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Yilmaz Sen

Avatar Issue

Author
Manon Renault

Exergue 1 : « Dans un monde où toutes les manières d’être sont devenues similaires, je pense qu’il relève de la responsabilité de l’artiste de créer quelque chose d’inattendu » Yilmaz Sen
Exergue 2 : « Yilmaz Sen est un hackeur, qui cherche à provoquer. Non pas à dégoûter ou perturber, mais transformer l’avatar en une beauté alternative. »
Il était temps de faire sauter le disjoncteur, de faire chavirer toutes ces images d’un bonheur composé de chats, poses de Yoga, et de cupcakes roses à base de farine de soja. Leurs miettes étaient devenues indigestes, et dissimulaient bien mal le droit au malheur, à l’échec, au sarcasme et à se jouer de l’ironie de la vie. La simulation d’un soi parfait désagrège la complexité de l’être en faveur d’une course infernale vers des paillettes qui ne sont que les fragments d’une politique totalitaire de la réussite, et de l’empowerment. Le pouvoir à l’individu ? Une vaste arnaque avec des phrases « prêtes à réchauffer » comme : « vous être votre propre maître, vous existez, nous vous aimons, nous vous likons. » Un refrain Raffarin d’une positive attitude émancipatrice qui est devenu castratrice car elle n’est plus proposée mais imposée. Cet avatar, plus personne n’y souscrit ? Yilmaz Sen poste le 16 mars 2017 sur son compte Instagram la photo d’un ciğerli pilav. En légende, on peut lire #Me. Un image bien familière, pas très « jolie », pas très likeable : de celles utilisées par les restaurants ouvert H/​24 pour orienter des jeunes égarés affamés qui auraient vidé un peu trop de verres. 139 likes. Yilmaz Sen ne ressemble vraisemblablement pas à un plat de riz bouilli. Et c’est ça qui est sublime. 
De plus en plus de comptes Instagram trafiquent les représentations populaires du bonheur et du soi en introduisant un ordre sublime où la beauté prend naissance dans le spectacle de l’horreur. Le bien, le beau, le sublime : des concepts qui demandent à se faire l’avatar d’un philosophe en esthétique de l’art dans une France qui aime à citer Spinoza ou Walter Benjamin. Pourtant, le sublime est tout aussi bien résumé dans les phrases de la chanson « L’instant Sublime » de Julien Loko, candidat malheureux du télé-crochet La nouvelle star. Il chante sur une pop française, un état où l’homme « au milieu de ombres et des instants troublés, se débat et aime » Gêne ? Distorsion des attentes face à la lecture de cette dernière référence ? Alors vous expérimentez le travail artistique de Yilmaz Sen : faire advenir le trouble. Yilmaz fait de l’avatar un outil de distorsion du réel. « Si l’on doit découvrir ce que l’avatar signifie, et si l’on part du principe selon lequel je crée dans mes travaux des avatars, alors je dirais que l’avatar doit être surprenant. Il n’est jamais le même, il est une multiplicité de choses permettant d’entrevoir une combinaison infinie de possibilités du réel. En tant que créateur je suis responsable de l’avatar. Je dois le rendre provocant, non condescendant, et je dois toujours proposer un avatar inattendu. Dans un monde où toutes les manières d’être sont devenues similaires, je pense qu’il relève de la responsabilité de l’artiste de créer quelque chose de différent et d’inattendu.”

« Désolé je n’ai pas complètement compris la question ». Quelques couacs dans les formulations – ou des passages sous tunnel — qui sont peut-être le résultat d’une pré-connaissance des gens et des choses via les écrans. Dans la discussion, les avatars tombent. D’où ces quelques mots qui tentent de brosser un portrait subjectif de Yilmaz Sen. Un artiste auquel on a donné un bol de paillettes Balenciaga, et qui aujourd’hui cumule les likes alors que ses dessins, faits dans le bus en septembre 2012 restent inconnus. Preuve que nous sommes prévisibles. Alors promis on ne parlera pas que de Balenciaga.
L’avatar : une uniformité conforme des difformités ? 
Chez Yilmaz, l’avatar a un goût de paradis perdu. Son univers dystopique reste au bord des lèvres, et devient le reflet d’accumulations d’échecs face à la panoplie moderne de la réussite. Des piques pointues jaillissent des figures de jeunes filles, les silhouettes de femme vêtues de Balenciaga se liquéfient, la peau semble aussi flexible que du chewing-gum et fait rebondir les corps comme des ballons, les empêchant inlassablement d’avancer. Le compte de Yilmaz Sen se confronte aux paradoxes d’un besoin de reconnaissance devenu pathologique dans « une société liquide ». Pour Zygmunt Bauman la mobilité, la vitesse et les flux incessants sont caractéristiques de la modernité et transforment les relations en une sorte de gouffre où la sensibilité humaine s’est évaporée. Une sociologie dominée par un sentiment d’inquiétude qui questionne le consumérisme : soit un positionnement artistique et philosophique qui n’est pas isolé. Si Instagram est parfois pensé comme la terre d’élection du millennial, le réseau n’en est pas moins dénué d’artistes qui effectuent ce geste philosophique : de candides personnages, bons sous tout rapport, se métamorphosent en d’étranges créatures. Le « odd » est devenu cool.
Pour Yilmaz, il existe plusieurs types de distorsions bien rodés, désormais intégrés à un système de résistance démocratisé. Des jeux devenus « un peu trop faciles dans la stratégie de hacking de la réalité. Il existe tout un appareillage qui consiste à partir de situations initiales bien réelles, où tout est prévisible. Pour créer des émotions fortes, il suffit de puiser dans les trames narratives auxquelles nous sommes accoutumés et tordre quelque chose. L’émotion sera d’autant plus forte pour le spectateur s’il sent qu’il est dans un espace réel. Pas un espace de synthèse généré par un ordinateur. C’est le jeu auquel je m’exerce. Mais c’est un tour rodé, facile. Quelque part cela m’ennuie déjà un peu ». Or l’excitation dans la création d’avatar réside pour Yilmaz dans la poursuite de l’inattendu. Alors impossible de prévoir la suite ? « Je dois trouver de nouveaux tours. »
L’avatar : la substance de la mode ?
Sans cesse simuler le nouveau tout en jouant avec une partition limitée d’éléments : n’est-ce pas là, la féérie ontologique du système de la mode ? En empruntant au passé nos visions du futur, la mode ne surprend plus par l’inédit formel de ses collections mais par la surprise de l’instant choisi pour divulguer l’éternelle « nouveauté ». Pour Yilmaz, Balenciaga a su jouer avec le calendrier et déranger. En 2015, Demna Gvsalia fait une proposition inédite dans une ère où la mode ondule entre le minimalisme de Phoebe Philo et l’attitude rock androgyne de Slimane. « Je ne suis pas directement lié à l’univers de la mode. Je ne prétends pas connaître grand chose. J’ai effectué des études d’art et beaucoup de mes amis évoluaient dans le département mode. J’entendais leurs histoires mais je n’expérimentais pas ce qui se passait. Or j’aime expérimenter pour connaître. Un jour, je tombe sur ces images d’une campagne qui reconstituait une photo de famille. Cela m’a frappé. Mais je n’ai pas prêté attention à la marque. Puis, la saison suivante, je vois cette campagne qui reprend les codes des paparazzis. Je me suis dit « oh it’s very cool ». Là j’ai décidé qu’il fallait que je mémorise le nom : Balenciaga, c’est ça ? Alors j’ai commencé à suivre ». Les vêtements conçus par Demna Gvasalia sont comme un hacking dans la conjoncture économique d’une mode pérenne. « La mode est multiple. Pour que tout fonctionne il faut des vêtements fonctionnels pour le quotidien. Mais la mode c’est aussi dépasser le look « proper » et approcher la création vestimentaire comme un art. L’occasion de raconter des histoires. Pour moi, les vêtements créés par des gens comme Demna Gvasalia ont quelque chose à dire. Demna et moi, nous ne faisons pas le même travail et n’avons pas les mêmes outils d’expression, mais il me semble que le message et la démarche sont les mêmes. Nous appartenons à une culture de l’inattendu. Je pense que nous sommes affectés de manière similaire par cette culture de la conformité et de la reconnaissance. Alors de ce rejet, une sorte de « coup de foudre » est née. Je ne dis pas que c’était le destin …Ce que je fais c’est provoqué. Ce que Balenciaga fait : c’est provoquer ».
Si Yilmaz ironise, et conjure l’aspect coup de foudre à No-things Hill, il n’en demeure pas moins qu’il existe un ennemi commun pour lui et Demna : l’avatar trop lisse. « Je pense que la répétition de mêmes refrains de la réussite sur Instagram est juste ennuyeuse. Rien de palpitant dans tout cela. Alors l’artiste doit un peu épicer tout cela ». Et quel meilleur monde que la mode, avide d’artistes séditieux qu’elle érige en succès pour jouer avec la création d’images. « Je suis passionné par le travail des détails, la rigueur. Je retrouve cette exigence dans le milieu de la mode. Je peux travailler avec différentes marques, peu importe. Le tout est d’avoir une approche compatible avec la direction artistique. Être en accord sur les distorsions que nous pourrions introduire. J’aimerais jouer avec mes propres visions de la mode. Je suis curieux et impatient de découvrir les formes que cela pourrait prendre. »
L’avatar : révélateur d’une communication rompue entre les différentes générations ?
La poursuite du bonheur érigée en obsession sociétale, donne naissance à des actes de résistance chez tout un lot d’artistes d’un nouveau genre, qui parlent ouvertement de la dépression (Yilmaz a publié How to feel much better, un livre sur la dépression, la déception, les amours platoniques…). Si la volonté de donner une expression artistique aux déviances et dédales n’est pas inédite dans l’histoire de l’art, il semble que les catégories d’acteurs destinés à ce devoir évoluent en même temps que les supports techniques. Dans un monde occidental où les individus s’appréhendent à travers les algorithmes des réseaux, les figures des performers de la sublime dystopie sont relativement jeunes. Ils n’ont pas la même vie que leurs parents. Sur le compte Instagram de Yilmaz on retrouve une de ces fameuses #throwback pictures vouée à susciter le commentaire cute tout doux. Elle date de 1990. Un jeune garçon se tient assis sur un tabouret devant un papier peint qui simule un paysage de verdure. L’enfant regarde l’appareil. Il porte des chaussettes et ses pieds sont tournés vers l’intérieur. Il est entouré de deux filles un peu plus âgées. Elles semblent être les garde-fous de son avenir. « Dans ma famille, tout le monde s’attendait à ce que je devienne le designer parfait. Cela répondait à mes études, mes stages et les expériences effectuées dans le cadre de l’université. Et me voilà tout autre chose. » 
« Je ne peux pas dire que mon travail porte sur le thème de l’accomplissement et de l’échec. Je pense que j’aime choquer les gens, enfin plutôt créer une émotion. J’aime penser des œuvres qui propulsent au bord de l’inconfort. Associer la beauté et l’inconfort dans un même espace ». Comme pour rappeler que rien n’est simple. Et que même avec nos grandes théories du beau et du sublime, nos grands films sur les réussites de la vie, les récits des échecs sont constitutifs de nos sociétés. Le travail de Yilmaz est une forme de résistance, un appel d’air au dédale de l’individu. Alors la throwback pic est un hacking de plus.
« La société change. On le ressent quand on parle à nos parents. Ce qu’ils ont vécu en grandissant est très différent de notre propre expérience. Les choses, aujourd’hui, arrivent à un rythme beaucoup plus rapide. Les gens consomment également à une vitesse effrénée. Mais, tout n’est pas négatif. Chacun explore plus de possibilités, on se marie plus tard. Et d’ailleurs ce n’est plus une obligation, pas plus que d’avoir des enfants. La société est plus ouverte, ce qui crée de nouvelles opportunités pour se réaliser. En tant qu’artiste, tu peux te présenter en tant que peintre mais je pense, personnellement que les noms ne limitent pas les actions et qu’il est aujourd’hui naturel de faire plusieurs choses. Internet a favorisé tout cela. Pour apprendre quelque chose de nouveau il suffit de googliser. »
L’avatar résulte de la réaction d’un ancien monde face à un nouveau monde. Deux mondes qui se comprennent plus. Une rupture dans les langages et les manières d’être qui trouble. « Quand on fait un pas de côté et qu’on regarde tout cela, on s’aperçoit que l’on peut vivre des vies qui paraissent totalement bizarres et étranges depuis le point de vue de nos parents. Selon moi, être un avatar c’est un peu cela. Susciter une émotion étrange ». Yilmaz Sen est un hackeur, qui cherche à provoquer. Non pas à dégoûter, ou perturber, mais transformer l’avatar en une beauté alternative. Dans une société où la réussite est devenue un diktat, où la bienveillance dissimule les tendances à la surveillance et où le positif aide les âmes à se donner bonne conscience, Yilmaz Sen poste des images dissonantes qui définissent l’orée d’un nouveau devoir pour l’artiste dans la société : « Surprendre, provoquer, explorer, proposer des réponses émotionnelles aux choses : en somme, faire de l’avatar un outil qui stimule la curiosité, la recherche de l’inconnu. » #MondayMood « « Cristobal Balenciaga doit se retourner dans sa tombe ». C’est l’un des commentaires très drôles laissés par des gens sur Instagram concernant ma collaboration avec la marque. Pour moi, les gens qui n’ont pas aimé ont tout autant de valeur que ceux qui aiment. Cela donne une autre dimension à mon travail. »
Arroseur Arrosé ? « J’ai changé ma manière de travailler. Depuis Balenciaga, j’ai l’impression d’avoir une responsabilité vis-à-vis de l’image de l’artiste que je renvoie. En étant cet artiste connu via cette maison, est-ce que je peux continuer d’avoir des petits projets ? Je dois renvoyer et travailler une image de moi dont je ne me préoccupais pas avant. J’ai été un artiste fauché pendant longtemps et je n’avais personne à qui rendre de compte. » Travailler avec Balenciaga a permis à Yilmaz d’entrer dans ces paillettes fictives qu’il questionne. Pourtant, son compte reste simple et n’a pas subi de purge. Pas d’autocensure sur le Yilmaz pré-Balenciaga. Ainsi, une photo d’une jeune homme allongé au milieu de fleurs jaunes, looké d’un bob, petite sacoche tendance et t-shirt rappel à la teinte des fleurs. Il souri, regard face caméra et on peut lire en légende ces quelques mots reflet de toute l’ironie de Yilmaz Sen « 30 but still #cute. »
L’avatar ou juste une forme d’autodérision.
 

Exergue 1 : « Dans un monde où toutes les manières d’être sont devenues similaires, je pense qu’il relève de la responsabilité de l’artiste de créer quelque chose d’inattendu » Yilmaz Sen
Exergue 2 : « Yilmaz Sen est un hackeur, qui cherche à provoquer. Non pas à dégoûter ou perturber, mais transformer l’avatar en une beauté alternative. »
It was time to trip the circuit breaker, to overthrow all those images of happiness involving cats, Yoga and gluten-free pink cupcakes. The crumbs had become indigestible and were doing a bad job of hiding the right to unhappiness, to failure, to sarcasm – the right to enjoy life’s ironies. The simulation of a perfect self breaks down the complexity of the human being in favour of a senseless dash towards all that glitters and which is nothing more than fragments of the totalitarian politics of success and of empowerment. Power to the individual? A huge swindle with its inspiring catchphrases such as you are the master of your own destiny, we love you, we’re double-liking you.’ A throwback to Raffarin, a positive emancipatory attitude turned castrating, since it is no longer proposed but imposed. But does anyone still believe in this avatar? On March 16th 2017 Yilmaz Sen posted on his instagram account a photo of a ciğerli pilav. The caption read #Me. A very familiar image, not very attractive’, not very likeable’: the kind used by 24-hour takeaways to incite young people who’ve had one too many on a night out. 139 likes. Yilmaz Sen does not really look like a plate of boiled rice. And that’s what’s so sublime about it.
Increasingly Instagram accounts circulate popular representations of happiness and selfhood through introducing an element of the sublime in which beauty is born of the spectacle of horror. The good, the beautiful, the sublime: concepts which seek to become the avatars of an aesthetic philosophy in a France where people like to quote Spinoza and Walter Benjamin. The sublime, however, is equally well glossed in the lyrics of L’Instant sublime’ by Julien Loko, an unfortunate contestant on the TV talent show, La Nouvelle star. In the style of French pop, he sings about the state of mind of a man who in the midst of shadows and moments of darkness, struggles and loves.’ Confused ? Did that last reference distort your expectations? In that case you’re experiencing the response elicited by the art of Yilmaz Sen. Yilmaz turns the avatar into a tool for distorting the real. If we have to try and discover what the avatar means, and if we start from the principle that I create avatars in my work, in that case I would say that the avatar has to be surprising. It’s never the same, it is a multiplicity of things allowing us to glimpse the infinite combination of real possibilities. As a creator, I am responsible for the avatar. I must make it provocative, not condescending, and I must always offer an unexpected avatar. In a world in which all ways of being have become similar, I think that it is the responsibility of the artist to create something different and unexpected.’
« Sorry, I don’t totally understand the question. » Some errors of expression — which are perhaps the result of pre-conceptions about people and things acquired through screens ? Or maybe we just went through some tunnels. Over the course of our discussion, avatars fall away. Hence this subjective sketch of Yilmaz Sen, an artist who was given a bowl of Balenciaga glitter and who today accumulates likes, while his drawings, done on the bus in September 2012, remain unknown. Proof that we’re predictable. So we won’t just talk about Balenciaga, promise. 

•   The avatar: uniformity conforming to difformity? 

For Yilmaz, the avatar has something of a paradise lost. His dystopian universe is at the edge of expression, and becomes the reflection of accumulated failure in the face of the modern panoply of success. Spikes jut out from the faces of young women, the silhouettes of women wearing Balenciaga deliquesce, skin is as flexible as chewing-gum and makes bodies balloon, preventing them from ever moving forward. Yilmaz Sen’s account confronts the paradoxes of a need for recognition that has become pathological in a liquid society’. For Zygmunt Bauman mobility, speed and incessant flux are characteristic of modernity and have transformed relationships into a sort of chasm from where human sensibility has evaporated. A sociology that is dominated by a sense of anxiety and which questions consumerism: in other words which is an isolated artistic and philosphical position. If Instagram is sometimes thought of as the millennial’s chosen ground, the network is no less lacking in artists who make this philosophical gesture: open individuals, good in every respect, turn into strange creatures. Odd’ has become cool.
For Yilmaz, there are several types of established distortion, now integrated into a democratized system of resistance. Games that have become a bit too easy in their strategy for hacking reality. There is a whole apparatus which consists of departing from initial situations that are real, in which everything is predictable. To create strong emotion, it’s enough just to reach into the narratives we’re accustomed to and twist something. The emotion is even stronger for the viewer if they feel they are in a real space. Not a synthetic space generated by a computer. That’s the arena in which I’m working. But it’s an old trick, it’s starting to bore me a bit.’ So excitement in the creation of avatars resides, for Yilmaz, in the pursuit of the unexpected. Is it impossible then to predict what comes next? I’ve got to find new tricks.’
• The avatar: the substance of fashion?
Ceaselessly simulating the new while working with a limited set of elements: is that not the fairytale ontology of the system of fashion? By borrowing our visions of the future from the past, fashion no longer surprises through the formal innovations of its collections but by the unexpectedness of the moment chosen to reveal the eternally new. For Yilmaz, Balenciaga knew how to play with and disrupt the calendar. In 2015, Demna Gvsalia offered something unprecedented in an era where fashion oscillated betwen the minimalism of Phoebe Philo and the androgynous rock attitude of Slimane. I’m not directly connected to the fashion world. I don’t claim to know much about it. I studied art and a lot of my friends were doing fashion. I heard them talk about it, but I didn’t experience what was happening. And I like to know things through experience. One day, I came across images from a campaign which recreated family photos. I was really struck by it. But I didn’t pay attention to the brand. Then, the following season, I saw a campaign which used the langauge of paparazzi shots. I thought to myself, oh it’s very cool.’ I thought I had better memorize the name: Balenciaga, that’s it. That’s when I began to follow them.’ The pieces designed by Demna Gvasalia are like a kind of hacking in the economic system of a fashion geared towards the perennial. Fashion is multiple. For everything to function, we need functional clothes for daily life. But fashion is also about going beyond looking proper’ and approaching the creation of clothes as an art, the opportunity to tell a story. For me, the clothes designed by people like Demna Gvasalia have something to say. Demna and I don’t do the same work, and we don’t have the same tools for expressing ourselves, but I think the message and the process are the same. We belong to a culture of the unexpected. I think that we are affected in the same way by this culture of conformity and recognition. And from that rejection, a kind of coup de foudre’ emerges. I’m not saying it‘s destiny… What I do is provoked. What Balenciaga does is provoke.’
If Yilmaz is being ironic when he conjures up the idea of a coup de foudre, a No-things Hill, it is nonetheless true that he and Demna have a common enemy: the manicured avatar. I think that the repetition of the same cliches of success on Instagram is just boring. There’s nothing exciting in any of it. The artist has to spice things up a bit.’ And where better than in the world of fashion, greedy for seditious artists on whom it confers success to play with the creation of images. I’m passionate about the way in which details are worked, about rigour. The same rigour I find in the world of fashion. I can work with different brands, it doesn’t matter which. The important thing is that my approach is compatible with the creative direction, that we agree about the distortions we can introduce. I would like to play with my own vision of fashion. I’m curious and I can’t wait to discover the forms it could take.’

•   The avatar: revealing the communication breakdown between the different generations?

The pursuit of happiness, elevated to the status of social obsession, gives rise to acts of resistance amongst a whole group of artists of a new genre, who talk openly about depression (Yilmaz has published How to feel much better, a book about depression, disappointment, Platonic love…). If a desire to give artistic expression to the deviant and the twisted is not unheard of in the history of art, it seems that the categories of actors dedicated to this duty are developing at the same time as the technological devices. In a western world where individuals come to understand themselves through algorithms and networks, the faces of the performers of the dystopian sublime are relatively young. They don’t have the same life as their parents. On Yilmaz’s Instagram account is one of those famous #throwback pictures designed to elicit a simple cute. It dates from 1990. A young boy sits on a stool in front of wallpaper simulating a verdant landscape. The child is looking down the lens. He is wearing socks and his feet are turned inwards. He is flanked by two girls who are a little bit older. They are like rails, one on either side of the path of his future. In my family, everyone expected me to become the perfect designer. That corresponded to my studies, my internships, and the experiences I had within the university framework. And here I am doing something else entirely.’

«I can’t say that my work is about either accomplishment or failure. I think that I like to shock people, or at least to create emotion. I like to think up works which push you to the edge of discomfort, which juxtapose beauty and discomfort in the same place ». As if to remind us that it’s never simple. That even with our big theories of the beautiful and the sublime, our big films about succeeding in life, stories of failure are constitutive of our society. Yilmaz’s work is a form of resistance, an appeal to the maze of the individual. The throwback pic, then, is another hack.
« Society is changing. We feel it when we talk to our parents. What they experienced growing up is very different from our experience. Today things happen at a much quicker pace. People consume with immense speed. But it’s not all bad. We explore more possibilities, we get married later. That if is we get married at all, or have kids, neither of which feel obligatory. Society is more open, and that means there are more opportunities for self-realization. As an artist, you can present yourself as a painter, but I think, personally, that names don’t impose limits on actions and today it’s normal to do more than one thing. The Internet has created the conditions for that. To learn something, all you have to do is google it. »
The avatar is the result of the old world reacting to the coming of the new. Two worlds which no longer understand each other. A rupture in language and ways of being, a rupture which disturbs. When you step to one side and look at all that, you realize that you can live lives which appear totally strange, totally bizarre from the point of view of our parents. For me, that’s what being an avatar is about. Eliciting a strange emotion.’ Yilmaz Sen is a hacker aiming to provoke. Not to disgust, or to perturb, but to transform the avatar into an alternative beauty. In a society where success has become a diktat, where being watched over is really just being watched and where positivity helps people feel virtuous, Yilmaz Sen posts dissonant images which anticipate a new duty for the artist in society: To surprise, to provoke, to explore, to propose emotional responses to things: in other words to make the avatar a tool which stimulares curiosity, the search for the unknown.’ #MondayMood « «Cristobal Balenciaga must be turning in his grave ». One of the funny comments left by people on Instagram about my collaboration with the brand. For me, people who didn‘t like it are as valuable as people who did. It gives another dimension to my work. »

A taste of your own medicine? « I have changed my way of working. Since Balenciaga I feel like I have a responsibility to the image of the artist that I’m projecting. Being this artist, known through association with this fashion house, can I continue to have my small projects? I must project and work on an image of myself; do something I didn’t do before. For a long time as an artist, I was broke and I didn’t have to give an account of myself to anyone. » Working with Balenciaga has allowed Yilmaz to cover himself in that specious glitter the value of which he questions. However, his account has remained simple and has not undergone a purge. No self-censure of the pre-Balenciaga Yilmaz. Hence a photo of a young man stretched out amidst yellow flowers, styled with a bob, a fashionable bag, and a T-shirt harmonizing with the colour of the flowers. He smiles, facing the camera, and you can read all Yimaz Sen’s irony in the few words of the caption: « 30 but still #cute. »
The avatar, or just a form of self-derision.
 

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