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Blushing

Exhibition

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Tali Fitoussi

Blushing Issue

Written by
Tali Fitoussi

Le 3 mai 2018, H&M a lancé sa collection de vêtements « pudiques » ou « modestes ». La marque suit les pas de Nike, American Eagle, Macy’s, Oscar de la Renta, ou encore Tommy Hilfiger sur un marché estimé à 500 milliards de dollars en 2019 selon le conseil de la mode islamique et du design de Dubaï. Ce chiffre considérable, reflet d’un marché mature, a suscité un élan d’intérêt chez les créateurs. Nombre d’entre eux se sont essayés à chausser le cothurne étroit des standards religieux : décolleté couvert, genoux cachés et épaules masquées, cheveux voilés. Ce que certains appellent « opportunisme commercial » suscite parfois la polémique : on se rappelle l’accusation de Pierre Bergé au micro d’Europe 1 en 2016 : « Moi qui ai été près de 40 ans aux côtés d’Yves Saint Laurent, j’ai toujours cru qu’un créateur de mode était là pour embellir les femmes, pour leur donner la liberté. Pas pour être le complice de cette dictature qui impose cette chose abominable qui fait qu’on cache les femmes, qu’on leur fait vivre une vie dissimulée », ou l’interrogation d’Alexandre Vauthier rapportée par Madame Figaro en mai 2018, « Notre corps possède une importance capitale, il est le reflet de notre personnalité, pourquoi faudrait-il le cacher ? ».
Il va sans dire que le corps s’habille définitivement plus lorsque l’esthétique s’accompagne d’injonctions morales, mais la mode pudique est-elle pour autant « un enfermement du corps des femmes » comme le condamnait Laurence Rossignol en 2016, alors Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes ? Ces nouvelles lignes de vêtements sont-elles seulement une injonction culpabilisante, aliénante et patriarcale pour les femmes ? Les tissus que les créateurs travaillent visent-ils à créer une honte du corps exposé, une pudeur imposée ?

On the 3rd of May 2018, H&M launched its modest’ fashion collection. The brand is following in the footsteps of Nike, American Eagle, Macy’s, Oscar de la Renta and Tommy Hilfiger in entering a market estimated to be worth $500 billion in 2019, according to the Islamic Fashion Design Council in Dubai. This not insignificant figure, reflecting a well-established market, has led to a surge of enthusiasm amongst designers. A number of them have set about squeezing into the corset of religious requirements : no décolleté, knees and shoulders covered, hair concealed. What some call commercial opportunism’ has given rise to vigorous debate : think of Pierre Bergé interviewed on Europe 1 in 2016 : As someone who spent 40 years working alongside Yves Saint Laurent, I have always believed that the role of the fashion designer is to make women beautiful, to give them freedom. Not to be complicit in the authoritarian imposition of this horrible thing by which women are hidden away, forced into concealment.” Or of Alexandre Vauthier speaking to Madame Figaro in May 2018 : Our bodies are of capital importance; they are the reflection of our personality. Why should we hide them ?”

Honte et pudeur. Les deux mots sont lâchés, parfois mis sur un pied d’égalité dans les discours fustigeant la Modest Fashion. Leur définition nous alarme sur la facilité d’un tel glissement sémantique. La honte s’entend d’une part comme un « effet d’opprobre entraîné par un fait, une action transgressant une norme éthique ou une convenance ». La pudeur, dont l’origine latine « pudere » (avoir honte) peut prêter à confusion, n’est autre qu’un « sentiment qui fait appréhender ce qui blesse ou peut blesser la décence » ou encore une « retenue, une réserve, une gêne montrée pour ce qui touche au corps, plus particulièrement à la sexualité ». La pudeur est positive, elle préserve le corps, la honte est négative, elle le cache. La première est choisie et se réfère à des notions éthiques personnelles, la seconde est imposée et se définit par rapport à des normes sociales émergeant dans le consensus du groupe ou de la société.
Et justement, la mode occidentale n’a eu de cesse depuis sa création de repousser les convenances et les normes éthiques : Chanel et l’abandon du corset, Mary Quant et sa mini-jupe, Yves Saint Laurent et son pantalon, tous ont ignoré la pudeur de l’époque pour ouvrir le champs des possibles, déjouer les contraintes liées au corps. La réapparition de nouvelles contraintes vestimentaires liées à la religion suscite une impression d’archaïsme. La société s’indigne : couvrir son corps, est-ce le soumettre de nouveau ? En remontant au mythe de la faute originelle commun aux trois religions monothéistes, nous tenterons de comprendre si le vêtement modeste relève de la honte ou de la pudeur, pourquoi il fait tant débat, et comment ce marché peut trouver sa place dans la société occidentale. 

— Origine : le corps humain et le corps céleste
L’association fondatrice du vêtement à la honte se retrouve dans le récit d’Adam et Eve, commun à la Bible et au Coran. Adam et Eve, le premier homme et la première femme, résident avant la faute originelle dans le Jardin d’Eden. Leur corps de premiers hommes n’existe alors que pour refléter la lumière divine, il n’est pas « en soi », corps et âme ne font qu’un, l’un exprime l’autre. Adam et Eve n’ont alors pas honte de leur nudité car elle va de soi, comme le texte le souligne : « Ils étaient tous deux nus, l’homme et sa femme, et ils n’éprouvaient pas de honte. » (Genèse 2 : 25).
Lors de la faute originelle, qui devra aboutir à la connaissance du bien et du mal, le couple s’éveille et prend conscience de sa nudité : « Leurs yeux se dessillèrent et ils surent qu’ils étaient nus ; ayant cousu des feuilles de figuier ils s’en firent de quoi se couvrir » (ibid. 3 :7). Puis, Dieu intervient pour les vêtir : « Le seigneur Dieu fit pour Adam et sa femme des tuniques de peau dont il les revêtit » (Genèse 3, 21) et les chasse du Jardin d’Eden.
La notion de nudité honteuse apparaît à ce moment précis. Elle se réfère à l’autre semblable mais aussi au divin : Adam et Eve ont honte entre eux et devant Dieu. Le vêtement s’impose comme seul remède à cet effet d’opprobre, l’un chasse l’autre. Ce récit, dont les commentaires sont innombrables, renseigne sur deux points qui sont essentiels à la compréhension de la mode pudique : l’habit est une injonction divine puisque c’est Dieu qui prend le parti de vêtir et il est issu de la honte originelle lié à la perte du corps prélapsaire. 

— Le Dieu habilleur et le corps transcendant
Reprenons le récit et constatons l’évolution : nous passons d’un Homme qui se cache derrière un pagne de fortune à un Homme habillé d’une tunique. Dieu intervient et montre son autorité sur le corps en lui ajoutant une touche finale : le vêtement. Mais quelle est la différence entre le pagne et la tunique ? Le pagne a pour objectif de cacher les organes génitaux, c’est un mécanisme de défense. Le vêtement au contraire, surtout ce vêtement qui est fait de peau, affirme le corps, et le pare comme un écrin. La tunique ajoute une barrière à l’intimité en soulignant la force de la nudité. Nous passons de la honte à la pudeur.
Du côté de l’Homme se précise alors une responsabilité face au corps, chaque individu doit vivre son enveloppe corporelle comme un cadeau : non seulement il doit en prendre soin, mais il doit aussi le glorifier et le considérer dans son origine divine. Le regard du Dieu créateur, seul propriétaire du corps de l’Homme, sur ces enveloppes de chair implique une injonction morale de les chérir, de les sublimer et de les protéger.
La tendance à l’esthétisation du vêtement modeste va donc de soi, s’il protège déjà en n’exposant pas grâce aux normes définies par chaque religion, il tend vers la mise en valeur du corps. Le regard sur le vêtement dans le monde religieux est la conséquence du regard sur le corps de l’individu, et ce concept est indissociable de l’image de son créateur.
Dieu, présent dans le corps religieux fait « à son image », lui donne puissance, préciosité, mais il refuse aussi à l’Homme de le posséder dans sa totalité, il est donc aussi entrave, responsabilité face au divin. Le nouveau testament dira « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et que vous avez de Dieu ? et que vous n’êtes pas à vous-mêmes ? Car vous avez été achetés à prix ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1 Corinthiens 6 :19). Mahomet reprendra la notion de responsabilité dans un hadith (commentaire oral) rapporté par le sahîh de Muslim ibn al-Hajjaj (819−875), il dit « Ton corps [créé des mains de Dieu] a un droit sur toi, et donne à chacun son droit [sur son corps]. »
La honte face à Dieu, se transforme donc en pudeur lorsque l’individu accepte de considérer sa chair comme témoin de la transcendance. Il y a là un point, trop souvent oublié des débats sur la Modest Fashion : avant que la communauté religieuse ne codifie le vestiaire, il y a la volonté de trancher par le vêtement avec la vision occidentale du corps immanent, suffisant à lui même.
Il reste cependant une pièce manquante : l’autre. Si le vêtement et le corps attestent d’une relation à Dieu, ils sont aussi objets de société, langage et marqueurs identitaires. Le vêtement particulièrement s’associe volontiers au langage, il est comme Barthes le décrit dans son Histoire et sociologie du vêtement, « à la fois système et histoire, acte individuel et institution collective ». 

— Dieu, moi et les autres
Pourquoi Adam et Eve ont-ils honte entre eux lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils se voient nus ? Ils découvrent en fait les implications de la nudité en présence de l’autre : l’autre a la possibilité à travers son regard de les condamner à n’exister qu’à travers un corps, de faire abstraction de l’âme en suivant uniquement l’injonction visuelle. Existe-t-il plus grande humiliation pour un être spirituel que de n’être perçu que sous une apparence purement physique ? Adam et Eve savent désormais que l’autre peut d’un regard les faire devenir autre que ce qu’ils aspirent à être. La réalité physique devient si prolixe sur l’identité qu’elle tend à réifier l’individu et à le démunir de sa faculté à se forger sa propre identité.
Par ce biais, il y a le risque qu’il y ait identité dans le regard de l’autre entre le corps et l’individu. L’interprétation face au corps vêtu ou non, peut-être soit libératrice, soit condamnatrice. Par exemple, par sa capacité à comprendre le langage du vêtement porté, l’autre explicite aussi la relation entre l’homme et Dieu. En confrontant son interprétation des signifiants de l’habit avec ses normes éthiques, l’autre va faire honte ou honneur. 

—Résoudre le dilemme tripartite
Le marché de la Modest Fashion est donc le résultat d’un conflit entre trois normes sociales : celle imposée par Dieu, celles du semblable possédant les mêmes codes éthiques que moi (la communauté religieuse), et celle de l’étranger possédant des normes différentes (le système de la mode moderne). La communauté religieuse est inclusive, elle demande un signe de ralliement visuel, un uniforme pour créer un sentiment de groupe, elle désire une certaine cohésion dans le vêtement, qui en plus d’être une injonction divine devient un symbole d’appartenance.
La société moderne est exclusive, elle revendique la liberté en tout, et exècre les diktats. C’est le « tout sauf les règles ». C’est aussi la société exposée sur le net, qui se nourrit d’images et où l’image prime. C’est enfin par définition une société de renouveau (modernus, ce qui est récent en latin), qui n’intègre pas la tradition comme une valeur contrairement aux trois religions monothéistes.
Les normes de la communauté religieuse vont rigidifier celles données en premier abord par les textes saints. Quelquefois on les verra amplifiées, ou détournées, la limite se situant dans l’interprétation des textes. Les normes de la société moderne vont imposer d’autres demandes contradictoires. Le vêtement des millenials est nécessairement revendication identitaire. La honte se glisse à chaque dérogation aux principes des pôles de ce triptyque presque irréconciliable.
La mode modeste se pose comme une réponse à cette équation. De la honte, elle crée une nouvelle catégorie de vêtement, porteur de toutes les conventions : vêtement respectant l’injonction divine, ne suscitant pas l’exclusion de la communauté religieuse, et suffisamment affirmatif et moderne pour parler de langage de leur génération. 

Ce processus d’ajustement des normes par l’affirmation de nouvelles esthétiques est assez unique car les normes religieuses, ayant une vocation universelle, n’ont pas pour but initial de rompre avec la société moderne. A l’inverse, dans les exemples les plus fréquents de l’histoire de la mode, les sous-cultures hippie ou punk n’avaient pas de désir d’inclusion dans la société dite moderne, elles avaient au contraire un désir de différenciation très affirmé. Les problématiques d’intégration culturelle liée aux vêtements s’illustrent lors de vagues de stigmatisation. On se rappelle du mouvement #blackisbeautiful ou de l’origine des marches de la fierté LGBT.
La mode pudique reflète une modernité. C’est la proclamation du corps dans son identité complexe, c’est le reflet de consommateurs fiers d’appartenir à plusieurs communautés sans en trahir aucune. C’est le compromis qui ne compromet pas. La mode pudique est par définition la victoire de la pudeur sur la honte et c’est là que réside la clé de son succès commercial.

It goes without saying that the body is more fully covered up when style is accompanied by moral injunctions, but is modest fashion really an imprisoning of women’s bodies,’ as Laurence Rossignol said damningly in 2016 as Minister for the Family, Childhood and Women’s Rights. Are these new clothing lines nothing more than an alienating patriarchal injunction designed to make women feel guilty ? Are the materials the designers are using intended to create shame of the exposed body, to impose modesty ?
Shame and modesty. The two words are thrown around, and sometimes used synonymously, in criticism of modest fashion.’ Their definition alerts us to how easily such a worrying semantic slippage can occur. Shame is understood on the one hand as an effect of opprobrium caused by a fact or an action transgressing an ethical norm or convention.’ Modesty (the word for which in Romance languages comes, confusingly, from the Latin for shame) is nothing other than a feeling that something is or might be an outrage to decency’ or a restraint, a reserve, an embarrassment around anything to do with the body, and especially sexuality.’ Modesty is positive; it protects the body. Shame is negative; it hides it. The former is a choice and a function of individual ethics; the latter is imposed and defined in relation to social norms emerging from social or group consensus.
And indeed, Western fashion since its inception has never stopped pushing back against ethical conventions and norms : Chanel and her corset, Mary Quant and her mini-skirt, Yves Saint Laurent and his trousers — all ignored the standard of modesty of the period to open the door to new possibilities, to free the body from its constraints. The reappearance of new sartorial constraints, linked to religion, seems archaic. Society grows indignant : in covering our bodies, are we not subjugating ourselves once more ? Going back to the myth of the fall common to all three monotheistic religions, we will try to understand if modest dress is a matter of shame or modesty, why it is so controversial and how this market can find its place in Western society.

—Origins : bodies human and heavenly
The fundamental link between clothing and shame can be found in the story of Adam and Eve, common to both the Old and New Testaments as well as the Quran. Adam and Eve, the first man and the first woman, live, before the Fall, in the Garden of Eden. Their untainted bodies exist to reflect the divine light; they do not exist in their own right. Body and soul are one, each expressing the other. Adam and Eve have no shame of their nudity because it is a given, as the text emphasises : And they were both naked, the man and his wife, and were not ashamed.”
It is the original sin, which leads to the knowledge of good and evil, which causes the couple to awaken to their nudity and become conscious of it : And the eyes of them both were opened, and they knew that they were naked; and they sewed fig leaves together, and made themselves aprons” (Ibid., 3.7). Then, God intervenes to clothe them : Unto Adam also and to his wife did the Lord God make coats of skins, and clothed them” (Ibid., 3.21) and expels them from the Garden of Eden.
The idea of nudity being shameful appears at this precise moment. It triangulates the similar other and the divine : Adam and Eve are ashamed in front of one another and before God. Clothing is necessarily the only remedy for this effect of opprobrium; the one abolishes the other. This story, commentaries upon which are innumerable, instructs us on two points which are essential to understanding shame : dress is a divine injunction since it is God who clothes, and it issues from the original shame linked to the loss of the prelapsarian body. 

—God the tailor and the transcendent body
Let us return to the story and trace its evolution : we pass from a Man who conceals himself behind a convenient fig leaf to a Man wearing a tunic. God intervenes and demonstrates his authority over the body by adding a final touch : clothing. But what is the difference between a fig leaf and a tunic ? The fig leaf is intended to hide the genital organs; it is a defense mechanism. Clothing, on the other hand, especially clothing made of skin, defines the contours of the body. It is a setting for it. The tunic creates a barrier to intimacy by underlining the power of nudity. We pass from shame to modesty.
On the part of Man, a responsibility towards the body is created at that moment. Every individual must experience their corporeal envelope as a gift — not only must they take care of it, but they must glorify it and take into account its divine origin. The gaze of the Creator (sole owner of the body of man) on these corporeal envelopes implies a moral injunction to cherish them, sublimate them and protect them.
The tendency towards the aestheticisation of modest clothing is then a matter of course. If it protects through non-exposure according to the norms defined by each religion, it tends to the valorisation of the body. The gaze on clothing in the religious world is the consequence of the gaze on the individual body, and this concept is inseparable from the image of its creator.
God, present in the religious body made in his image,”gives it power and value, but also makes it impossible for man to possess it in its entirety; it is a hindrance, a responsibility in the face of the divine. The New Testament will say : What ? Know ye not that your body is the temple of the Holy Ghost which is in you, which ye have of God, and ye are not your own ? For ye are bought with a price : therefore, glorify God in your body, and in your spirit, which are God’s” (1 Corinthians 6 :19). Mohammed will take up this notion of responsibility in a hadith (oral commentary) reported by the sahih Muslim ibn al-Hajjaj (819−875), which says : Your body has a right over you, and gives to each its right.”
Shame in the face of God turns into modesty when the individual comes to accept his flesh as testimony of his transcendence. This is a point too often forgotten in debates around Modest Fashion : before the codification of clothing by the religious community, there is a desire to use clothing to break with the Western vision of the immanent, self-sufficient body.
There is still one piece missing : the other. If clothing and the body attest to a relationship with God, they are also social and linguistic objects, markers of identity. Clothing, especially, is closely linked to language; it is, as Barthes describes it in The Language of Fashion, at once system and history, individual act and collective institution.”

—God, self and others
Why do Adam and Eve feel shame in front of each other when they realise that they are seeing each other naked ? They discover the implications of nudity in the presence of the other : the other is able, through their gaze, to condemn them to being nothing more than a body, to subtract the soul in following solely the visual injunction. Is there a greater humiliation for a spiritual being than to be perceived only as a physical entity ? Adam and Eve know that henceforth the other can, with a single glance, make them become something other than what they aspire to be. The physical reality speaks so eloquently of identity that it tends to reify the individual and deprive them of their faculty to forge their own identity.
Thus, there is the risk that in the gaze of the other, the body and the individual become one and the same. This interpretation of the body, clothed or not, can be liberating or condemnatory. For example, through their ability to decode the clothes worn, the other also makes explicit the relationship between man and God. In comparing their interpretation of the clothes worn with their ethical norms, the other can bring shame or honour. 

— Resolving the tripartite dilemma
The Modest Fashion market is thus the result of a conflict between three social norms : that imposed by God, those of people like me, sharing the same ethical codes as me (the religious community), and that of the stranger with different norms (the modern fashion system). The religious community is inclusive, and demands a visual sign of adherence — a uniform — to create group feeling. It seeks a certain level of sartorial cohesion, which is both a divine injunction and a symbol of belonging.
Modern society is exclusive, values freedom in every domain and despises diktats. It is a matter of anything goes.”It is also the society visible on the net, which feeds on images, and where the image is of paramount importance. It is by definition a society of innovation (modernus in Latin means that which is recent), which does not valorise tradition, in contradistinction to the three monotheistic religions.
The norms of the religious community make more stringent those laid down originally in the holy texts. Sometimes they are amplified, or altered, to the extent that the interpretation of the texts allows. The norms of modern society impose different, even contradictory, demands. Clothing for millennials is necessarily about laying claim to an identity. Shame insinuates itself into every derogation from the principles at each point of the triangle, principles which are irreconcilable.
Modest fashion presents itself as a solution to this equation. Out of shame, it creates a new category of clothing, into which are woven all the conventions : clothing which respects the laws of God, preventing exclusion from the religious community, and which is affirmative and modern enough to speak the language of millennials. 

The process of adjusting norms through the affirmation of a new aesthetic is unique since religious norms, given their universal vocation, do not seek primarily to occasion a break with modern society. In the history of fashion, the opposite has been more common : the punk and hippie subcultures did not seek inclusion in contemporary society, but, on the contrary, had a strong desire for differentiation. The problematics of cultural integration linked to clothing are illustrated in periods of acute stigmatisation. We might think of the #blackisbeautiful movement or the origins of Gay Pride.
Modest fashion reflects a modernity. It is the proclamation of the body in its complexity, the reflection of consumers proud of belonging to several communities without betraying any of them. It is the compromise which doesn’t compromise. Modest fashion is by definition the victory of modesty over shame : therein lies the key to its commercial success.

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