes a phone from her bag and shamelessly starts to take photographs of herself, with pursed lips and a sexy look in her eyes. She seems to me like another person than the one I just spoke to.
I am in a subway on my way home.
On my right, a middle-aged man sits next to me and is texting on his IPhone.
I can read :
It is 2.45 now
I am waiting for you in the room,
just give your name at the reception.
I am two stops away from you,
you can already get undressed.
I am not sure exactly the meaning of what I have just read, it is just speculation.
His screensaver shows a happy family with smiling children.

On my left, a young man is sitting next to me.
He is deeply involved with the screen of his phone, looking
at baby photos.
Some baby sounds are coming from his phone.
A smile appears on his face as he watches some selfies taken with the baby.
He scrolls further down the screen.
A man with a gun next to a crashed car appears.
Then I see a table with a TV and carefully arranged
video games.
There are also some gun-like objects used for the video games.
He suddenly wakes up from his screen and asks me : Are we in Brooklyn yet ?”

A new era has arrived. Without me even really noticing, it was there at my doorstep penetrating every aspect of my life. Even bringing my daughter to daycare, I am confronted with photographers taking pictures for their self-promotional Instagram account. Often I feel disconnected from this time shift. The values that I learnt — like modesty in the broadest sense of the word — no longer seem to be of any importance. Shameless self-promotion showing futile details of your personal life have become aspirations. Our society seems no longer to have any time for being shy, careful or subtle. Bold, loud, bright and brash form the taste of our time.
“…the young blush more freely than the old,” Darwin wrote in The Expression of Emotions in Man and Animals, and it is probably true. Traces of our experiences in life become part of our bodies, and yet we are more able to hide our embarrassment behind our acquired manners.

Being a blusher myself, I know it is not something that you are proud of. However, when there are so many layers of fakeness’ to plough through these days — from banal social media images to lying politicians — there is something to be said for having your emotions easily readable to the outside world. To have your body and skin in touch with the surrounding space and real people is as real as it can get.

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