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Avatar

Exhibition

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Tali Fitoussi

Avatar Issue

Photographer
Tali Fitoussi

Exergue : Peut-on un jour devenir Krishna, le purnavatara, l’avatar complet et le lendemain choisir de se faire Kuma la tortue, manifestation d’un aspect unique du divin ?

L’avatar est un concept bavard. Alter-ego numérique, masque social, incarnation terrestre de Dieu, sa variabilité ne se résout que par la rencontre de deux subjectivités : celle de l’être initial, glissant d’un soi absolu à un soi circonstancié, et celle de l’autre soumis à une expérience de l’altérité inédite entre authenticité et simulation.

Le mot avatar est originellement un mouvement descendant : celui de son préfixe sanskrit ava qui marque un mouvement de haut en bas, littéralement une « descente » et de sa racine tr qui signifie « traverser ». C’est symboliquement dans l’Hindouisme le chemin de traverse d’un dieu venu sur terre (souvent Vishnu) pour rétablir le Dharma, l’ordre cosmique et moral. Son parcours de l’espace du haut, résidence divine, au bas, monde des hommes, symbolise le passage de l’éternité au monde temporel, de l’inconditionnel au conditionnel, de l’infini au fini. Les ancestrales vedas et leur upanishads, textes fondateurs de l’hindouisme, ne mentionnent pas le mot avatar en tant que nom. C’est dans les récits de Mahabharata composés au premier siècle avant J.-C. que le terme délaisse son statut d’action seule, de « descente » pour venir qualifier l’incarnation du dieu. 

L’avatar glisse vers son propre mouvement. Il prend les traits de son dérivé sanskrit avatarana qui figure le moment décisif de l’acteur qui traverse le rideau pour apparaître sur scène. Un pas vers l’avant, de l’intimité à un soi interface, une facette de circonstance vouée à l’échange : l’avatar devient une exposition choisie de soi servant un but précis. La sémiologie rejoint les acceptions contemporaines du terme : l’avatar numérique, alter-ego de pixels n’est-il pas le parcours nécessaire pour accéder au monde virtuel ? La définition de soi à travers ces incarnations-récits pose l’injonction du choix identitaire. Ces avatars que nous contrôlons doivent-ils attester de la constance de notre être ou peuvent-ils avoir des formes multiples en fonction de leurs desseins comme les dix avatars de Vishnu ? Peut-on devenir un jour Krishna, le purnavatara, l’avatar complet et le lendemain choisir de se faire Kuma la tortue, manifestation d’un aspect unique du divin ? Et quelle authenticité accorde t-on à un avatar qui devient un masque ?

L’avatar se fait une dernière fois boîte de Pandore du sens lorsqu’il entre en dialogue avec autrui. Une dernière direction de l’avatar apparaît, ni de haut en bas, ni de soi à soi mais de son délégué identitaire à l’autre. L’avatar provoque la rencontre et ouvre de nouvelles formes d’empathie déconnectées du réel, d’autres codes sociaux, d’autres ressentis. Les échanges se tissent autour d’un pacte : je sais que tu es une incarnation, je sais que ton image est définie par la vocation pour laquelle elle a été créée, je sais que nos échanges sont au-delà du naturel mais cela ne remet pas en doute leur impact sur mon réel.

L’avatar concept bavard, va et vient entre les questions d’identité, de subjectivité et d’intersubjectivité. L’avatar est mythologique ou numérique, il semblerait loin si nous ne le retrouvions pas au quotidien : chaque jour, les mêmes problématiques se posent lorsque les vêtements changent les statuts et font de nous des métamorphoses de nous-même. Nos corps, soudainement, sont investis d’une mission sociale, professionnelle : ils s’incarnent et sont limités par le tailleur ou la tenue de sport, ils interagissent avec un monde, cherchent à exprimer quelque chose qui n’englobe pas totalement l’être. Le corps social, support de projection et de fantasmes, est-il un avatar de notre corps biologique ?

Exergue : Can you be Krishna one day, the purnavatara, the complete avatar, and the next day become Kurma the tortoise, the manifestation of one unique aspect of the divine ?

The avatar is a polysemous concept. Digital alter-ego, social mask, terrestrial incarnation of God, its variability is only resolved by the encounter of two subjectivities: that of the initial being, sliding from absolute selfhood to a contingent selfhood, and that of the other, subject to an unprecedented experience of alterity, between authenticity and simulation. 

The word avatar originally meant a downwards movement: that of its prefix ava, which denotes a movement from above to below, literally a descent’, and its root tr, which means to cross. In Hinduism it is symbolically the passage of a god (often Vishnu) who has come to earth to re-establish Dharma, the cosmic and moral order. His journey from the higher space, the realm of the gods, to the lower world of men symbolizes a crossing from eternity to the temporal world, from the unconditional to the conditional, from the infinite to the finite. The ancestral vedas and their upanishads, the foundational texts of Hinduism, don’t mention the word avatar as a name. It is in the tales of the Mahabharata, written in the first century BC, that the term comes to mean more than an action alone, a descent’, and starts to qualify the incarnation of the god.

The avatar slides towards its own movement. It takes on the features of its sanskrit derivative avatarana which figures the decisive moment the actor comes through the curtain to appear on stage. A step forwards, from intimacy to a self which is an interface, one facet of the circumstantial, destined for exchange: the avatar becomes a chosen exhibit of oneself serving a defined purpose. Semiology here converges with contemporary uses of the term: it is surely only through the digital avatar, a pixellated alter ego, that we can pass into the virtual world? The definition of the self through these incarnation narratives imposes a choice of identity. Must the avatars we control attest to the constancy of our being, or can they take multiple forms by virtue of their design, like the ten avatars of Vishnu? Can you be Krishna one day, the purnavatara, the complete avatar, and the next day become Kurma the tortoise, the manifestation of one unique aspect of the divine ? And what authenicity can we confer on an avatar which has become a mask?

Once more the avatar becomes a Pandora’s box of meaning when it enters into dialogue with the other. The latest direction of the avatar is neither from high to low, nor from self to self, but from the self’s delegated identity to the other. The avatar elicits the encounter and opens up new forms of empathy disconnected from the real, from other social code, from other perceptions. Exchanges are woven around a pact: I know that you are an incarnation, I know that your image is defined by the vocation for which it was created, I know that our exchanges are beyond the natural but that does not undermine their impact on my real. 

The avatar is a polysemous concept, shuttling back and forth between questions of identity, subjectivity and intersubjectivity. The avatar is mythological and digital; it would seem distant from us if we did not encounter it in daily life: every day the same questions arise when our clothes change our status and turn us into metamorphoses of ourselves. Our bodies, suddenly, are invested with a social or professional mission: they are incarnate, delimited by the tailor or the sports kit; they interact with the world, trying to express something which does not entirely encompass the being. What is the social body, a support for projections and phantasms, if not an avatar of the biological body ?

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