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JULIE LE MINOR
L'écho James Bantone
9min of reading

Avec son exposition “If you (see me, see me, see me)” en collaboration avec la marque UGG lors de la Milan Design Week, l’artiste suisse James Bantone poursuit son exploration de l’identité dans la société de l’image et du spectacle.

Sculpteur, peintre, photographe, vidéaste, à 32 ans, le multidisciplinaire James Bantone poursuit son ascension sur la scène artistique internationale grâce à une œuvre provocatrice et réfléchie qui interroge l’identité et ses multiples représentations à l’ère du tout-digital, d’Instagram et des deepfakes. Au cœur du réacteur de la Milan Design Week, dans le très convoité Spazio Maiocchi investi par Capsule Plaza, il dévoile son nouveau solo show “If you (see me, see me, see me)” commissioné par UGG. Une série de sculptures, comme des réécritures du fameux billboard américain, dérivée d’un visuel pour la marque lifestyle affiché sur un immense panneau dans le quartier de Porta Venezia à Milan. Des replica texturées où des jambes humaines flirtent avec celles d’un mannequin chaussé des fameuses boots issues de la surf culture australienne. Immersion dans l'œuvre originale et poétique de cet artiste à l’aura singulière qui n’aime rien tant que de brouiller les pistes.

Courtesy of UGG.

Pourquoi avez-vous choisi le titre « If you see me, see me, see me » ?

La musique est une grande source d’inspiration. J'ai l'habitude de travailler avec des sons, de m’inspirer de titres ou de paroles. C'est une amie qui m'a fait écouter ce son à New York et je suis devenu un peu obsédé. À un moment cette phrase se répète pendant près de 6 minutes et je trouvais qu’elle faisait sens avec cette exposition, comme une sorte d’écho. Le principe de répétition est aussi au cœur de mon œuvre, comme dans ce solo show où l’image se réplique d’une œuvre à l’autre.

Comment s’est déroulée ta collaboration avec UGG ?

Très naturellement. Ils m’ont donné tout l’espace que je désirais pour m’exprimer. Ils ont pris un grand risque et je leur suis très reconnaissant. En Suisse, nous avons un espace d’art à Genève bien implanté sur la scène créative que nous avons imaginé comme une plateforme pour mettre en lumière des artistes plus jeunes. J'ai eu l'impression qu’UGG faisait la même chose avec moi, ce que j'apprécie beaucoup.

Comment est la scène artistique émergente à Genève ?

Je n'y vis plus, mais c'est intéressant. Ce que j'aime en Suisse, c'est qu'il y existe beaucoup de financements pour les arts donc il y a beaucoup de petits espaces qui sont gérés par les artistes eux-mêmes, c'est vraiment fabuleux. Alors qu'à Paris, c'est plus difficile, plus cher aussi. C'est un petit monde.

Courtesy of UGG.

La communauté, la collaboration sont des éléments clefs pour toi ?

Oui, la communauté est essentielle pour son propre développement, pour affiner sa vision et son travail. Cela permet d'avoir des réponses et d'aller toujours plus loin.

Tu fais partie de cette nouvelle génération d'artistes biberonnée aux images et à la pop-culture et ton parcours est assez insolite.

Oui, j'ai d’abord étudié la photographie à l'ECAL puis je suis allé à Zurich et j’ai atterri par hasard à la section beaux-arts. Cela m’a ouvert de nouvelles perspectives tant sur le point pratique que théorique. Je pensais devenir photographe de mode mais j'ai senti que quelque chose se passait à travers l’art et j'ai décidé de suivre cette voie. Mais j’ai toujours eu un lien très fort avec le design et la mode qui m’inspirent encore beaucoup.

Cet aspect pluridisciplinaire est donc très important pour toi ?

Absolument. Je travaille encore parfois comme photographe de mode et je suis continuellement inspiré par des artistes de mon collectif qui ont ce lien très important entre art, design et mode à l’instar de Bernadette Corporation, DISCOllective ou Ryan Trecartin.

Où trouves-tu l’inspiration ?

Dans beaucoup de choses différentes, mais en premier lieu sur Instagram ! Je suis un kids d'Instagram. C'est un outil de recherche super intéressant, riche et inspirant. Quand il s'agit de théoriser mon travail, la partie conceptuelle, je lis beaucoup. Je suis très intéressé par les chercheurs et les penseurs.

La partie conceptuelle et théorique est une part fondamentale de ton œuvre à la croisée de l’art figuratif et abstrait.

Dans mon travail, je veux être très précis sur ce que je fais et pourquoi je le fais car pendant longtemps j’ai eu peur de ne pas être pris au sérieux. Je ne me voyais pas comme un artiste. Cela ne fait pas si longtemps que j’ai accepté cette casquette et que j’appartiens à cet univers. Mais petit à petit, j'y suis arrivé et c'est devenu ma vie.

Courtesy of UGG.

C'est intéressant parce qu'il y a une grande idée de refus dans ton travail en général, ce refus de l'identification.

Quand j'ai commencé, c’était particulier car j'étais un artiste de couleur en Suisse, la place qui m'était donnée dans ce paysage était aussi celle que je me donnais. L'une de mes premières sculptures était une sorte de copie de moi-même, deux mannequins avec un moulage de mon visage en silicone qui twerkent sur le canapé que j'avais chez-moi. On retrouve d’ailleurs le canapé dans cette exposition, ainsi que les mannequins. J’ai toujours été obsédé par l'identité mais aujourd’hui j’essaye de ne plus seulement me définir comme un artiste de couleur, mais comme un artiste tout simplement.

Dans une société saturée d’images et de symboles, comment marquer les esprits à travers une œuvre ?

On peut toujours créer des images fortes et impactantes mais je pense qu’il faut aussi les ressentir dans l'espace réel. Créer des situations où le spectateur peut interagir avec l’image elle-même. À l’origine, UGG m’a proposé de créer un billboard à Porta Venezia durant la Milan Design Week. De cette image est née une série d'œuvres et de variations qui se déclinent de l’extérieur à l’intérieur, de l'œuvre elle-même au réel. Le spectateur devient ainsi partie intégrante de l’image qu’il observe dans un jeu de mise en abyme.

Du billboard de Porta Venezia à ces multiples variations au sein de Capsule Plazza, les frontières entre art et mode sont désormais très poreuses.

Oui, j’aime jouer avec la provocation, l’ironie et l’absurde. Aujourd’hui, on se demande souvent si une image est de la publicité, de l'art ou si ce sont les deux à la fois. Comme ici à Spazio Maiocchi et Capsule Plazza, tout fusionne : la mode, l’art, le design. Je vois d’ailleurs les créateurs de mode comme des sculpteurs, ils ont une grande compréhension du corps et de l'espace que je trouve intéressante. Ces synergies entre ces différents mondes sont passionnantes, comme une nouvelle communion d'esprits.

Courtesy of UGG.

Tu vois donc d’un bon œil cette fusion opérée par l’ensemble des industries créatives aujourd’hui ?

J’ai l’impression que participer à ce projet avec UGG, c'est aussi démocratiser d'une certaine manière mon art. Plus de gens y auront accès. Grâce à ce type de collaboration, tout le monde peut avoir une sorte d'interaction avec l’art.

L’art a été pour toi une source d’émancipation et de liberté ?

Je pense qu'il est important de faire quelque chose qui vous tient à cœur et dont vous êtes fier. Étant donné mes origines et les sacrifices que mes parents ont fait pour que j'aie la vie que j'ai aujourd’hui, j'ai toujours vu l'art comme une sorte de liberté. Celle de pouvoir être mon propre patron, de faire ce que je veux, de travailler avec mes amis. C’est inestimable.

New York est un lieu important pour toi, c’est aussi l’un des épicentres de l’art et de la création contemporaine qui est en plein renouveau depuis la pandémie. Que t’inspire la ville qui ne dort jamais ?

New York est une source d'inspiration incroyable ! Il y a tellement d'énergie. Je suis entouré de gens si talentueux, cela m'apporte beaucoup. C’est là-bas que j’ai rencontré pour la première fois une communauté queer de couleur qui me ressemblait et qui n'existait pas à l'époque en Suisse. Je rêvais de m'y installer un jour, c’est chose faite.

De Sarah Jessica Parker à Kate Moss en passant par les surfeurs, les UGG sont devenus des symboles de la pop culture. En tant qu’artiste passionné de mode, quel imaginaire convoquent-elles en toi ?

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense à Gossip Girl (rires). Serena Van Der Woodsen, bien-sûr. Cela me fait penser à une fille libre de la Vallée ou de la West Coast. Tout le monde connaît Ugg, tout le monde a une paire de Ugg quelque part.

3 mots pour décrire cette exposition ?

Provocateur, réfléchi et green.

Courtesy of UGG.

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