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Blushing

Exhibition

I want

Sophie Fontanel

Blushing Issue

Written by
Sophie Fontanel

Que de toutes les hontes, la honte de vieillir est la plus stupide, la plus inutile. 
Que nous ne devrions jamais avoir honte de vieillir. 
Que l’autre jour une femme de dix ans de moins que moi a écrit sur Instagram qu’elle était périmée. 
Que c’est passé comme une lettre à la Poste, comme un post pris à la lettre.
Que pourtant c’est ahurissant.
Que tout ce qui vieillit ne se périme pas, loin de là. Par exemple un portrait du Fayoum, réalisé il y a 17 siècles.
Par exemple les petits chevaux du paléolithique, dans la grotte de Chauvet. 
Que cette idée de péremption est un mensonge, peut-être un crime.
Que cette idée de péremption est un crime totalement total.
Que si cette femme a écrit « je suis périmée », c’est parce qu’elle pense qu’éventuellement
plus personne ne voudra la consommer. 
Que consommer, affreux mot.
Que nous ne sommes pas des produits de consommation.
Que si les produits de consommation pouvaient penser, bien sûr qu’eux aussi auraient honte. Honte d’être si mal arrangés. Honte de ne pas être choisis sur le linéaire.
Que nous ne sommes pas des produits, même si nous aimons croire, parfois, que nous savons en être.
Que nous sommes peut-être des objets.
Que les objets, tant qu’on y est, vieillissent souvent bien. Par exemple, une aiguille à coudre du Magdalénien, trouvée dans la grotte de l’Eléphant à Gourdan-Polignan. Intacte.
Que donc la chose la plus fine de l’époque a traversé les époques. Intacte.
Que nous aussi nous sommes fragiles et fins et sublimes, et que nous pouvons traverser les époques.
Que notre honte de vieillir n’a pas lieu d’être.
Que nous avons absurdement honte de ce qui est le lot de tous.
Que ce dont les humains ont le plus honte, c’est de leurs besoins naturels et de leur vieillissement. 
Que donc nous avons honte de ce qui nous rassemble. 
Que nous sommes tarés.
Que quand on dit « les hommes vieillissent mieux que les femmes », on dit une ânerie.
Que les femmes qui répètent cette ânerie lui donnent une réalité et presque une vérité.
Alors que, hommes et femmes, nous sommes égaux devant cette honte. Oui, égaux.
Que, hommes et femmes, nous aurions tant à nous dire sur cette honte, si un camp (les hommes) acceptait d’accepter qu’il crève de honte, lui aussi.
Que les hommes ont tellement honte de ne plus avoir de cheveux, ils se rasent la tête entièrement pour ne pas les voir tomber. Pour ne pas se voir tomber.
Que les hommes ont tellement honte de vieillir, ils continuent de désirer la jeunesse, en trompe-l’œil.
Que les hommes sont terrorisés à l’idée de pas pouvoir désirer un corps vieilli.
Que les hommes sont encore plus terrorisés à l’idée de découvrir qu’on peut désirer ce qui n’est plus jeune.
Que les hommes subissent pire que les femmes la honte de vieillir, puisque ça se passe
dans le silence de leur lucidité, puisque c’est dans le silence de leur fuite.
Que les hommes sont élevés dans l’idée que rien ne doit tomber. Ni leurs cheveux, ni leur bite, ni leur honneur, rien. 
Que les hommes croient parfois sincèrement que seules les femmes doivent tomber.
Que tout ce discours sur la chute des femmes, c’est la chute des hommes qui ne saurait être.
Qu’en laissant les hommes avoir honte de vieillir, et de voir tomber des choses en eux, en les laissant inonder le monde de cette honte, on les tue.
Qu’on les tue autant que les femmes sont tuées par les discours abrutis sur leur date de péremption. 
Qu’un jour, à la radio, il y avait un homme qui disait que les hommes, eux, peuvent engendrer jusqu’au 95 ans, 100 ans !
Que ça passait pour une sorte de honte en moins qu’auraient les hommes, sur le coup.
Qu’en réalité ça collait la honte à tous les hommes qui parlent à leur bite et lui disent : « Je n’ai que 50 ans, et tu t’endors déjà ? ! Y a des gens de 95 ans qui bandent encore, je te signale ! ».
Que même la bite des hommes a honte, parfois. 
Que les femmes ont honte par capillarité, en absorbant la honte des hommes.
Que si les femmes aimaient vraiment les hommes, elles ne lâcheraient pas, elles seraient assises sur leur tête à leur répéter que le temps qui passe est une bénédiction. 
Que les femmes qui ont trop recours à la chirurgie esthétique, c’est une façon d’abdiquer, et de dire «J’ai honte ».
Que c’est une façon de dire : « J’ai tellement honte que je préfère la honte des boursouflures artificielles, à la honte de modifications naturelles ».
Qu’une femme m’expliquait un jour : « J’essaie de ne pas trop vieillir, par respect pour les autres ». 
Que cette phrase ci-dessus est inexplicable et grave. 
Que les femmes vieilliraient mieux si elles s’en fichaient.
Que s’en foutre semble impossible et ne l’est pas. 
Que s’en foutre ne signifie pas « renoncer à tout », comme on le dit.
Que s’en foutre, c’est jouir. 
Que le premier qui ose la déhonte, en réalité entraîne tous les autres.
Que faut d’abord admettre que la honte est mensongère, c’est une fabrication presque médiatique.
Que, par exemple, je viens de lire l’interview d’un grand spécialiste de gérontologie, qui révèle que, dans les faits, il y a peu de personnes qui finissent dans la grande dépendance.
Que la majorité des personnes âgées, meurt d’un coup, pof. Sans avoir connu la grande déchéance qu’on raconte.
Que si on met partout l’accent à ce point sur la dépendance, c’est parce qu’on est
terrorisée par elle. Et par la honte de vieillir.
Que gérontologie, c’est presque gérhontologie.
Qu’on se dit : « Je serai vieux et j’aurai besoin des autres, et les autres auront du mal à m’aider, donc à m’aimer, car je serai vieux, ce sera affreux ».
Que c’est pas vrai. C’est pas vrai, c’est pas vrai, c’est un mensonge.
Qu’en réalité je vais bien vieillir.
Qu’en réalité je vais vieillir en beauté.
Que, par exemple, ma peau sera encore plus douce.
Qu’on saurait que la peau des vieux n’est pas la honte mais la douceur si on se lançait à les caresser.
Qu’un ami m’a demandé si j’étais malade ou perverse ou gérontophile un jour où je disais tout ça devant lui, le truc sur les caresses.
Que les gens ont tellement honte de la vieillesse, ils trouvent que vous êtes dingue si vous, vous n’avez pas honte.
Que j’ai 55 ans et de moins en moins honte.
Que, jadis, tu me mettais sur une plage, j’avais besoin d’une cabine pour me changer. Alors que j’avais ce corps puissant, splendide et jeune.
Que, aujourd’hui, je peux me mettre nue devant n’importe qui.
Que je trouve déjà si sensationnel d’avoir un corps. Si inespéré !
Que, lorsque je fais des photos (parfois, j’ose être model, depuis que la honte est partie), on regarde en très gros plans les plis décadents de ma peau avec le photographe et l’opérateur numérique, et je les entends dire : « C’est beau ». Ils ont 20 ans et aucun préjugé.
Que c’est tous ensemble qu’on sort de la honte.
Que sortir de la honte demande du courage. 
Que ça ne sert à rien d’écrire « image retouchée » sur une photo de mode, car l’art entier est une retouche de la réalité.
Que ce qu’on a à faire, juste, c’est montrer AUSSI des visages avec leurs rides, leurs minis effondrements.
Que la déhonte, c’est pas quand on remplace une dictature (le lissé) contre une autre (le plissé) : c’est quand on montre que les deux ont leur beauté.
Que la déhonte passe aussi par les vêtements. 
Que c’est terrible de dire comment s’habiller à chaque âge.
Que le petit Manni de Modern Family, avec ses costards de môssieur alors que c’est un gosse, lui aussi il est dans un processus de déhonte.
Que c’est triste les gens qui ont honte de ne plus être jeunes au point de porter uniquement des habits ternes et tendant à les rendre invisibles, pour conjurer l’injure d’oser exister.
Que la dame de 89 ans, en bikini sur la plage des Catalans, à Marseille, à 9h00 du matin, fait du bien à l’humanité.
Qu’une fois, en Grèce, à Hydra, j’ai vu trois femmes arriver sur les grands rochers plats, elles avaient de longs cheveux blancs, elles étaient sveltes et pas jeunes, elles ont retiré leur gandouras et elles ont plongé, et un ami à côté de moi, perclus de honte de vieillir et de Viagra, m’a dit : « Bon sang, comme je les envie et comme elles sont belles ».
Que je connais un homme, 72 ans, un de ses amis lui a dit :
« À notre âge, on ne devrait plus montrer notre vieux corps à personne… ».
Que la honte nous raccourcit la vie. 
Que la honte nous fait croire qu’on est laid, alors qu’on pourrait être gai.
Qu’être gai est le vrai défi de la vie. Le seul. 
Que, sur YouTube, si les gens regardent par millions la vidéo du vieux monsieur catalan, haut comme trois pommes, qui danse comme un dingo au bal de son quartier,
en ambiançant les femmes et la foule, c’est parce qu’il est maître de la déhonte.
Qu’au lieu de monter sa verge, c’est pas mal de plonger de la berge, radieux, au petit matin.
Que les verges, si ça se trouve, elles montent toute seule si on retombe dans cette adolescence sans honte qu’est la dernière partie de la vie. 
Que les jours où j’ai honte de ne pas être jeune sont de plus en plus rares.
Que, si je suis embêtée de montrer mes mains où les veines sont plus apparentes qu’avant, il y a toujours quelqu’un pour dire que c’est beau, en fait.
Que faut apprendre à écouter les compliments au lieu d’écouter juste les cons.
Que la déhontologie est une discipline urgente à inventer.
Que nous l’inventons ce jour.

Of all kinds of shame, the shame of aging is the most stupid, the most pointless.
We should never be ashamed of aging.
The other day a woman ten years younger than me wrote on Instagram that she was past it.
Everyone passed over it without blinking an eye.
Yet it’s astounding.
Not everything aged is decrepit, far from it. For example, a portrait from Fayum, painted 17 centuries ago.
For example, the little paleolithic horses in the Chauvet Cave.
The idea of decrepitude is a lie; maybe a crime.
The idea of decrepitude is a crime, completely and utterly.
If a woman writes, I’m past my best before date” it’s because she thinks that probably no one will want to consume her any more.
Consume — horrible word.
We are not consumer products.
If consumer products could think, they would also of course be ashamed.
Ashamed of being so poorly displayed. Ashamed of being left on the shelf.
We are not products, even if we like to believe, that we know how to behave as if we are.
Maybe we are objects.
Then objects, while we’re at it, often age well. For example, a Magdalenian-era needle found in the Elephant Cave at Gourdan-Polignan. Intact.
So the most delicate object of the era has survived centuries. Intact.
We too are fragile and delicate and sublime, and we too can survive the centuries.
Our shame of aging is unfounded.
We are absurdly ashamed of our common lot.
What humans are most ashamed of are their natural functions and their aging.
We are ashamed of what we have in common.
We’re crazy.
When we say, men age better than women”, this is nonsense.
Women who repeat this nonsense confer upon it a reality, almost the status of truth.
Whereas men and women, we are equal in the face of this shame. Yes, equal.
Men and women, we would have so much to say to each other about this shame if one side (men) accepted that they need to accept that they are dying of shame, as well.
Men are so ashamed of no longer having hair, that they shave their heads completely in order not to see it disappearing. To not see themselves disappearing.
Men are so ashamed of aging they continue to chase after youth or its illusion.
Men are terrorized by the idea of not being able to desire an aging body.
Men are even more terrorized by the idea of discovering that they can desire what is no longer young.
Men are more subject than women to the shame of aging, because it happens in the silence of their lucidity, in the silence of their flight.
Men are raised to believe that nothing should diminish. Not their hair, nor their cock, nor their honor — nothing.
Men believe, sometimes sincerely, that only women diminish.
All this discourse around the decrepitude of women is masking the decrepitude of men.
Letting men experience the shame of aging, seeing their own diminution, letting them drown in shame, would destroy them.
Destroy them to the same extent women are destroyed by the idiotic discourse about their expiry date.
One day, on the radio, there was a man who was saying that men can procreate when they are 95, when they are 100 years old!
As if, at least, that was one less thing for men to be ashamed of.
In reality, shame then attached to all the men who speak to their cock and say to it, I’m only 50 and you’re already asleep! There are 95 year olds who can still get it up! Shame on you!”
Even cocks are ashamed sometimes.
Women are ashamed through osmosis, absorbing the shame of men.
If women really loved men, they wouldn’t relent; they’d hammer home to them that time passes and it is a blessing.
Too often women rely on cosmetic surgery; it’s an abdication, and a way of saying, I am ashamed”.
It’s a way of saying, I am so ashamed that I prefer the shame of artificial puffiness to the shame of natural alterations”.
A woman was telling me one day, I am trying not to get too old, out of respect for others”.
This sentence is inexplicable and worrying.
Women would age better if they didn’t care.
Not caring seems impossible and isn’t.
Not caring doesn’t mean giving up on everything”, as is said.
Not caring is heaven.
The first person to dare de-shaming will bring everyone along with them.
We have to admit, first of all, that shame is a sham: basically a media fabrication.
For example, I have just read an interview with an eminent gerontologist who says that in reality, there are few people who end their lives in a state of helplessness.
Most elderly people die suddenly, poof. Without having known the terrible senescence that we hear about.
If the emphasis on helplessness is ubiquitous, it’s because we are terrorized by it. And by the shame of aging.
That gerontology is almost the ontology of shame.
We say to ourselves, I’ll be old, I’ll be dependent, people will find it hard to care for me, and therefore to love me, because I’ll be old it will be awful”.
It’s not true. It’s not true, it’s not true, it’s a lie.
In reality, of course I am going to age.
In reality, I am going to age in beauty.
For example, my skin will become even softer.
We would know that the skin of the elderly is not shame but softness if we reached out to touch them more often.
A friend asked if me if I was sick or a pervert or a gerontophile, one day when I said all that to him, the stuff about touching.
People are so ashamed of old age that they think you’re crazy if you don’t share their shame.
I am 55 years old and less and less ashamed.
In the past, if you put me on a beach, I needed a cabin to get changed. Yet I had a powerful, splendid, young body.
Today I can be naked in front of anyone.
The mere fact of having a body is such a miraculous thing. Sensational!
When I am photographed (sometimes I dare to model, since I am now free from shame), the photographer, the digital assistant and I look at extreme close ups of the folds of my aging skin and I hear them say, It’s beautiful”. They are 20 years old and unprejudiced. We can only be free from shame collectively.
Freeing one’s self from shame requires courage.
It serves no purpose to write image retouched” on a fashion photo, as art in its entirety is the retouching of reality.
What we have to do precisely, is to ALSO show faces with their wrinkles, their points of collapse.
De-shaming is not when we replace one regime (the smooth) with another (the wrinkled); it’s when we show that both have their own beauty.
De-shaming also has a sartorial dimension.
It’s terrible to tell people how to dress appropriately for their age.
Little Manny from Modern Family, wearing grown up attire when he’s just a kid, is also an example of de-shaming.
It’s sad that shame makes people who are no longer young exclusively wear dull clothes that make them invisible to compensate for the insult of daring to exist.
The 89-year-old lady on the Catalans beach in Marseille, at 9 o’clock in the morning, is doing something worthwhile for humanity.
Once in Greece, on Hydra, I saw three women arrive on the big flat rocks. They had long white hair, they were svelte, they were not young. They took off their kaftans and they dived in. A friend next to me, paralyzed with the shame of aging and Viagra said to me, Jesus, I’m jealous, they’re so beautiful.”
And I know a man who is 72; one of his friends said to him, At our age we shouldn’t be showing our old bodies to anyone.”
Shame shortens our lives.
Shame makes us believe that we are ugly, when we could be joyful.
Being joyful is the real challenge in life. The only challenge.
On YouTube, if people in their millions are watching the video of the elderly Catalan gentleman, knee high to a grasshopper, dancing uninhibitedly, the life and soul of a local party, it’s because he is the master of de-shaming.
Instead of fiddling with a penis pump, why not just jump into the water, radiant, at dawn.
Because if we embrace the last part of our lives, as a second adolescence without shame, flaccidness is no longer an issue.
The days when I am ashamed of no longer being young are becoming more and more rare.
If I am embarrassed to show my hands where the veins are more salient than before, there is always someone who will say that they are beautiful.
We need to learn to listen not to complaints but to compliments.
We need urgently to invent the discipline of de-shame-ology.
We’re inventing it today.

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