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Avatar

Exhibition

I want

Tiffany Godoy

Avatar Issue

Author
MANON RENAULT

Exergue 1 : « L’avatar, c’est peut-être cette part de nous-même qui ne demande qu’à se réaliser. » Tiffany Godoy
Exergue 2 : « On injecte des signes réels dans le virtuel pour instaurer le trouble. Mais finalement le strip-tease n’en est jamais un. Nous sommes aux commandes de l’image. » Tiffany Godoy

Inféodé à la platitude d’une vie rythmée par les habitudes, l’homme s’arrache aux possibilités d’être ce qu’il rêve pour se résoudre aux cauchemars de ce qu’il ne se sera pas. Se réaliser dans le regard d’une famille, d’une entreprise : la pire des emprises ? Le véritable avatar, est-ce cela ? Cet être dont l’identité n’est plus le résultat d’un choix autonome, mais la réponse à des attentes perçues. Dans ce nouveau monde, la mode peut nous sauver comme nous engluer. Quand elle se fait le fruit d’un discours qui impose à l’être un paraître, la mode impose l’avatar. Pour rétablir l’horizontalité et favoriser l’expérimentation d’une mode libre, Tiffany Godoy incorpore depuis le début de sa carrière, les nouveaux outils technologiques pour construire « The Reality Show », un tiers-lieu localisé sur Instagram « plus immédiat, plus pratique pour communiquer, et m’exprimer. » Un projet anthropologique virtuel, qui est tout aussi réel que ce magazine, dont il faut parfois humidifier les pages pour qu’elles se tournent. Dans The reality Show la technique n’est plus le pendant d’un monde réel, elle est au service de ce dernier et permet d’expérimenter la mode d’une manière inédite. L’idéologie d’un avatar cloisonnant s’éteint, au profit d’une célébration de la culture de l’avatar- soit une culture de la liberté d’être à travers le changement permanent sans pendant psychologisant. Pour Tiffany Godoy, « peu importe l’espace virtuel ou l’espace réel, l’homme à tendance à performer, faire le show. C’est une réalité. D’où le nom « The Reality Show ». »
De chair et de câbles
L’avatar est-ce le soi dominé par le regard de l’autre ?
L’œil de Godoy est la caméra d’une mode anthropologique. Il se trouve à l’extrémité d’une terminaison nerveuse, qui s’est métamorphosée en perche selfie qu’elle tient entre ses propres mains. Elle le balade aux quatre coins du monde. Parfois, elle prête la perche à d’autres acteurs des champs des arts et de la mode : des stylistes (comme Palomo Spain), ou des artistes (@katiemonster). La mode prend d’emblée une teneur autre, puisque c’est depuis le point de vue de l’énonciateur que le spectateur regarde. « Le magazine de mode classique repose sur un principe de communication Top/​Down”. Le Reality show est une hybridation entre le positionnement du documentariste et de la culture YouTube. C’est l’idée d’égalité. Mais également d’un contenu travaillé qui demande une discipline journalistique. Finalement une remise en question des frontières de la mode, un jeu sur les modes d’adresse. Je voulais casser l’élitisme, et documenter la manière dont les gens qui ont le pouvoir vivent et créent –tout simplement. Expérimenter, guider dans des situations du quotidien et renverser les hiérarchies. » Ainsi on peut découvrir la playlist du journaliste Tim Blanks alors qu’il prépare la Fashion Week — soit une exploration de la vie, devenue un exotisme dans une société où l’idéal de l’avatar insinue une simulation de l’exceptionnel. 
Par la mise en place de ce régime scopique, Godoy met fin au sentiment de domination. À la fois caméra et image présente. Elle orchestre les regards, et reprend les commandes de l’image sur laquelle elle apparaît. Démonstration que le virtuel est tout aussi contrôlable que le réel. « Le All Access est un mythe. Finalement on ne montre qu’une part de soi. C’est réel, et en même temps ça ne l’est pas. Le jeu à l’heure actuelle est d’utiliser le virtuel et d’injecter des signes réels pour instaurer le trouble. Mais finalement le strip-tease n’en est jamais un. Nous sommes aux commandes de l’image. » 
The Reality Show transcende la panique morale selon laquelle l’avatar a avalé l’homme. « Les artistes construisent depuis longtemps d’autres formes d’être. Pour moi, il y a plusieurs types d’avatars, qui correspondent à différentes manières de construire et gérer l’image. Des artistes comme Petra Collins font des autoportraits mais sous un sceau esthétique qui fait que l’univers construit est un filtre qui masque ce qu’ils sont réellement. »
Carrière ? Avatar.
Si cette culture de l’avatar se renouvelle à l’ère digitale, elle a toujours existé : « Il me semble qu’il y a cette culture de la navigation et de l’expérimentation et que d’un autre côté il y a ceux qui deviennent un personnage. » Un privilège, ou plutôt une punition que les lauriers de la renommée imposent aux célébrités. Avec le pouvoir, vient l’avatar ? « A plusieurs reprises je discutais avec Caroline de Maigret qui m’a fait remarquer que les personnes les plus connues dans la mode sont celles qui restent fidèles à des uniformes inchangés. Karl Lagerfeld, Anna Wintour. Ils sont leurs propres avatars. » 
L’avatar grand public, au contraire, est émancipateur « L’avatar, c’est peut-être cette part de nous-même qui ne demande qu’à se réaliser. Quand j’utilise le selfie stick, il y a une sorte d’excitation. Les gens voient une caméra, et ils se mettent en scène pour répondre au désir de la personne derrière la caméra. Mais s’ils dirigent la perche la relation change. La personne peut exprimer des choses qu’elle cachait, combattre une forme de timidité. Le selfie Stick t’offre la possibilité d’être ce que tu aimerais être dans la vie quotidienne : être plus séduisant, plus cool. C’est ça la culture de l’avatar ? ». À défaut de l’idéologie de l’avatar angoissante, la culture qui éclot de cette figure ressemble à une promesse exfoliante d’un empowerment, d’une navigation libre et autonome.
Nomade, vagabonde
L’avatar, est-ce le casanier ? Celui qui regarde l’extérieur à travers une unique fenêtre ? 
« L’idée avec The Reality Show est d’emmener les gens avec moi quand je voyage. J’ai envie qu’ils ressentent ce j’ai éprouvé lors de mes premiers voyages au Japon. Je regardais partout, sans cesse. J’étais fascinée et je n’ai pas envie de perdre cette sensation. »
Le refus du voyage est un barrage à l’accomplissement pour Godoy. « C’est un besoin, c’est organique. Dès que je peux, je pars. » Bangkok, Paris, Tokyo, Helsinki, Shanghai, New York, Hong Kong : une liste non-exhaustive des villes ou Tiffany a résidé ces trois derniers mois. Une équation qui semble impossible, inhumaine. Est-elle là, ici à Paris ? Est-elle devenue l’hologramme instagramable composé des rayons lumineux des pays qu’elle foule ?
Dans The Reality Show, elle devient le canal d’un monde cosmopolite et permet aux cultures locales de respirer à l’heure où l’idée d’un monde global les a étouffées. « La culture Française est très physique, très expressive. Il faut être dans l’interaction. Tandis qu’au Japon les émotions sont dissimulées. On ne montre rien. La technologie devient alors un moyen pour s’exprimer en gardant cette pudeur. Le téléphone est un compagnon de vie. Les gens sont leurs propres médias depuis bien plus longtemps qu’en Europe car ils vivent dans une monoculture. Les médias sont devenus à la fois leurs amis et leurs fenêtres sur les mondes. » Percevoir, c’est regarder l’homme tout comme son ombre — désolée Platon. Pour comprendre la mode dans chaque pays, Godoy s’intéresse aussi bien aux médiatisations qu’aux récits des designers. L’œil-caméra toujours en marche, elle reste fascinée par les évolutions techniques mais aussi les innovations dans les manières d’utiliser les objets- les coutumes. « C’est une technologie, ce n’est pas virtuel mais pourtant c’est également cela la modernité. Inventer des objets, qui facilitent le quotidien. Ce qui me fascine c’est de comprendre comment d’une région à une autre, d’une personne à l’autre cet objet va devenir quelque chose d’autre. Se transformer au fil des utilisations. » Finalement, comment aux mains du quotidien un objet devient les avatars de ce qu’il devait initialement être.
« In a way I’m a translator »
La culture de l’avatar promeut avec elle un déracinement : c’est la réduction à un espace, l’essentialisation d’un être à ses racines qui aide les individus à devenir des avatars tributaires. Peu importe où elle est, Tiffany Godoy reste entièrement elle-même. 
Elle est l’œil, le traducteur portatif que l’on prend tel un guide pour découvrir le monde. « J’ai commencé à vivre à Tokyo en 1997 donc tout cela n’a rien de nouveau pour moi. Mon expérience, mes capacités à communiquer : cela a rendu les gens curieux au fil du temps. » Godoy aurait pu être cette américaine avec une connaissance inédite de la culture Japonaise, devenir cet avatar qui répond à une demande de la mode contemporaine, mais sans cesse elle nous échappe et nous surprend. 

Incarner la mode
L’avatar, est-ce celui qui se métamorphose pour appartenir à un groupe ?
« À 16 ans, mes amis de L.A. choisissaient entre une voiture, et se faire refaire le nez. La chirurgie s’est banalisée. Une modification du corps qui n’est plus contestée, aux États-Unis en tout cas. La chirurgie est sans doute liée à cette culture de l’avatar, du changement, mais d’un pays à l’autre c’est différent. C’est fascinant de voir au Japon le nombre de coiffeurs, de maquilleurs dans les rues. On change de coiffure, de visage en un claquement de doigt. C’est la mode le plus important. Être mode. » En tant que phénomène sociétal, la mode repose sur un principe constant d’inconstance. Pour répondre à ce paradoxe, les japonais n’hésitent pas à tout utiliser. « Ce qui est intéressant c’est qu’en Europe pendant les années 90, les subcultures juvéniles disaient je m’habille comme un skateur. Le « comme » est important. Le groupe auquel les jeunes souhaitaient s’intégrer était facilement identifiable. Aujourd’hui j’ai l’impression que le groupe n’a plus vraiment de nom précis. C’est la mode, le luxe, enfin l’idée que ces jeunes s’en font. Ils mélangent Gucci, Balenciaga, le but c’est d’être toujours le plus pointu possible est de le faire savoir. Cela implique des combinaisons qui ne répondent pas aux magazines de mode. C’est cela que je cherche à documenter, à saisir. » Un point important du Reality Show concerne la beauté. L’accès aux créations de prêt-à-porter reste le privilège d’une élite : alors la culture avatar se prolonge sur le physique. La couleur de la peau, des cheveux et des ongles changent constamment. Le cas des débats autour des métamorphoses de Kim Kardashian trouvent peut être une réponse dans cette culture de l’avatar. Il ne s’agit plus de se demander à qui la personne ressemble, à quel groupe elle emprunte les traits, mais à quel groupe elle n’appartient pas. « La culture de l’avatar, c’est ressembler à tant de choses différentes que la question de l’imitation d’un groupe précis ne se pose plus. » Dans certaines cultures, le refus du changement est si violent, que la mode devient capitale : « Le tout se résume dans Have a Look”. Au japon, la mode n’est pas la traduction d’une croyance ou d’une réflexion : il s’agit de se montrer. Aux États-Unis on ne peut pas lire les choses de la même manière. Le contexte de création de la nation est différent. » 
Les volontés de traduire son appartenance mutent en des temps différés selon les cultures et les pays. Ce qu’il faut retenir ? En devenant nomade, l’accès à la mode fait de l’idée de « racines » un avatar paralysant.
La culture de L’exhibition est un Reality Show.
« L’idée d’hybridation est forte dans un âge virtuel qui promeut la récréation de soi. Nous avons des vies, digitales bien réelles dans lesquelles nos identités naviguent. Cela crée de nouveaux langages, fonctionnels dans le quotidien. Les gens parlent d’eux en utilisant « they ». Ils dépassent les cases genre « he » or « she ». La culture avatar se matérialise dans le réel. »
Tuer l’avatar est voir s’il reste un homme avec des besoins, des sentiments des émotions. Il s’agit du but des jolies filles de science-fiction. Avec Tiffany, le virtuel c’est oublier de contrôler sa vie. « Je crois que les gens ont juste besoin de se relaxer, c’est nécessaire en ce moment. Prendre un moment pour soi, se reconnecter avec la nature et les autres. La perche selfie permet selon moi de décentrer le regard et de vivre l’expérience avec la personne. D’être plus connecté que jamais, être plus présent à soi que jamais. » Alors Tiffany part se détendre avec un avatar de la pop. « Le nouveau disque de Mariah Carey, c’est Mimi ou Mariah, comme tu veux. »

In the platitudinous serfdom of a life regulated by habit, man tears himself away from the possibilities of being what he dreams of, to reconcile himself to the nightmares of what he won’t be. To realise one’s self in the gaze of a family, of a business, is that the worst kind of vassalage? Is that not the real avatar? This being whose identity is no longer the result of an autonomous choice, but a response to perceived expectations. In this new world, fashion can save us as well as imprisoning us. When it is the fruit of a discourse which imposes appearance onto being, fashion is imposing an avatar. To re-establish horizontality and promote the experimentation of an emancipated fashion, Tiffany Godoy has, since the beginning of her career, incorporated new technological tools to construct The Reality Show, a third place, located on Instagram: a more practical means of communication and self-expression for me.” A virtual anthropological project which is none the less just as real as this magazine, whose pages occasionally need to be moistened if one is to turn them. In The Reality Show technique is no longer the twin of a real world, it is in the service of that world and enables a new experience of fashion. The idea of a separated avatar disappears, to the benefit of a celebration of the culture of the avatar – in other words a culture of freedom to be through permanent change, without a psychologizing aspect. For Tiffany Godoy, it doesn’t matter whether we’re talking about virtual space or real space, man is inclined to perform, to put on a show. That’s a reality. Hence the name The Reality Show.”
Of flesh and digital sinews.
Is the avatar the self dominated by the gaze of the other?
Godoy’s eye is the camera of an anthropological fashion. It is located at the extremity of a nerve ending transformed into the selfie stick she holds in her own hands. She carries it to the four corners of the world. Sometimes she lends her selfie stick to other figures from the world of art and fashion: stylists (like Palomo Spain) or artists (@katiemonster). Fashion immediately takes on a different valence, because it is from the point of view of the locutor that the viewer sees the world. The classic fashion magazine is based on a top-down principle of communication. The Reality Show is a hybrid between the documentary form and YouTube culture. The idea of equality. But also of a content which has been worked upon and which requires a journalistic disciple. Finally, it calls into question the boundaries of fashion; it is playing with different modes of address. I wanted to smash elitism and document, quite simply, the way in which the people who have the power live and create. To experiment, to act as a guide in everyday situations and invert the hierarchies.” Thus we find the playlist of the journalist Tim Blanks whilst he is preparing Fashion Week. In other words, we find an exploration of life which has become something rare in a society where the ideal of the avatar slyly suggests a simulation of the exceptional.
Through the setting up of this scopic regime, Godoy puts an end to the feeling of domination. Camera and image are one and the same. She orchestrates gazes and re-establishes control over the image in which she appears, demonstrating that the virtual is as controllable as the real. All access is a myth. We only ever show a part of one’s self. It’s real, and at the same time, it’s not. The game at the moment is to use the virtual and to inject in it signs of the real to destabilise it. But finally the strip tease is never a strip tease. We are controlled by the image.”
The Reality Show transcends the moral panic according to which the avatar has swallowed the man. For a long time, artists have constructed other ways of being. For me there are several types of avatar which correspond to different ways of constructing and managing the image. Artists such as Petra Collins produce self-portraits, but with the stamp of the aesthetic which means that the universe constructed is a filter which masks what they really are.”
Career? Avatar.
If this culture of the avatar is experiencing a renewal in the digital era, it has nonetheless always existed. I think that there’s this culture of navigation and experimentation and on the other hand there are those who become a personality.” A privilege or a punishment that the laurels of fame impose on celebrities. Does power generate an avatar? I’ve discussed this on many occasions with Caroline de Maigret and she pointed out that the most famous people in the fashion world are those who never change their uniform. Karl Lagerfeld, Anna Wintour. They are their own avatars.”
The everyman avatar, on the other hand, is emancipatory. The avatar is perhaps that part of ourselves which asks only to realise itself. When I use the selfie stick there is a rumble of excitement. People see a camera and they start to perform in response to fulfill the desire of the person behind the camera. But if they are holding the stick, the relationship changes. The individual can express things that they would otherwise hide, can combat their shyness. The selfie stick gives you the possibility of being who you would like to be in daily life: cooler, more seductive. Is that the culture of the avatar?” In place of the disturbing idea of the avatar, the culture blossoming from this figure is like a promise of empowerment, of a free and autonomous navigation.
Nomad, vagabond
Is the avatar the homebody? Looking out through a single window?
The idea with The Reality Show is to bring people with me when I travel. I want them to experience what I experienced when I first went to Japan. I was looking all around me, all the time. I was fascinated and I don’t want to lose that feeling.”
For Godoy, not taking the opportunity to travel stops people from fully developing. It’s a need. It’s organic. As soon as I can, I leave.” Bangkok, Paris, Tokyo, Helsinki, Shanghai, New York, Hong Kong: a non-exhaustive list of the towns Tiffany has stayed in in the past three months. An equation which seems impossible, superhuman. Is she really here in Paris? Has she become an Instagrammable hologram, made up of the light rays of the countries she passes through?
In The Reality Show, she channels the cosmopolitan world and allow local cultures space to breathe at a time when the idea of the global world threaten to suffocate them. French culture is very physical, very expressive. You have to be present in the interaction, whereas in Japan emotions are concealed. People don’t reveal anything. Technology then became a means of expressing one’s self whilst maintaining that restraint. The telephone is your constant companion. People have been their own media for much longer than in Europe because they live in a monoculture. The media are both their friends and their window onto the world.”
To perceive is to see man as well as his shadow (sorry Plato). To understand fashion in each country Godoy also takes as much interest in the media coverage of the designers as in their stories. Always accompanied by the camera-eye, she remains fascinated by technological developments but also by innovations in the way objects and customs are used. It’s a technology, it’s not virtual but at the same time that’s modernity – inventing objects which make everyday life easier. What fascinates me is understanding how, from one region to another, for one person to another, the object becomes something else. How it is transformed through use.” In the end, how in the workings of everyday life, an object becomes the avatar of what it had initially been.
« In a way I’m a translator »

The culture of the avatar brings with it a deracination: it’s a reduction to a space, the essentialization of a being to its roots, which helps an individual to become tributary avatars. Wherever she is, Tiffany Godoy is always and absolutely herself. 

She is the eye; the mobile translator we take on as a guide to discover the world.
I began to live in Tokyo in 1997 so none of this is new for me. My experience, my ability to communicate, is what made people curious over time.” Godoy could have been that American with an unheard-of knowledge of Japanese culture, could have become that avatar who responds to one of contemporary fashions’ demands, but instead she constantly surprises and escapes us.
Incarnating fashion
Is the avatar the person who effects a metamorphosis to belong to a group?
At the age of 16, my friends in LA were choosing between buying a car and having a nose job. Plastic surgery is no longer a big deal, in the US at any rate. Doubtless plastic surgery is linked to this culture of the avatar, of change, but is different from one country to the next. It is fascinating in Japan to see the number of hairdressers and make-up artists on the street. People change hair styles, change their face, at the drop of a hat. It’s fashion that’s most important. Being fashion.”
As a social phenomenon, fashion is underpinned by an unchanging principle of constant change. In response to this paradox, for the Japanese everything is grist to the mill. What’s interesting is that in Japan in the 1990s, youth subcultures talked about dressing like skaters. The like” is important. The group to which teenagers wanted to belong was easily identifiable. Today I think that the group no longer has any precise name. It’s fashion, it’s luxury, as young people understand it. They mix Gucci, Balenciaga, the aim is always to be as radical as possible, and to show that off. It involves combinations that you wouldn’t see in fashion magazines and that’s what I’m looking to document, to capture.”
Beauty is an important point of The Reality Show. Access to the prêt-a-porter collection remains the privilege of an elite: as a result, avatar culture extends to the physical. Skin colour, hair and nails change constantly. The debates around the metamorphosis of Kim Kardashian find an echo in this culture of the avatar. It’s not about asking who the person resembles or on what group they have modeled their look, but to what group they do not belong. The culture of the avatar is about looking like so many things that the question of imitating a specific group becomes irrelevant.” In certain cultures, the refusal of change is so violent that fashion becomes of supreme importance. Everything is summed up in Have a Look’. In Japan, fashion is not the translation of a belief or a reflection: it’s about showing yourself. In the US, we cannot read things in the same way. The national creative context is different.”
The desire to translate one’s appearance changes across time according to cultures and countries. What can we learn from this? In becoming nomadic, access to fashion makes the idea of roots a paralyzing avatar.
The culture of the exhibition is a Reality Show
The idea of the hybrid is prominent in a virtual age which promotes self-recreation. We have lives, digital as well as real, which our identities navigate. This creates new languages, which function in everyday life. People talk about themselves using they. They’ve superseded pigeonholes like he or she. Avatar culture is materializing in the real.

Killing the avatar is seeing whether there remains a man with needs, feelings, emotions behind it. It’s the aim of pretty girls in science fiction. With Tiffany, the virtual is forgetting to control your life. I think people just need to relax, it’s necessary at this moment in time. Taking a moment for one’s self, reconnecting with nature and with other people. The selfie stick, in my view, enables us to decentre the gaze and to live the experiences with another person. To be more connected than ever, to be more present to one’s self than ever.” So Tiffany leaves to relax with a pop music avatar. The new Mariah Carey album, Mimi, or Mariah, whichever.”

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